‹ Un précurseur: Senancour. Avec des documents inéditsChapitre 86 sur 92 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

lion dans Le Livre des femmes, dont le principal rédacteur était M™" Dufrénoy. Cet!e femme poète, précurseur des Tastu, des Desbordes-Valmore, des Delpliine Gay, des Blanchecotte, a eu son heure de célébrité; un des plus jolis refrains de Béranger lui est consacré :

Veille, ma lampe, veille encore.

Je lis des vers de Dufrénoy.

Le Petit Voyage romantique "Çi^vd^i^s-àM \qys 1823 dans Y Almanach des Dames, après une première publication dans V Abeille. C'est là le côté un ^Qnrococo, ce que j'appellerai le côté Phrosine et Mélidor de ce talent ordinairement si sévère, le côté Boufflers aussi. Nous savons que le chevalier et la marquise furent des premiers, des plus fidèles admirateurs de Senancour, et que le chevalier n'hésita pas à louer VAmour, sans s'arrêter au silence désapprobateur de la presse, à peine rompu par quelques critiques où l'hypocrisie se mêlait à l'aigreur. Nommons aussi, puisque l'occasion s'en présente, un romancier longtemps populaire, Clémence Robert. Elle goûtait fort Oberman, et c'est elle qui a décerné à Senancour ce litre : Un roi de l'intelligence.

11 ne paraît pas que le sentiment ait joué un rôle quelconque dans ces relations. On n'en saurait dire autant, assure-l-on, de l'amitié passionnée que voua le philosophe à M"^deWalkenaër, la femme du secrétaire perpétuel des Inscriptions, historien diffus et consciencieux de Sévigné, de La Fontaine et auteur de curieuses recherches sur les Aranéides. 11 eut avant Michelet le respect et même une sorte d'affection pour les araignées. Quand on allait lui rendre visite (c'est M"° de Senancour qui me l'a raconté), il n'était pas rare de le trouver en compagnie de quelques-uns de ces intéressants insectes, qu'il avait plus ou moins apprivoisés.

108 SEXANCOUR.

I Ne louchez pas à mes pensionnaires, » s'écriail-il quand il croyait deviner chez les visiteurs un mouvement d'antipathie ou dlioslililé. Cet original avait une femme charmante, de la plus haute distinction morale. On se souvient d'elle encore (par tradition sans doute), à rinstitul. L'ange ou la créature angélique, tels sont les noms qu'on lui donnait volontiers. Il n'y a pas besoin d'ajouter — les personnages étant connus, — que l'affection de Senancour demeura toute platonique. Ce sentiment amena cependant plus d'une complication douloureuse dans l'existence du philosophe.

Quant à M™*" Dupin, on peut conjecturer, d'après les termes de la lettre qui lui est adressée, que c'était une personne assez durement éprouvée par les circonstances, et qui demandait à des considérations morales ou religieuses une aide et un appui dans le malheur. La lellre de Senancour, dans sa modestie, dans sa retenue habituelle, n'en a pas moins le caractère de ce que les Anciens appelaient une consolation. J'en détache ce qui a trait à la pensée rehgieuse :

« Si vous avez la prière, c'est un asile; chez vous elle ne peut être que noble et dégagée de formules.... Je ne sais point de langue commune entre le chétif et l'infini, entre un de nous qui passons et la Permanence inconnue.... Chacun de nous peut se dire : Si nous devons vivre après la vie présente, elle n'est rien; autrement nous ne sommes rien nous-mêmes. Cela est de nature à affermir de certaines résolutions....

« Au reste, il est une direction particulière que la prière pourrait prendre. Il n'est pas de supposition plus naturelle que celle d'intelligences intermédiaires. Dans cette hiérarchie aux millions de degrés, peuvent se trouver, de manière ou d'aulre, des génies protecteurs, dont les inspirations.... Que d'affreuses douleurs hu-

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