REINE DU TRÈS SAINT ROSAIRE
En publiant ces modestes pages, je viens, ô bonne Mère, vous présenter aujourd'hui l'offrande que je vous avais promise en reconnaissance du bienfait de ma guérison.
Puisse cet ex-voto contribuer à attirer les âmes vers votre béni sanctuaire du Cap !
Sa ctlt-au-Récollet, 8 mai 1897.
Depuis une vingtaine d'années surtout, notre catholique province de Québec offre à nos regards un spectacle nouveau rempli d'intérêt. Chaque année, au-retour de la belle saison, nous voyons passer souvent sur nos voies ferrées de longs convois de chars, et sur notre majestueux Saint- Laurent des vaisseaux de toutes dimensions, portant les uns et les autres de nombreux pèlerins qui vont à notre sanctuaire national de Sainte- Anne de Beaupré.
Outre l'intérêt religieux, outre l'intérêt spirituel qu'ils procurent tout naturellement à l'âme, ces pèlerinages ont le bon côté, grâce à la modicité des prix, de faire mieux connaître les beautés diverses de notre pays. Ici, c'est un coquet village qui se présente à la vue du pèlerin ; là,
c'est un large et beau pré ou une magnifique plaine couverte de céréales. Nos villes surtout de Montréal, Sorel, Trois- Rivières, la Pointe-Lévis, Québec, attirent l'attention des pieux voyageurs. Plus d'un bon vieillard, plus d'une bonne vieille, qui n'avait jusqu'alors connu que le clocher de son village et l'horizon de sa paroisse, contemple avec le plus vif intérêt ces cités plus ou moins historiques. Québec en particulier, Québec, le berceau de la patrie canadienne-française, séduit les regards de tous les pèlerins. Son rocher pittoresque, sa citadelle et ses remparts, ses églises, ses monuments captivent leur* attention. Le villageois, le paysan au cœur patriote qui a souvent entendu parler depuis son bas âge de la cité militaire, et qui la voit pour la première fois, cherche d'un œil ému les endroits fameux où nos ancêtres ont versé leur sang pour la défense de la patrie.
Les scènes les plus variées se déroulent surtout sur les deux rives du grand fleuve. Le gracieux et le sublime s'y coudoient et se succèdent tour à tour. De verdoyantes îles semées ça et là ; des arbres de la forêt primitive ; des coteaux couronnés de vergers ; des rochers à fleur d'eau ; au loin, à
l'horizon, du côté du nord, la chaîne bleue des Laurentides ; l'île d'Orléans, la perle de nos îles ; la haute chute de Montmorency ; la côte en amphithéâtre de Beaupré ; le majestueux cap Tourmente, forment autant de traits d'un vaste tableau digne d'être chanté ou peint par les poètes et les peintres. Aussi les étrangers affluent-ils au pays, chaque été, pour se donner le plaisir de contempler ces beautés naturelles qui font une des parties de notre apanage national.
Après avoir salué les Trois-Rrivières, et passé les trois branches du Saint - Maurice, qui ont baptisé la cité trifluvienne, le touriste ou le pèlerin n'est pas longtemps sans apercevoir sur les falaises de la rive nord deux églises d'une inégale grandeur, environnées de quelques maisons. C'est le village du Cap de la Madeleine. L'une des églises, la plus grande, est évidemment de construction moderne. Elle est remarquable par l'élégance de ses lignes et par la beauté de son toit en ardoise coloriée. Si vous la regardez de près et en face, vous serez frappé de la distinction de sa façade qui ressemble à un beau dessin sur le papier. Ce travail délicat est dû à M. l'architecte Bourgeois, jeune Acadien de la
paroisse de Saint-Célestin. On remarque aussi dans cette façade trois belles statues en pierre, façonnées par le très habile ciseau de notre sculpteur national, M. Hébert : statues représentant saint Lazare et ses deux sœurs, sainte Marthe et sainte Madeleine, patronne de la paroisse. Enfin, comme couronnement, ce temple possède un carillon harmonieux dont l'origine est française.
Cependant, tout beau que soit ce temple, ce n'est pas lui que regardent tout d'abord, ce n'est pas vers lui que vont en premier lieu les étrangers qui abordent cette plage jadis solitaire. Tous les yeux se tournent du côté de l'humble sanctuaire situé en face du premier.
D'où vient cette préférence ? Est-ce que celui-ci a des qualités architecturales ou artistiques plus frappantes que l'autre ? Non, au contraire ; sa construction est du genre le plus primitif au Canada. A l'extérieur, l'on ne voit que des pierres brutes recouvertes de chaux ; à l'intérieur, tout est simple et sans intérêt matériel, à l'exception toutefois d'une collection de petits tableaux en peinture à l'huile suspendus au mur du chœur. Parmi ces tableaux, les uns sont des copies des grands maîtres.
