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LA FETE DES HUGOPHILES A MONTFORT-L AMAURY

On lit dans le Courier de Versailles du 21 mai. — Dimanche 15 mai, la petite ville de Montfopt-rAmaury était en liesse. Les Hugophiles, en mémoire du séjour qu'y fit jadis Victor Hugo, y célébraient la fête des « Odes et Ballades ».

A de nombreux Hugophiles, MM. de (îourcuff, président ; G. Voisin, secrétaire général ; Armand Compère, trésorier ; Bonneval, directeur de la Revue V Athénée ; Polak, Descazeaud, Tardy, etc. etc., étaient venus se joindre les membres du Touring- Club, qui, par une heureuse coïncidence, faisaient ce jour là une excursion à Montfort.

Le maire, M. Brault, avait fait disposer des bancs et des chaises sur la magnifique esplanade du vieux Château. C'est sur ce théâtre improvisé que M. Albert Recroix et Mlle Jeanne Deberge, élèves de l'école de déclamation de M. Chavagnat, et l'auteur lui-même remplaçant un de ses interprètes empêché, ont joué un ù-propos de notre confrère Olivier de GourcuflF : Le Poète. Le succès qui avait accueilli les paroles de bienvenue du maire au président des Hugophiles, n'a pas été moins vif pour l'auteur et les interprètes de Tà-propos, dont Victor Hugo jeune est le héros. M. de Gourcufî a lu un discours très littéraire de M. Léon Séché, malade. M. Voisin s'est fait aussi beaucoup applaudir en récitant Tode classique et plus que jamais de circonstance, de Victor Hugo : Aux ruines de Montfort-VAniaury, D'autres récitations ont suivi.

Les Montfortois et leurs hAtes garderont lo meilleur souvenir de cette fête favorisée par un temps radieux.

Voici Tallocution de M. Léon Séché :

Mesdames, Messieurs,

Il n'y a pas que les livres qui aient leur destinée. Toutes les villes anciennes qui furent des villes fortes ont eu la leur, heureuse ou malheureuse. Les unes, c'est le plus grand nombre, après des siècles ou des lustres de gloire, se sont endormies pour toujours au pied de leurs châteaux démantelés et de leur murailles abattues. D'autres que l'on croyait mortes se sont réveillées tout à coup de leur sommeil léthargique, à la voix des filles d'Apollon, et ont fourni une nouvelle carrière. Montfort l'A maury qui dut le plus beau fleuron de sa couronne murale à la munificence d'Anne de Bretagne, doit en grande partie son renouveau à cette noble et chère mémoire, Depuis quelques années les Bretons de Paris qui cultivent les arts et les lettres ont pris l'habitude d'y venir chanter, boire et baller, comme on disait au xvi*' siècle, en souvenir de la bonne duchesse qui donna leur pays à la France en donnant sa main à deux de ses rois. Et voici que l'écrivain nantais qui eut la première idée de ce pardon annuel réunit aujourd'hiri à Montfort-l'Amaury la petite société littéraire qu'il a fondée réceniment sous le patronage de Victor Hugo.

Mais j'entends déjà les profanes me demander avec un air de sur. prise quels rapports il peut y avoir, quels rapprochements on peut bien faire entre Victor Hugo, la Bretagne et Montfort-l'Amaury. Que ceux-là veuillent bien m'écouter. C'est toute une histoire, et elle n'est pas longue. D'abord, vous pensez bien que, si Victor Hugo n'avait pas chanté Montfort-l'Amaury, nous ne serions pas là aujourd'hui. Il l'a chanté en très beaux vers dans une ode qu'on vous dira tout à l'heure et qui, seule de son premier recueil, a le grand mérite à mes yeux de faire pressentir les Orientales, Mais il n^y a pas dit un mot de la duchesse de Bretagne dont le souvenir plane sur les ruines de Montfort-l'Amaury, et cela m'étonne de la part d'un poète, qui, tout jeune, vécut dans le passé, qui s'entendait comme personne à faire parler les vieilles pierres, et qui se glorifiait d'avoir dans les veines du sang breton. Car il était Breton par sa mère, puisque Sophie Trébuchet était de Nantes, il Tétait aussi par sa femme, puisque Adèle Foucher était la fille d'un Nantais, et vous n'ignorez pas que sespremières odes ont été pour la Vendée, cette sœur de lait de la Bretagne, pour Mlle de Sombreuil et pour les héros de Quiberon. Il était si fier d'être Breton, que le pseudonyme, je ne dis pas unique, car il en prit plusieurs au début de sa carrière d'écrivain, mais le seul qui compte, celui de Victor d'Auvernay, il l'emprunta au bourg natal

de son grand-père maternel (l), le capitaine Trébuchet qui, avant d'être armateur, s'il le put jamais, ce dont je doute, fit la traite des nègres pour la Compagnie des Indes et son propre compte, ce dont je suis sûr.

Et comment, Mesdames, Messieurs, Victor Hugo n'aurait-il pas été attaché par le cœur à une province qui non seulement lui avait donné sa mère et sa femme, mais qui quatre ans après sa naissance devait donner le jour à la belle et bonne amie qui lui a inspiré la Tristesse d*Olympis et tant de poésies charmantes des Chants du Crépuscule, dés Voix intérieures^ des Bayons et des Ombres? J'ai nommé Juliette Droùet. Il était de Nantes aussi le jeune Trébuchet que l'auteur des Odes et Ballades eut pour collaborateur au Conservatoire littéraire. C'était son cousin. Et le hasard voulut que ce fût encore un Trébuchet qui conduisit son deuil quand il s'en alla dormir son dernier somme sous la coupole du Panthéon. Je n'éprouvai donc aucune surprise le jour où il me dit — et il avait alors 80 ans ! — que la terre de Bretagne était son pays de prédilection.

