SCENE VI
Les mimes, LOUIS XV, MARIE LF.C7.INSKA, DUBOIS, LA COUR.
(Les pages, les huissiers sont au fond, les dames et les seigneurs de ta cour garnissent
tout le théâtre.)
l’hcissikr , annonçant.
Le roi !.. la reihe !
CIIOEUR.
Même air i
Quells charmante alliance !
enfin les voilà bénis !
Jamais on ne vit en France Deux époux aussi gentils...
VILLEROV.
Eh bien I sire, êtes-vous content ?
Comme un roi, mon cher gouverneur; un spectacle si nouveau 1 Les cris du peuple 1 l’ivresse de ces braves gens... ma noblesse qui m’entoure...
villerov, avec enthousiasme.
Voyez, voyez, mon maître , tout cela est à vous!
louis xv, à mi-voix.
Les femmes aussi?
villzrov, déconcerté.
Hein ? comment? Qu’est-ce qu’il dit donc?
madame de parabére , A la reine.
Et Votre Majesté est sans doute bien joyeuse ?
marie LE czmsXA, timidement.
Oh I non... Ce luxe, ce bruit, tout cela me fait peur... et j’ai presque envie de pleurer.
MADAME DE PARABERE, bas .
Que Votre Majesté s’en garde bien! ( Souriant .) On croirait qu’elle fait mauvais ménage... et i! n’y a pas assez longtemps...
dubois, présentant une bourse sur un plat d'argent à la reine.
Sa Majesté veut elle bien le montrer 'à ses nouveaux sujets, et leur distribuer en signe de joyeux avenement...
marie leczikska, vivement.
Oh! bien volontiers 1 (Elle se laisse conduire vers le balcon, et toute ta cour suit te mouvement. Louis XV reste sur le devant de la scène avec Villeroy.) louis xv , regardant Madame de Parabére qui suit la reine.
Oh 1 la belle femme! que de grâces ! je n’ai jamais rien vu d’aussi joli I
villerov, qui a entendu ces paroles.
Votre Majesté admire sa noble épouse !
louis xv, troublé.
Oui, non, c’est-Vdire...
villerov, continuant.
C’est bien I c’est d'un bon mari ! aht sire, votre éducation me fera honneur I louis xv, sans l'écouter.
Un mot, mon gouverneur. .. vous qui savez tout, à ce que vous dites.
VILLEROV.
Certainement.
LOUIS xv. ,
Comment se nomme-t-elle?
villerov, étonné.
Qui ça?., la reine?
louis xv.
Eh! non... cette charmante personne... U à sa gauche... coiffée avec des épis d’or...
villerov, inquiet.
Et quoi, sire, vous avez remarqué?. ,
LOUIS IV
Qu'elle est charmante I. . très bien !
VILLEItOY.
Permettcz-moi de tous dire...
Son nom?., pas autre chose...
VILLEROT •
Que vous ne devez voir que votre noble épouse.
Loris xv.
Monsieur, vous m'avez dit qu’un roi devait tout voir par lui-même. (Insistant.) Son nom, monsieur le duc?
VILLEROY
Sire, en ma qualité de gouverneur, je ne sais...
louis xv.
Vous ne savez donc lien?
villeroy, indigné.
Par exemple!
louis xv.
Son nom, ou je vais le lui demander à ellemême. (Il J cl il le mouvement d’y aller.) yillehoy.
Sire, arrêtez, un pareil scandale!., eh bien 1 celte dame est madame la marquise de Parolière, une aime de votre cousin le régent.
louis xv, souriant.
Ah! j’en suis bien aise!
* VILLEROT.
Pourquoi donc?
louis xv
Parce que les amies de nos amis... sont nos...
villeroy, effrayé.
Hein ? plaît-il ? (Antre ses dents.) Petit mauvais sujet 1 (Haut.) Au nom du ciel, sire, songez à la reine, qui, elle aussi, est jeune, aimable, et à laquelle vous venez de jurer fidélité 1 louis xv, distrait
C’est une marquise! eh bien! c’est gentil, une marquise ! oti 1 Dieu[l la belle femme I villeroy, hors de lui.
Ah!
Air deCélf-te.
Entre elles quelle différence !
Observez les bico tuutes deux.
Chez la reine que de décence !
Lotis xv.
Oui, mais l'autre a de si beaux feux t
VILLEROT.
Que de pudeur !
louis xr.
Que de coquetterie !
Mon coeur, mes tons , en sont bouleversés.
eiLLÜltOT.
L'une sait trop qu elle est jolie...
LOUS xv.
L'autre ne lésait pas assez.
Si l'une sait qu'elle est jolie.
L'autre ne le sait pas assez
(Pendant ce t [s petite seine taule la cour t'est tenue dans le second salon, groupée autour de la reine que l'nn a rue s'approcher du balcon et distribuer les pièces d or données par Dubois.)
crus dans la place
Vive la reine I vive Marie Leczinskal louis xv, bas à ViUtroy.
Je vais prier ma femme de l’attacher à sa personne !
villeroy, bas.
Impossible! cane s’est jamais fait... le décorum !
sncuELiia, s' approchant respectueusement.
Venez, sire, il faut aussi vous montrer à ce peuple avide de contempler son prince!..
louis xv, prenant la bourse tjii'nn huissier lui présente dans un plat d'argent.
Avec plaisir I (/t part.) Cela me rapprocher» d’elle ! (Il monte sur le balcon avec la reine et jette des pi&ces d'or. — Les cris redoublent. vii.ieaor, à pari, inquiet.
11 me fait trembler!., je suis vraiment très ému. (Cris au dehors : rive le roi, vive Marie Leczinska.) SI le régent était lé, il pourrait m'aidrr. ( A Dubois qui sort en ce moment du cabinet du régent.) Mon cher Dubois, où est donc son altesse ?
dl sois, à part.
Dieu le sait ! (Haut.) Fort occupée d'nne grande affaire. .. politique... Je ne pense pas qu'il revienne avant l'heure du souper.., ( A part.) s'exposer ainsi, sans gardes!., si l’on en profitait pour l’enlever 1
tillerov, à lui-même.)
Alors, pour sauver l honneur de la couronne, il faut bousculer le programme et presser le moment de la retraite...
(Tout lemonderedescend-, Louis Xr s’approche de madame de Parobbre.) louis xv, ri part.
Ma foi, je n’y tiens plus... il faut que je lui parle. (Haut, s’enhardissant.) Madame, belle dame I
villerot, se mettant entre eux et ayant l’air de parler pour te roi.
Mesdames , sa majesté n’ose vous dire qu’elle vous prie de vous retirer.
louis xv, étonné.
Comment?
villerot, de même.
Oui, elle désire rester seule avec la reine.
louis xv, bas, avec colhrt
Mon gouverneurl...
VILLEROT.
Pour recevoir sa petite cour qui est invitée au cercle de leurs Majestés.
louis xv, ri part, avec dépit.
Ah I maudit maréchal, lu me paieras celuilà.
madame dp es r AB i'RE, à part, regardant Louis xr.
C’est drftle! J’ai idée que ce n’est pas U ce que le roi voulait me dire.