PRÉFACE
L'authenticité de cet oiivraffe inédit de
or'
Marat est incontestable : le manuscrit original , entièrement autographe , est resté , pendant plus d'un mois, exposé dans les bureaux du Siècle, oii le public a été admis à le voir ; il n'y avait pas de doute possible pour quiconque connaît l'écriture de l'auteur. Ce manuscrit, qui depuis dix ans était entré dans la bibliothèque de M. Aimé Martin , figure sous le n^ 7 1 3 du catalogue de cette précieuse bibliothèque et doit être vendu aux enchères publiques, le 25 novembre prochain.
La publication du roman de Marat, faite dans un journal, avait été réduite aux conditions de la presse périodique, c'est >àdire tronquée et même altérée : le journal ne pouvait accepter certains détails, certaines scènes d'un genre un peu trop vif, qui eussent blessé peut-être la louable pruderie du feuilleton ; mais le livren'ayant pas de ces réserves timorées à garder avec ses lecteurs, nous avons jugé nécessaire de rétablir tout ce que le journal avait supprimé et de ne rien changer au style du manuscrit, sans toutefois en respecter l'orthographe bizarre et souvent incorrecte.
lia fallu cependant se reporter au temps où l'ouvrage a été composé, pour conserver l'orthographe, alors usitée, des noms historiques et géographiques polonais : c'eût été commettre un véritable anachronisme, que d'écrire ces noms autrement qu'ils
sont écrits dans tous les livres du xviu*^ siècle. Nous avons dû les laisser tels qu'on les avait francisés à cette époque où les relations avec la Pologne n'étaient pas assez fréquentes pour qu'on eût des idées justes et exactes à l'égard de ce pays. De là, une foule d'erreurs étranges dans le roman de Marat , qui prend quelquefois un nom d'homme pour un nom de ville et réciproquement. On n'eût pas corrigé ces fautes qui nous semblent si grossières aujourd'hui et qui existent dans la plupart des romans français contemporains , sans altérer le caractère de l'œuvre même. Il appartiendra aux éditeurs futurs d'apprendre à Marat la géographie de la Pologne, par exemple, et de rectifier le texte dans les notes. Quant à cette première éd-iticn, qui ne paraît qu'en 1847, Marat s'y montre aussi naïvement que si son roman eût été im-
primé en 1775, à Amsterdam, chez Marc- Michel Rey, avec la Nouvelle-Héloïse de J.-J. Rousseau.
Il est donc nécessaire, en le lisant, de se rappeler la date de la composition et le goût littéraire de ce temps-là , pour apprécier les qualités réelles de l'ouvrage, à travers les descriptions pittoresques , les dissertations sentimentales et les thèses philosophiques dont l'action est surchagée. On comprendra que l'apparition du Roman de cœur de Marat aurait été un événement dans la littérature lorsque la JVouvelle^HéloùCy Candide et le Sopha faisaient les délices de la société française , la plus poHe et la plus spirituelle de l'Europe,