Vous pouvez ôtre sûrs, après cela, Mesdames et Messieurs, que lorsqu'il venait visiter son camarade Saint-Valry dans cette jolie petite ville de Montfort qui rimait si richement avec son nom, il savait à fond son histoire, et que le bon Saint- Yves qui est un des patrons de sa vieille église était comme lui d'origine bretonne. Quelques années plus tard, il n'aurait pas manqué de le dire pour mettre dans ses vers un peu plus de couleur locale, mais il suffît qu'il ait chanté Montfort-l'Amaury pour que la société dont Olivier de Gourcuff est le fondateur soit venue l'y fêter en ce beau jour de mai.

Pour ma part^ je remercie de Gourculï de m'avoir donné la présidence d'honneur de ce pardon littéraire et de m'avoir ainsi procuré l'occasion de visiter une ville où tant de souvenirs m'attiraient depuis si longtemps !

Une lettre de Marie Dorvai . — Dans sa Vie littéraire du 2 juin, Jules Claretie publie la lettre suivante que Dorvai écrivit un jour à un Marseillais que sa femme accusait d'être Tamant de la grande comédienne et qui tenait à se justifier à ses yeux :

Toulon, ce 2 septembre 1836.

Mon Dieu ! Monsieur, que vous m'embarrassez ! D'abord, je vous dirai qu'il m'a fallu tout un grand jour pour rire comme une folle de

(1) Le Grand Auverné et le Petit Auverné dépendent, en effet, de l'arrondissement de Chateaubriand.

94 us ANNALES ROMANTIQUES

tout ce que VOUS me dites.. .qu'on vous a dit... qu'on avait dit... Mais comment prendre cela au sérieux» dites-moi ? Gomment trouver des mots pour dire sérieusement : « 7t déclare^ f affirme que jamais M. X... ne m* a fait de déclaration d'amauTy qu'il n a jamais cherché à attenter à ma pudeur ni en discours, ni en actions^ etc, »

En vérité, s'il n'y avait pas dans la demande que vous me faites un motif bien sérieux et que je respecte plus que femme au monde, je ne vous pardonnerais pas de me demander,* comme vous le dites vous-même, un singulier certificat de moralité, je m'en trouverais même, très offensée. Mais enfin. Monsieur, je vous le donne die tout mon cœur. Personne mieux que moi n'a été à même d'apprécier V unique sentiment de votre cœur. Ce sentiment vous préservera de toute faiblesse humaine... Seulement, soyez ausdi indulgent que vous êtes bon ! Vous qui êtes fort, ayez pitié des faibles. Gonservez-mo un peu de cette amitié, de cette bienveillance, dont je suis fière. Par donnez-moî cette petite tracasserie, que je vous cause, et dont nous sommes aussi innocent l'un que l'autre.

Croyez, Monsieur, à mes sentiments bien affectueux.

Marie Dorval.

Le Romantisme a l'Académie française. — L'Acîidémie française vient de couronner les ouvrages suivants :

Prix Bordin. — 1.000 francs à M. Miohaut pour son 5flm/e- Beuve avant les Lundis. — 500 francs à MM. Paul et Victor Glachant pour leur Essai critique sur le théâtre de Victor Hugo,

Le Blste d'Emile Péïiant. — Le 2t) juin, on inaugurera dans levestible de la Bibliothèque publique de Nantes, le buste d'Emile Péhant qui fut le meilleur élève d'Alfred de Vigny et à qui M. Léon Séché a consacré un chapitre si intéressant dans son livre sur le poète de Moïse et des Destinées,

Une tiïèse en Sorbonne. — Le 27 avril dernier, M. René Canat, ancien élève de TEcole normale supérieure, professeur agrégé au lycée d'Angers a soutenu brillamment les deux thèses suivantes pour le doctorat devant la Faculté des lettres de Paris :

Thèse latine. — Qu(r de Grœcis, Mme de Starl, scripscrit et nunc esthetica quirdam pendeat.

Tliùse française. — Une forme du mal du siècle : Du sen^ tintent de la solitude morale chez les romantiques et les parnassiens. Un curielx.

L'intermédiaire des amis du Romantisme

Xous publierons dans chaque numéro de la Hevue^ les questions qui nous seront adressées par nos lecteurs, avec les réponses qu'elles auront provoquées. Chaque question portera un numéro d'ordre, ce qui nous dispensera de la répéter en regard de la réponse :

I. — La Bibliothèque nationale, non plus que celles de l'Arsenal et de la Mazarine, ne possède pas les premières éditions des Odes et BaUlades^ par Victor Hugo.

Quelle est la date exacte de la première édition des Odes et Ballades et en combien de volumes fut elle publiée ? Cette question est très importante à cause de l'épigraphe que, d'après M. Georges Vicaire, Victor Hugo aurait empruntée pour le titre du premier volume à Joachim du Bellay :

Renouvelons aussi Toute vieille pensée.

Nous n'avons jamais vu de volume des Odes portant cette épigraphe qui, à notre connaisance, ne figure qu'en tête du livre des Ballades.

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