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de cet air de la Cour qui vous est si salutaire.
— Messieurs, ce parfum est un calmarit, dit en souriant la marquise, et je désire qu'il alt cette influence sur vous.
— Bast! grommela l’incorrigible chansonnier, son mérite n’est pas grand s’il en faut juger par ce qui s’agite en haut lieu (1).
— Chut! murmura d'Hacqueville, nous ne passons déjà que trop pour des frondeurs endurcis. 2e
Et le front du discret confident de Pierre de Gondy, cardinal de Retz, s’assombrit en prononçant ces mots (2).
Pendant que les valets dépouillaient les convives de leurs épais manteaux et rajustaient les boucles de leurs chevelures ou les
(1) On sait combien à cette époque la lutte était ardente entre Madame de Montespan et Madame de Maintenon.
(2) D'Hacqueville mourut subitement le 3 juillet 1678. Un auteur, l'abbé Blache, à propos de cette mort qu'il attribuait au poison, osa accuser d’'Hacqueville d’avoir, de complicité avec le cardinal de Retz, comploté la mort de Mazarin, et plus tard celle de Louis XIV et du Dauphin.
porte de la chambre vinrent a l’interminable travail d'ajustement qu' ave entrepris FHacune de ces s femmes, plans
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riorité indiscutée de leur esprit, que la plus coquette de nos jours, et le visage riant, mais un peu fatigué, du baron de Sévigné, se montra dans l'intervalle des deux battants entr ouverts. |
— Que voulez-vous, mon beau pigeon (1) indiscret? demanda Madame de Grignan en adressant à son frère une petite moue gracieuse. |
— Je veux vous dire, Mesdames, qu'il est tantôt une heure après minuit, que nos dents sont fort longues, et que si vous vous faites
trop belles, vous risquez fort d’être croquées toutes vives dès que vous apparaîtrez.
— Hum! soupira la marquise, voici, mon fils, une phrase vieillote et fardée que vous me paraissez avoir trouvée autrefois dans quelque coin de certaine alcôve....… Elle a l’âge et la grâce de mademoiselle de Lenclos (2).
(1) Cette expression par laquelle Madame de Grignan désignait son frère, se retrouve fréquemment dans les Lettres de Madame de Sévigné.
(2) Tout jeune encore, le baron de Sévigné avait obtenu les faveurs surannées de Ninon de Lenclos. Tallemant des Réaux raconte fort plaisamment l’histoire d’un soufflet
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— Que notre mère est cruelle, mon P:
Charles! dit la gouvernante en prenantl L du baron. RSS
— J'ai réussi dans mon MR tout ce Aie je désirais. Fe
rier. " # — Chut! chère Madelonne, n attriston & pas cette fête de famille. ‘ref En entrant dans le salon où le soupe
avait été DRE les convives furent ém
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une scène de ee (1).
que le baron de de cette Laïs nr |: et fit grand bruit. | | (1) Voir les récits du temps; l'Histoire de la vie Lré
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Des figures naïves, supportant les, corbeïlles à fruits et les candélabres, rappelaient les mages et les bergers, et tenant le milieu du service, un agneau tout entier semblait dormir dans une crèche ing'énieusement imitée.
Un immense dressoir occupait tout un panneau du salon; il était garni d’une quantité de vases, de bassins, d’aig'uières en argent et en vermeil richement sculptés. Aux deux côtés avaient été placés des orangers dont le feuillage brillait comme du métal à l'éclat des lumières, et semblait recevoir l’eau parfumée d’une fontaine établie au sommet du dressoir.
Le parfum de la fleur d'oranger étant le seul que Louis XIV pût supporter, on en mettait partout à cette époque, où l'esprit de courtisannerie se révéiait jusque dans les plus petites choses. Madame de Sévigné, qui* l’aimait réellement, se conformait à la mode, tout en satisfaisant son goût : double avan-
des Français, par Le Grand d’Aussy; le Mercure galant, etc.
tage que bien d’autres n'avaient ce ment pas. a
Pendant que tous les convives donne
atteintes de la maladie et les maléfices des sorciers (1), je t'invoque à cette heure sok HUE ne l'esprit, la grâce et l'anitié Ps
no dit-on, mais tu nous doi plu core. ;.
la santé, la paix et le bonheur, prennent pl
à ce foyer et deviennent les DORE const
(1) Histoire des cérémonies et coutumes réligie par Bernard Picard. a
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de la Carnavalette. Que notre bien-aimée marquise puisse y voir réunis tous ses*Grignans. Que le fameux remède du médecin anglais guérisse, à jamais, la goutte tenace de notre vénérable abbé, et la poitrine délicate de notre mignonne comtesse (1); je ne parle pas du talon de notre cher baron qui me paraît aller mieux que sa tête (2).
« Fais, Ô bienveillante protectrice, ajoutat-il plus bas, que tous les exilés nous soient rendus. Que notre chère Eminence (3), se décide à quitter sa retraite de Commercy; que Vardes nous revienne de Languedoc, et retrouve ici le souvenir de tout ce qu’il doit à Corbinelli (4); que notre cousin de Bussy rentre en grâce et soit bel et bien confirmé par le grand roi (que Dieu conserve!) dans les charges qu'il s’est octroyées de lui-même,
(1) Ce remède, dont il est souvent question dans les Lettres de Madame de Sévigné et dans les Chansons de Coulanges, était tout simplement du quinquina.
