PROLOGUE DANS LE CIEL
comment, avant la naissance du monde, les vingt- deux lettres de l'alphabet hébraïque, gravées avec un burin de feu sur la couronne de l'Éternel, étaient descendues de son front, et chacune avait dit : « Grée le monde avec moi ! » Et Dieu, comme dans une étoffe, avait taillé dans les lettres le visible et l'invisible. La Sagesse et la Royauté, deux pierres du plus précieux albâtre, sont contenues dans l'extrémité supérieure de la lettre alef; des millions d'univers sont suspendus à sa queue; le haut et le bas, le ciel et la terre, les trônes magnifiques du Roi sont accrochés à ses faces. La lettre betli est à la fois le début de la Thora et le but de la création; en elle se trouvent contenus les principes mâle et femelle, et de son essence jaillissent les naissances sans fin... Et ainsi les vingtdeux lettres de l'alphabet hébraïque dé-
tiennent sous leur pouvoir quelque fragment de l'univers, une part de la terre et des cieux; et qui possède le secret de leurs combinaisons innombrables peut agir sur les cboses sensibles et suprasensibles et sur la volonté de Dieu même.
Que pouvaient- ils comprendre, ces malheureux Juifs de Pologne, à ces fantasmagories des trois Rabbins ténébreux et à leurs spéculations folles pour expliquer l'inexplicable? Et qui donc ajoutant les symboles aux symboles, les allégories aux allégories, les pensées aux pensées, les idées à leurs ombres, comme on ajoute une corde à une corde pour descendre au fond d'un puits, aurait jamais pu prendre pied dans cet abîme sans fond? Et pour épaissir les ténèbres, toute cette métaphysique, toute cette Cabbale insensée était écrite dans une langue à peu près incom-