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naire et le développement du machinisme. Il a rêvé lui aussi d’une société qui serait organisée suivant des principes plus justes, des formules qui sanctionneraient de manière terrible l’oisiveté et récompenseraient magnifiquement le labeur en donnant à chacun exactement le produit de son travail. Et c’est ainsi que Granger a exprimé la théorie de la valeur fondée sur le temps de travail socialement nécessaire, pièce essentielle de tout système collectiviste.
Ce faisant, d’ailleurs, il tombait dans l’aberration funeste de Marx et de ses disciples, à qui il ouvrait les voies.
A nos règles de répartition fondées sur l'initiative. l'énergie, la concurrence, il substituait un système de rétribution dont les plus infimes rouages ne peuvent être réglés que par l'Etat.
Lui, dont toute la morale n’était qu’un effort de libération, lui qui avait écrit cette phrase que devraient méditer tous les chefs de Gouvernement : « La société existe pour l’homme, et non l’homme pour la société » (1), plaçait l'individu sous le joug tyrannique et arbitraire de la Collectivité. Dans le désir de réaliser un peu plus de bien-être, il désorganisait la production et la plaçait sur la pente de l'indifférence et du gâchis ; dans l'espoir d’apporter plus de justice, il étouffait toute liberté. Plus de patron, mais un bureau étonomique auquel il faut rendre les comptes les
(4) « A chacun selon son Travail », p. 25.
plus méticuleux. Plus d'impôts ni de profit capitaliste, mais des prélèvements destinés à l'Etat.
Ainsi Granger reconstituait une à une (es têtes qu’il avait coupées à l’hydre capitaliste. Il faisait le lit du socialisme scientifique, paraissant surtout avoir noué la chaîne entre ce socialisme et le socialisme utopique, entre Rousseau et Marx.
Il lui a manqué principalement d’être logique avec luimême, de voir que pas plus dans la réalité économique que dans les constructions abstraites de l’esprit, l’homme ne peut être libre si les moindres manifestations de son activité sont jugulées par des règlements étroits. Il ma pas songé que le fonctionnarisme universel est l’image la plus rapprochée du despotisme, tous les individus dépendant directement du Pouvoir Central.
Que lorganisation actuelle du travail soit loin d’être parfaite, personne n’a jamais songé à le contester ; mais le moyen le plus avantageux de guérir une main malade n’est pas toujours de couper le bras tout entier. La solidarité qui existe dans les intérêts de tous les producteurs, comme elle existe entre tous les hommes, est fort capable, exprimée en des groupements professionnels aussi indépendants que possible du pouvoir, d'apporter aux travailleurs la rémunération et la sécurité à laquelle ils aspirent et à laquelle ils ont droit. :
L’essentiel pour tout réformateur est de ne pas oublier que l'Etat n’a pas sa raison d’être en dehors de l’individu,
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mais que, bien au contraire, il existe uniquement pour servir les intérêts de l'individu, de la masse des individus qui composent la société.
Vu :
Le Président de la thèse, AuG. DESCHAMPS