UX SANCTtJAlllE CANADIEN
Dans la croix du petit clocher, se trouvent des fleurs de lys qui trahissent l'époque de sa construction. De fait ce modeste sanctuaire est bien ancien et l'une de nos antiquités, comme l'atteste le document suivant que le lecteur aimera peut-être à lire, et que j'ai extrait des registrede la paroisse :
"• Nous, Jean, évêque de Québec, dans le cours "d'une visite pastorale
'" De plus, Nous avon3 déclaré aux habitants, à " la fin de Notre prédication, que Notre intention 11 était qu'ils fissent paraître leur zèle en travail- " lant à une nouvelle église de pierre pour la bâ- " tisse de laquelle Nous avons promis de donner 11 abondamment, et que Nous espérons qui sera " faite bientôt si les habitants qui sont des deux '• côtés de la rivière (le Saint-Laurent), y conu tribuent comme Nous les y exhortons pour 11 l'honneur de la grande sainte, leur patronne, et " leur avantage particulier, leur déclarant que " Nous leur permettons volontiers la bâtisse d'une 11 nouvelle chapelle du côté de Bécancour, après '•qu'ils auront fait paraître leur zèle pour la ''bâtisse de celle de Sainte - Madeleine qu'ils '"doivent toujours regarder comme leur mère " matrice.
•• Jean. Évêque de Québec.
"13 mai 1714. 'r .
Cet antique sanctuaire n'est pas cependant la première église qui ait été érigée au Cap de la Madeleine. Une autre, encore plus modeste, bâtie en bois, dont je n'ai pu constater la date précise de la construction, existait déjà en l'année 1683. Elle avait 30 pieds de longueur sur 16 de largeur. On voit encore, dans le comble du vénérable sanctuaire actuel, de vieilles peintures à fresque ayant appartenu à cette primitive église en bois.
Mais revenons à notre béni sanctuaire, l'objet particulier de cet écrit. Encore une fois, d'où vient la prédilection que l'on a actuellement pour lui, d'où vient le charme qui attire vers lui les pèlerins en si grand nombre ?
Ce secret, le voici :
Messire Paul Vachon, premier curé de la paroisse du Cap de la Madeleine, ayant sollicité de Rome la faveur d'établir dans sa paroisse la confrérie du Saint-Rosaire, vit avec bonheur son vœu se réaliser. Un diplôme officiel de l'érection du Rosaire lui fut accordé, le 11 mai 1694, par le frère Antonin Cloche, général des Dominicains à Rome. Ce vieux document, quoique un peu victime des injures du temps, est encore bien lisible. Il est signé par le général susdit, et
contresigné par le frère Antonin Massoulié, inquisiteur de Toulouse, et approuvé par Mgr de Saint- Vallier, lequel établit ou fît établir la confrérie le 4 octobre 1697. Il y aura donc juste deux cents ans, le 4 octobre prochain, que la belle institution du Rosaire a été érigée dans la première chapelle du Cap de la Madeleine. Il y a donc deux cents ans que la Vierge Immaculée regarde avec complaisance, du haut du ciel, ce coin de terre où des âmes pieuses viennent lui redire de temps à autre la glorieuse salutation de l'ange Gabriel.
Que s'est-il passé là de particulier dans les premiers jours de la confrérie, ou dans le cours des nombreuses années qui ont formé les deux siècles, à l'exception des vingt ou vingt - cinq derniers ans ? S'est-il opéré des miracles, ou du moins des guérisons merveilleuses ? Je ne saurais le dire précisément, n'ayant rien trouvé dans les registres de la paroisse qui pût jeter quelque lumière à ce sujet. Je m'imagine cependant que bien des fois une mère affligée, une jeune fille, un jeune homme désireux de connaître sa vocation, un pauvre infirme languissant depuis des années, est venu trouver là le rayon de lumière ou le baume bienfaisant qu'il désirait.
J'excepte toutefois ce laps de temps de vingtcinq années près que je viens de signaler. Ici nous sommes, pour ainsi dire, en plein temps moderne, et l'histoire n'est plus muette. Depuis 1870, le vieux sanctuaire du Cap a attiré l'attention publique ; les pèlerins isolés se sont faits plus nombreux d'année en année, et un véritable pèlerinage s'est formé graduellement. Aujourd'hui — depuis dix ans surtout — ce ne sont plus seulement des pèlerins isolés qui fréquentent la petite église du Cap, mais les foules s'y transportent comme au célèbre sanctuaire de Beaupré. Les diocésains de Montréal et d'ailleurs y viennent en foule comme les paroisses trifluviennes et nicolétaines.
