VIII INTRODUCTION
plus. Le long duel de la Papauté et de FEmpire, où était débattue non seulement Tindépendance d'un peuple, mais celle de la conscience universelle, avait pris fin par la défaite des Hohenstaufen; FErapire vaincu avait été rejeté définitivement en Allemagne; par une coïncidence étrange, la Papauté victorieuse avait été, peu après, réduite, elle aussi, à passer les Alpes, et le discrédit dont la frappait Texil d'Avignon s'était encore accru par le scandale du grand schisme. Dans cette Italie délivrée des Empereurs et presque déshabituée des Papes, rien ne restait de tout ce qu'avaient évoqué, durant plusieurs siècles, les noms tragiques de Guelfes et de Gibelins. On n'y trouvait guère davantage trace de cette passion de liberté qui avait donné tant de vie, mais une vie si orageuse, aux innombrables républiques de la Péninsule : partout, les populations fatiguées abdiquaient aux mains des tyrans, et s'il y avait encore des intrigues et des conspirations de palais, on eût vainement cherché un forum où subsistât quelque vie publique.
Le culte de l'antiquité retrouvée arrive donc à propos, au commencement du quinzième siècle, pour remplir le vide fait dans l'âme italienne. Ce qui occupe alors les curiosités et fait battre les
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cœurs j ce n'est plus la formation d'une Ligue contre les « barbares » ou le succès de quelque révolution démocratique ; c'est le choix de l'architecte auquel sera confiée l'entreprise nouvelle et audacieuse de lancer dans les airs la coupole de Santa Maria del Fiore; c'est l'applaudissement du peuple émerveillé quand Ghiberti a terminé les portes du Baptistère; c'est une harangue de Manetti ou d'iEneas Sylvius, écrite dans un latin cicéronien et débitée en grand apparat ; c'est la nouvelle que le savant Poggio a retrouvé un traité perdu de Quintilien ou un livre de Tacite. Les gouvernements mettent leurs diplomates en campagne pour se disputer des manuscrits, et le roi de Naples stipule, comme condition de la paix conclue avec Florence, la cession d'un bel exemplaire de Tite- Live. Princes ou magistrats républicains, tous se font honneur de grouper autour d'eux une clientèle d'humanistes et d'artistes. Ce n'est pas seulement affaire de goût : c'est calcul de politique. Pour acquérir la faveur du peuple et le consoler de la liberté supprimée, il faut embellir sa cité, enrichir ses bibliothèques, lui fournir l'occasion d'entendre quelque professeur fameux.
Tous les ambitieux savent que le mécénat est le meilleur moyen de s'élever et de se maintenir. Les