ACTE PREMIER
LA BARONNE, s'asseyant.
La marquise de Tra-los-Monlès m'a beaucoup parlé de vous.
POXTBIGHOT.
Ma meilleure élève. Vous seriez venue une demiheure plus tôt, vous l'auriez rencontrée.
LA BARONNE
La marquise n'a qu'à se louer de vos leçons.
PONTBIGHOT.
J'en suis arrivé à lui faire supporter son maril
LA BARONNE
Oui, c'est ce qu'elle ni"a dit. Alors, comme le baron est moins âgé et moins laid que le marquis, j'ai pensé...
PONTBTCHOT.
A qui ai-je l'honneur de pnrler, madame?
LA BARONNE
La marquise m"a dit que l'on pouvait se confier à vous. Je sui-; la baronne des Grallières.
l'ONTBICHOT.
Ah! bah!
LA BARONNE
Vous connaissez le baron?
PONTBIGHOT.
J'ai cet honneur... L'un des plus beaux tortils de France !... Racontez-moi tout, madame la baronne.
LA BARONNE, ôtant &a voilette.
Mon mari a cinquante-cinq ans, monsieur.
PONTBICHOT.
Il a bien tort, madame !
LA BARONNE
Je ne sais si c'est l'âge, ou bien... ses relations
extérieures... mais il est avec moi d'une indifférence glaciale.
PONTBICHOT.
Plus on VOUS regarde, moins on lui trouve d'excuses !
Monsieur I
PGMTBIGHOT, à part.
OÙ vais-je?... où sont mes lunettes?... (ii les met.) Voilà, ce n'est plus une femiue, c'est une absinthe !... (Haut.) Continuez, madame la baronne.
LA BARONNE
L'été dernier, à Royat, j'ai fait la connaissance d'un jeune avocat que je vous demande la permission de ne pas nommer.
PONTBICHOT, frracieusement.
Je VOUS le permets. Appelons-le monsieur Z.
LA BARONNE
Ce jeune avocat me fit la cour.
PONTBICHOT.
J'allais vous le dire.
LA BARONNE
Je m'aperçus alors que j'étais une honnête femme.
PONTBICHOT.
A quoi ?
LA BARONNE
Toutes les fois que monsieur Z me parlait, je lui disais : Taisez-vous I Ou bien je rougissais. Je ne répondais pas à ses lettres.
Jîien, très bien, mon enfant... On dirait que vous avez déjà suivi mes leçons.