(2) Le baron de Sévigné avait été blessé au talon à la prise de Saint-Omer.
(3) Le cardinal de Retz.
(4) Corbinelli avait rendu d'importants services à M. de
Vardes, qui ne le paya que d’ingratitude.
et dont il est certainement digne à tous
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de temps en temps, un peu de raison dan LR cervelle de Madame de M ee et quelques louis dans ma bourse ! D. °1} CORR
moins DCE de Madane de Cola qui 8 contenta de rire de l res À:
faisait la désolation de la HR et 4e Se plus e encore celle de sa file jo
fit asseoir à sa droite le marquis de das ponne, secrétaire d'Etat, l’un des plus an-
bien d’autres encore.
(2) Voir les Lettres de Madame de SR FLAN
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ciens et des plus fidèles amis de sa famille.
Le bien bon, cet excellent abbé de Livry, qui lui avait tenu lieu de père, et qui gérait si bien les affaires de sa pupille, g'arda près d'elle sa place privilégiée. La comtesse de Grignan, assise en face de sa mère, qui tenaït à l’avoir sous son regard, avait à ses côtés M. de Coulanges et Bernard de La Monnoye, qui venait de remporter une troisième couronne académique. Le poëte, de passage à Paris, avait plus d'un titre à l'accueil sympathique de Madame de Sévigné : il était Bourguignon, et il avait consacré à l'éloge de Turenne un de ses meilleurs sonnets.
La vive et spirituelle Madame de Coulanges avait pris place d'elle-même entre le baron de Sévigné et le chevalier de Grignan, dont les saillies, un peu risquées peut-être, ne l'effrayaient que médiocrement, Madame de La Fayette se trouvait à merveille entre La Monnoye et le trop modeste Corbinelli. Enfin Madame de Schomberg n'avait pas cru déroger en s’asseyant auprès du ministre Pomponne,
Chacun s'étant placé selon ses sympathies, ainsi que la marquise en avait exprimé le désir, le souper commença.
Le menu de ce repas eût effrayé les meilleurs appétits de notre temps; car si, comme .
on le prétend parfois, les esprits à cette époque avaient plus d’élévation, les cœurs plus de tendresse, il faut reconnaître que les estomacs avaient aussi sûrement plus de capacité.
Le souper n'avait pas moins de huit services. C’étaient d’abord diverses soupes, des
viandes coupées par rouelles, des sau-
cisses, etc. Puis venaient toute une série de daubes, de fritures, de courts-bouillons; des langues de porc ou de bœuf fumées, des farces, des pâtés chauds, puis des salades de diverses sortes. Ensuite se présentait un cortége de rôtis : perdrix, faisans, dindonneaux, levrauts, chapons, entourant l'agneau dont
nous avons parlé. Le quatrième service se.
composait de peils oiseaux : grives, mauviettes, ortolans. ER « Pour ôter le goût des viandes, » on pré-
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sentait aux convives du saumon, des truites, des carpes et différents autres poissons enveloppés de pâte. Deux buissons d’écrevisses, flanqués chacun de quatre tortues dans leur écaille, se dressaient aux yeux des invités.
Le sixième service se composait de mets sucrés : beignets, gâteaux feuilletés, gelées de diverses couleurs, et de légumes : cardons et céleris. Les pâtisseries sucrées reparaissaient au dessert avec les fruits cuits et crus, les amandes fraîches et les noix confites.
Enfin les confitures sèches et liquides, les massepains, les biscuits glacés, les pastilles et les dragées complétaient ce formidable menu.
Le vin de Bourgogne et le muscat de Languedoc et de Provence suffirent pour mettre en verve les convives de la marquise, dont l'esprit et la bonne humeur pouvaient, d'ailleurs, se passer de stimulants.
Madame de Sévigné trouvait le moyen de s'occuper de tous sans perdre ni une parole,
2e. JU da
ni un regard, ni un souffle de cette fille adorée qui lui était rendue et qu'elle espérait peut-être ne plus quitter. Elle voulait faire de la Carnavalette un nid si délicieux que l'oiseau bien-aimé ne songeât plus à s’envoler de nouveau. La comtesse un peu exigeante et un peu capricieuse, il faut bien le reconnaître, avait paru satisfaite, et la mère heureuse jouissait de son triomphe. Et tout en semant dans cette intime causerie les mots fins et charmants qui lui venaient de l'esprit aux lèvres, elle contemplait ce visage où l’on eût pu dire qu’elle se miraïit, car il reproduisait ses propres traits avec plus de délicatesse peut-être, mais, il faut le dire aussi, avec moins de grâce et de vivacité.
La charmante Madame de La Fayette récitait quelques passages de la Princesse de Clèves, qu’elle venait d'achever, à Corbinelli, | dont l'esprit élevé comprenait la révolution que ce roman, d’un genre tout nouveau, allait produire; d'Hacqueville et le ÿien bon cherchaient à mettre en équilibre le budget du cardinal de Retz, si fortement compromis