A ces falaises, où n'abordaient autrefois que la chaloupe et le canot, l'on voit arriver aujourd'hui des vaisseaux de haut bord chargés de pèlerins ou de touristes. Du côté du nord, le village est relié au chemin de fer du Pacifique par un embranchement qui y donne facilement accès, hiver comme été.
Ces améliorations considérables faites en faveur du pèlerinage du Cap sont dues en particulier à l'initiative intelligente et à l'esprit de foi de
M. le sénateur Montplaisir, paroissien du Cap, et de M. Télesphore Normand, député des Trois- Rivières pour la chambre locale.
Aussi, grâce à ces améliorations en partie, les pèlerins se font-ils plus nombreux que jamais. M. l'abbé Duguay, curé de la paroisse, m'a dit que le nombre des pèlerinages organisés s'était élevé, l'année dernière, au chiffre de 58, et celui des pèlerins en général à 35,000 environ. Quelle différence avec l'année 1890, où l'on ne compta que 3,000 pèlerins en tout !
Mais je n'ai dévoilé là qu'une partie du secret en question. Il faut admettre, par l'histoire sacrée et par la tradition, que la Vierge par excellence qui a mérité d'être bénie entre toutes les femmes, qui a été saluée comme pleine de grâce par un prince de la cour céleste, et qui a déclaré elle-même devoir être appelée bienheureuse par toutes les générations, il faut admettre, dis-je, que souvent cette Vierge a vu se réaliser et les paroles de l'ange et sa propre prophétie. Dès les premiers temps de l'Eglise, et dans le cours des siècles, des sanctuaires de toutes dimensions ont été érigés en son honneur ; et parmi ces sanctuaires, il en est quelques-uns sur lesquels elle s'est plu à jeter
des regards de prédilection. Le premier en date comme en sainteté est celui de sa propre maison à Nazareth. Après l'avoir favorisé de ses grâces et de ses dons, et en avoir fait un lieu de pèlerinage pendant de longs siècles, elle n'a point permis qu'il fût profané par les infidèles, et elle le fit un jour, comme nous le savons, transporter par les anges à Lorette, en Italie, où il est depuis six cents ans l'objet de la vénération universelle.
Et qui ne connaît les célèbres sanctuaires de Notre-Dame de Fourvières, de Notre-Dame de la Garde, de Notre-Dame de la Salette, de Notre- Dame de Lourdes en particulier ? Voilà des lieux à jamais bénis et favorisés de la Vierge Immaculée. Qui dira toutes les grâces, toutes les faveurs spirituelles comme temporelles obtenues aux âmes guidées là par la foi, l'espérance et l'amour ?
Ici, que le lecteur me permette une remarque qui a sa justesse, il me semble. C'est que Marie, dans le choix de ses sanctuaires privilégiés, paraît avoir une prédilection marquée pour les sites pittoresques. Je puis du moins en signaler quelques-uns avec connaissance de cause pour les avoir contemplés de mes propres yeux ; je veux parler en particulier des sanctuaires de Notre-
Dame de Lorette, de Notre-Dame de Fourvières, de Notre-Dame de la Garde et de Notre-Dame de Lourdes. Rien de plus grandiose ou de plus gracieux que ces sites ! Pour l'un, c'est un coteau couvert de lauriers roses au pied duquel se déroule une belle campagne ; pour un autre, c'est la mer avec son vaste et mystérieux horizon, et sa surface mobile, qui tantôt reflète le ciel avec ses aspects divers, tantôt présente l'image de sa colère et de sa fureur ; pour un troisième, c'est le tableau d'une riche et populeuse cité qui s'étend à ses pieds et la peinture de deux fleuves qui réunissent leurs ondes fugitives ; pour un quatrième, enfin, c'est la vue de montagnes à hautes cimes, de collines gracieuses et de vallées verdoyantes.
