SCENE VII
louis xv , marie leczinska.
louis xv, à part .
Là, il Teromène, j'allais lui dire de si jolies choses !
marie LKczjrcska, à part.
Ma gomernante m'a bien recommandé de me tenir sur la réserve quand il me parlerait de sa petite voix si douce... ( tille s’asseoit en arrangeant sa robe.) Tenons-nous sur la réserve.
louis xv, jetant son chapeau avec fureur.
Que le diable emporte mon gouverneur !
MAniE LbczinsiA, se levant tout effrayée.
Ah ! mon Dieu! quest-ce qu’il y a doue , sire?
louis xr.
Ah I pardon, pardon, madame, j’oubliais que votre Majesté...
marie llczinska, naïvement.
Vous avez du chagrin, sire?
louis xv.
Je suis furieux !
MARIE LECZ1RSKA.
Contre moi ?
louis xv.
Du tout.. .contre ce vieux maréchal, qui s’étudie, je crois, à me taquiner.
MARIE LECZtRSKA.
Comment?
louis xv, d’un ton de bonhomie.
Enfin, je vous en fais juge... il voit que je regar de avec plaisir. .. (Il s’arrête en regardant la Reine.) Qu’est-ce que je fais donc, moi, je ne puis pas lui dire...
marie leczinska* répétant ces derniers mots.
Que vous regardiez avec plaisir?... Qu’estce que vous regardiez’ sire?
louis xv.
La fleur de ma noblesse... Tous ces braves gentilshommes qui me sont si dévoués... au moment où j’allais lui adresser quelques paroles aimables... à ma noblesse... il la renvoie malhonnêtement.
MARIE LECZINSKA
lia tort.
louis xv.
N’est-ce pas?
MARIE LECZINSKA
Moi, d’abord, je vous laisserai faire toutes vos volontés, tout ce qui vous plaira...
louis xv.
Ah! (A part ) Eli! mais j’aurai là une excellente petite femme...
M UtIK LECZINSKA.
c’est mon devoir, et jy trouverai mon plaisir. .car je suis bien sAre que ce qui vous plaira me sera toujours agréable...
louis xv, à part , d'un air de douté Hem ! hem !
MARIE LECZlItSKA.
Vous dites, sire?
louis xv.
Vous avez raison .. (A part^la regardant .) Elle est très gentille aussi, ma femme ! Des yeux ! une petite main! (Il lui prend la main et s’aperçoit qu’elle tressaille. )Eh 1 maisqu’avez-vous, vous tremblez... je vois. des larmes dans vos yeux !
MARIE LECZINSKA
Je voulais le cacher à votre Majesté... mais je n’y tiens plusl depuis une heure, je souffre horriblement.
louis xv, à part.
Ellese sera aperçue., elle est jalouse. (Haut.) Vous souffrez? et qu’est-ce qui vous fait souffrir?
MARIE LECZINSKA
Ma robe... qui me gêne.
louis xv.
Votre robe!
MARIE LECZINSKA
Oui... de grandes baleines, depuis là, jusque-là...
louis xv.
Comment, on a mis des baleines!
MARIE LECZlNSXA.
Ca me fait tenir droite, niais ça me fait bien mai ! sans compter des épingles qui me martyrisent... (Elle montre sa collerette.)
LOUIS xv.
C’est affreux !. . mais des épingles, on peut les enlever î
MARIE LECZINSKA, reculant.
Oh ! non, sire... vous ne sauriez...
Si lait ! je suis très adroit 1 (7/ sc pique.) 01»! aie! marie leczinsea.
Là, voyez* vous. .. vous vous êtes piqué.
*- 0 i' is xv, portant son doigt à sa bouche.
Ce n’est rien 1 En voilà déjà trois ou quatre.
marie lf.cziivska, /* arrêtant du geste .
Oh ! mais c’est assez !
Ali ! vous croyez que... c’est... ( A part, admirant scs épaules.) Tiens! tiens 1 tiens!., c’est qu'elle est réellement... une blancheur de cygne... et puis... (La parcourant des yeux.) C’est qu’elle est très bien, ma femme, et ma foi.. (// s'avance vers elle . Les portes du fond s’ouvrent , on voit la Joule des petits courtisans pour Ut présentation. Deux huissiers viennent placer deux fauteuils et des pliants à gauche.)
MARIE LECZIKSKA.
Ab ! notre jeune cour! la présentation!
louis xv.
C’est insupportable ! on ne peut pas causer ménage un instant !..
marie leczinska, lui tendant la main.
Allons, prenons place.
louis xv.
L’air grave... de la dignité !
MARIE LEfZINSKA.
Et prenez garde de marcher sur ma queue ! ( Elle relève sa robe et s’assied à gauche avec le roi.)