SCÈNE II
CONSOMMATEURS, puis GATINAIS, puis LE GARÇON.^
ca ti n aïs , entrant par le fond, pale , les yeux cernés, croyant s’adresser au Garçon.
Garçon !.., un petit verre... (4 lui-même.) Je cherche à m’étourdir .. Depuis quinze jours... je n’ai pas fermé l’œil... ma conscience ne veut pas me lâcher... Rlaneafort vient d’être plongé dans les fers... et moi... moi, je suis libre, bien nourri, bien logé... et, qui plus est, comblé d’honneurs!... Je vais juger les autres! (Il tombe sur une chaise auprès d'une table à gauche. Sa main frappe sur le marbre.)
ie garçon , rentrant de gauche. *
Voilà, monsieur !... Que désire monsieur !
GATINAIS
Rien... tout - à l’heure... (4 lui-même.) Amère dérision du sort !... et pourtant Rlaneafort ne souffre pas plus sur la paille humide de son cachot... que je n’ai souffert dans l'omnibus qui m’a conduit ici... Chaque cahot prenait une voix pour me dire : « Le père Tampon t’a sauvé... tu dois sauver Rlaneafort!... » Et jo le sauverai... j’ai déjà commencé... (U frappe sur lu table.)
LE GARÇON
Voilà monsieur !... Que désire monsieur?
gatinais , s’oubliant.
La paix du cœur!... (Se reprenant.) Rien... tout à l’heure... (Le Garçon s’éloigne. Se tenant.) J’ai su, à prix d’or, me créer des intelligences dans la prison... J’ai envoyé hier à Rlaneafort... une lime d’horloger, enfermée dans un
* G "dînais, le Garçon.
tuyau do pipo... avec ces mois, d'une écriture très-fine
« Moi voilier... vous espérer... Lime en acier... sept barreaux de 1er à couper... Gaudiband dans le fiacre en bas... Fiacre conduire vous à frontière... » Je n'ai pas pu signer... il n’y avait plus de place... Une main amie s’est chargée de jeter ça adroitement dans la soupe du prisonnier... Il doit avoir son instrument depuis hier... il a dû scièr toute la nuit... Gaudiband est dans le fiacre à son poste... C’est ma femme qui l’a décidé... sans lui donner d’explication... nous n’avions pas le temps... Tout \qi bien... pauvre garçon!... (Il s’asseoit sur la chaise près de la table, à gauche.)
accourant. *
Monsieur m'appene ?
O ATI N AIS.
Moi?... Ah ! mais... vous m’ennuyez !