‹ Un Poète nationalChapitre 15 sur 20 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

France, je meurs, je meurs; tout me l'annonce. Mère adorée, adieu! Que ton saint nom

Soit le dernier que ma bouche prononce. Aucun Français t'aima-t-il plus? Oh! non. Je t'ai chantée avant de savoir lire; Et, quand la mort me tient sous son épieu, En te chantant, mon dernier souffle expire. A tant d'amour donne une larme. Adieu!

Lorsque dix rois, dans leur triomphe impie, Poussaient leurs chars sur ton corps mutilé. De leurs bandeaux j'ai fait de la charpie Pour ta blessure, où mon baume a coulé. Le ciel rendit ta ruine féconde; De te bénir les siècles auront lieu; Car ta pensée ensemence le monde.

L'Égalité fera sa gerbe. Adieu !

Demi-couché, je me vois dans la tombe.

Ah! viens en aide à tous ceux que j'aimais. Tu le dois, France, à la pauvre colombe Qui dans ton champ ne butina jamais.

Pour qu'à tes fils arrive ma prière.

Lorsque déjà j'entends la voix de Dieu, De mon tombeau j'ai soutenu la pierre.

Mon bras se lasse ; elle retombe. Adieu !

Ce fut le 16 juillet 48o7 que s'éteignit cette âme. Quelque temps après parurent les Dernières Chansons et la Biographie.

Ni l'un ni l'autre de ces ouvrages nerépon-

dirent, il faut l'avouer, à l'idée qu'on s'en était faite. La Biographie contenait quelques pages finement écrites, mais point de révélations sur les hommes ni de vues neuves sur les choses. Quant au recueil, on releva tout de suite la faiblesse singulière des chansons, assez nombreuses, consacrées à Napoléon. Le reste même était de valeur inégale et diverse. Est-ce donc qu'il avait eu raison, le pauvre chansonnier, de s'engager au silence dès 1833 et d'entamer ce recueil posthume par cet aveu mélancolique :

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