Eh bien ! le site du Cap de la Madeleine n'est pas non plus sans attraits ni charmes. Les pèlerins et les touristes ont pu remarquer, par un beau jour de printemps ou d'été, comme il est varié et rempli de lumière. Son horizon offre le gracieux et le grandiose à la fois. Du côté de Québec, c'est le Saint-Laurent qui déploie au loin avec majesté sa large nappe d'eau ; vis-à-vis, la rive sud offre le joli tableau d'un coteau couvert
de bocages, où. se mêlent des arbres fruitiers et des arbres d'ornement ; plus haut l'œil contemple avec bonheur les églises de Sainte-Angèle, de Saint-Grégoire, et dans le lointain la flèche élancée de la cathédrale de Nicolet; du côté du nord, on aperçoit la cité trifluvienne avec les dômes et les clochers de ses églises et les toits brillants de ses grandes institutions ; enfin, le fleuve avec ses vaisseaux à vapeur et à voiles offre un spectacle toujours vivant.
Sous un autre point de vue, quand la Vierge bénie se choisit quelque part un sanctuaire, elle se prépare d'avance des agents qui favorisent plus ou moins ses desseins de miséricorde. Notre pèlerinage du Cap n'a pas échappé à cette loi. Le premier curé, messire Paul Vachon, dont j'ai déjà parlé, et qui s'est intéressé à l'établissement de la confrérie du Rosaire, était un prêtre tout à fait selon le cœur de Dieu, si nous en jugeons par l'acte de sépulture consigné dans les registres de la paroisse. Il est dit de lui, entre autres choses, que, muni des sacrements ordinaires, après avoir desservi ladite paroisse du Gap V espace de 44- ans> avec édification et à l'avantage de tous les paroissiens qu'il a laissés embaumés de l'odeur
de ses vertus et dans la doudeur d'avoir perdu son digne pasteur qui les a instruits également par ses paroles et par ses exemples . . .
M. le curé Duguay m'a dit en outre que ce prêtre distingué faisait partie du chapitre de Mgr Laval, premier évêque de Québec.
Le second instrument dont s'est servi visiblement la sainte Vierge pour former le pèlerinage en question, est peut-être le premier en mérite ; je veux parler du regretté curé Désilets, vicaire général du diocèse des Trois-Rivières. Son rôle sous ce rapport a été évidemment considérable. C'est à partir du commencement de sa desserte de la paroisse du Cap que les pèlerins étrangers ont commencé à fréquenter le béni sanctuaire. On aurait dit qu'il avait été placé là pour ne s'occuper que de la confrérie du Saint-Rosaire : il ne faisait qu'en parler en public comme en particulier.
Aussi sa dévotion vive envers la sainte Vierge datait-elle de loin. Encore jeune homme, aux séminaires de Nicolet, de Québec, de Sainte- Thérèse, il manifestait un grand amour pour Notre - Seigneur et pour sa Mère bien - aimée. Élevé au sacerdoce, cette tendre piété, cette vive
dévotion ne fit que s'accroître en lui, et lorsqu'il fut nommé à la cure du Cap, où il trouva établie la confrérie du Rosaire, il donna libre carrière à son zèle envers le culte de Marie.
Cette bonne et puissante Mère ne fut pas longtemps sans bénir les efforts de son apôtre par des faveurs nombreuses et vraiment merveilleuses. Un jour, c'est un pont de glace qui se forme tout à coup, presque au printemps, pour faciliter le transport de la pierre destinée à la construction de l'église neuve ; un autre jour, c'est un enfant noyé que l'on retrouve immédiatement après des prières faites en l'honneur du saint Rosaire ; d'autres fois, ce sont des personnes qui proclament avoir été guéries soudainement de maladies graves et invétérées ; bien souvent, ce sont des faveurs spirituelles obtenues dans un pèlerinage à l'antique sanctuaire.
Bientôt aux pèlerins privés qui se comptent par centaines et par milliers succèdent les pèlerinages publics organisés. Les paroisses de Saint-Grégoire, de Sainte-Angèle, de Bécancourt traversent le fleuve et font cortège avec la ville des Trois- Rivières et les paroisses aux environs du Cap. Le dévot pasteur eut donc, avant de partir, en 1888,
pour un monde encore meilleur, la douce satisfaction de voir son cher sanctuaire visité et par de nombreux pèlerins privés et par des pèlerinages publics. J'aime à penser que son âme bienheureuse se plaît souventaujourd'hui àerrer autour de ceslieux qui lui furent autrefois si agréables et si chers. . .
Je crois devoir ajouter, pour rendre toute justice à ce dignitaire défunt, qu'il a pris, je crois, de concert avec monsieur le sénateur Montplaisir, l'initiative dans les démarches relatives à la construction du quai considérable qui existe maintenant au Cap, (1)
Il est un autre agent providentiel que la Vierge du Rosaire a fait et fait encore servir à ses vues miséricordieuses : c'est le R. P. Frédéric, disciple de saint François d'Assise, autrefois au poste important de vicaire custodial des Franciscains à Jérusalem, et établi au Canada depuis une dizaine d'années, ce me semble. Il parut dans la région trifîu vienne juste au moment où le grand vicaire Désilets commençait à décliner et à entrevoir le port éternel...
