PROLOGUE DAÎNS LE CIEL
Connaissez- vous rien de plus triste, dans une plaine couverte de neige, qu'un sapiti jadis fier et haut qui s'en va en décrépitude? Ses branches ne soutiennent plus que des amas de choses mortes, brindilles vertes en d'autres saisons, nids qui jadis ont chanté, pâles lichens, mousses blanchies, longues toiles d'araignées pendantes, toute une défroque de la nature, aussi lamentable à voir que les vieux habits des hommes pendus aux crochets des fripiers. Et dans sa ramure semblable
à des ossements desséchés, le vent qui passe en gémissant fait mie musique de mort.
Il y a deux cents ans, en Pologne, sur la terre froide et nue, il y avait un arbre pareil, un très vieux sapin moribond, dont les très antiques racines plongeaient jusqu'au fond des siècles, et dont les branches étalées sur le pays tout entier ne portaient plus, elles aussi, qu'une poussière de choses mortes, suspendues entre le ciel et la terre par je ne sais quelle habitude, quelle hésitation impuissante à s'abîmer sur le sol ou à s'envoler dans l'espace, et aussi par ces longues toiles, ces trames presque immatérielles que les patientes araignées accrochent à tout ce qui est vieux, silencieux, inanimé, abandonné par la vie .
Dieu parfois jetait un regard sur ce