(1) Les lecteurs, désireux de connaître plus en détail la vie du grand Vicaire Désilets, pourront recourir à la grande édition du Sanctuaire Canadien, laquelle comprend la biographie du regretté défunt.
Ces deux hommes se comprirent tout de suite en se rencontrant, et on aurait dit deux frères qui se revoient après une longue absence, tant il y avait de points de contact et de ressemblance dans leurs caractères : même amour vif pour Notre-Seigneur, même dévotion tendre pour la Reine des anges. Le P. Frédéric continua donc l'œuvre si bien commencée, et l'on sait avec quel dévouement il se porte toujours à l'accueil des pèlerinages qui se font au Cap de la Madeleine. Son éloquence facile et onctueuse, sa robe de bure qui rappelle l'humble pénitent d'Assise, sa vie austère et toute pénétrée de surnaturel, ses connaissances des sanctuaires de Terre-Sainte, tout cela forme en lui un attrait puissant qui active les pèlerinages au sanctuaire du Rosaire.
Grâce à son zèle et à sa connaissance de la ville de Jérusalem, les pèlerins ont le précieux avantage de faire au Cap les stations du chemin de la croix dans les mêmes proportions de distance — réduites au tiers — que le véritable chemin parcouru par le Fils de Dieu, L'illusion est poussée même jusqu'aux formes et aux accidents du terrain.
Une autre œuvre qui signale la large part que prend le P. Frédéric à ce pèlerinage, est la
publication des Annales du Rosaire : intéressante publication qui renferme, outre des études sur la sainte Vierge et les récits des nombreuses et merveilleuses faveurs obtenues au petit sanctuaire, qui renferme, dis-je, des photogravures les plus variées des villes et monuments de la Terre- Sainte. Chaque numéro contient une de ces photogravures avec une explication relative. Avec le temps, cette collection formera un recueil rare et précieux.
Sur la liste des pieux ouvriers que Marie utilise dans la formation et raffermissement de son sanctuaire du Cap, je ne veux pas oublier de signaler le très vénéré prélat des Trois-Rivières. De temps à autre, il interrompt le cours de ses importantes occupations pour venir saluer les pèlerins étrangers. Sa parole simple, limpide et élevée à la fois, pleine d'images et de flammes, rappelant la grande manière de l'évêque à la bouche d'or, produit dans l'auditoire qui l'entend une impression inoubliable. On dit que Sa Grandeur aime à visiter son pèlerinage diocésain. Aussi me semble t-il que lorsque l'heure sera venue pour Elle d'aller recevoir là-haut la couronne de justice, une de ses dernières pensées, un
de ses derniers regards sera pour le sanctuaire de la Vierge du Rosaire, qui a daigné, dans le cours de son laborieux pontificat, manifester si visiblement ses bontés sur ce coin de terre de son diocèse. . .
Je ne dois pas non plus, en terminant cette esquisse des agents dont s'est servi la sainte Vierge dans la formation du pèlerinage du Cap, omettre de mentionner M. l'abbé Duguay, curé actuel de la paroisse. Disciple du regretté grand vicaire Désilets, il a hérité du manteau de son zèle et de sa charité. 11 est tout à fait dévoué aux intérêts du sanctuaire et de la paroisse. Au milieu des nombreuses occupations de son ministère, il trouve encore le temps de s'occuper des archives et de copier de sa propre main de vieux et volumineux documents.
Enfin, si je ne craignais pas de pousser trop loin ma thèse des agents providentiels, j'ajouterais que Léon XIII, l'illustre Léon XIII, est venu lui-même se mêler au concours. Par l'obligation qu'il a faite aux enfants de l'Eglise de réciter annuellement le Rosaire dans le mois d'octobre, il a consacré notre sanctuaire du Rosaire et lui a promis, pour ainsi dire, l'immortalité. ..
En finissant ce petit travail, j'ajouterai qu'un érudit, un archéologue, comme, par exemple, M. Suite, notre savant historien, ne ferait pas sans quelque intérêt le pèlerinage à la vieille paroisse du Cap. Il trouverait surtout dans les archives une ample matière à sa soif de connaître. Il y verrait en outre, avec un cœur ému, deux vieilles constructions datant du dix - septième siècle : la résidence des jésuites et le moulin banal, lesquels ressemblent à deux vieux amis voisins qui jasent ensemble du bon vieux temps.
EN l'honneur DE