‹ Un secret d'état; comédie-vaudeville en un acteChapitre 15 sur 21 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

GABRIEL puis CÉLESTE.

GABRIEL

Qu'est-ce qu'il veut dire avec ses poînls... Ah! il est étranger... C'est égal... il est très bien cet ambassadeur... mais très bien... très bien!... Une conversation enjouée... et cependant une réserve!... Nous n'avons parlé que de mon mariage. ..et le mot n'a pas été prononcé une fois! c'est ce qu'on appelle le biais diplomatique.

Am : Fils impradeot , elc

-Nt'jitUi L. ^^ '^''''^ flatte l'indépendance.

Lorsqu'elle est la reine du jour ; Le biais caresse l'opulence , Et dès qu'il peut flatter la cour.

Il est opulent à son tour.

Il méconnaît ses pauvres dieux pénales; Enfin, avec un peu d'esprit, les niais, Lorsqu'à propos ils se servent du biais , Deviennent de grands diplomates.

CÉLESTE, entrant sans voir Gabriel.

(A part.) M"' la marquise n'a pu me dire que ces mots : « Tout est arrangé... » Sans doute elle aura mis M. Gabriel dans la confidence... (L'apercevanl.) C'est luil...

GABRIEL

C'est elle!., (il s'approche.) Mademoiselle, agréez mon me,v culpa... et inondez-moi de reproches.

CÉLESTE

Des reproches à vous? ....ly.ù •.un iiia :a/

A moi-même. Anéantissez-moi, vierge indulgente... vous a^^z vu ma conduite ridicule de ce matin... Si je vous disais les rêveries impertinentes que je m'éais fourrées en tête...

CÉLESTE

Je les connais.

GABRIEL.'

Vraiment! et vous daignez oublier...

CÉLESTE

Puisque vous les oubliez vous-même.

GABRIEL

Oh! moi... il s'agit bien de moi! C'est-à-dire que je serais un monstre d'homme... un... tout ce qu'on voudra, si je me cramponnais encore à ces sottes idées-là!.. Mais non... non je ne les ai jamais eues... Pour mon lionneur de galant chevalier, je ne veux pas les avoir eues.

CÉLESTE

Je vous remercie, monsieur.

GABRIEL

Elle me remercie!... (A part.) quand je devrais baiser la poussière de ses pieds... (Les regardant.) de ses amours de pieds que je croyais connaître... aveugle que j'étais!... de ses pieds... qui m'ont ouvert les yeux!

CÉLESTE

Que dites-vous donc ainsi tout seul?

G.\BRIEL

Que je suis le plus fortuné des mortels... foi de Gabriel!

CÉLESTE

Gabriel!... le joli nom!... le nom d'un ange...

GABRIEL

Oui... de l'ange qui vint annoncer à Marie... conckpit de spiritu sancto... Et ce nom-là vous plait?... Ah! tant mieux!... Mais j'ai été bien près de m'appeler autrement.

Air de TAngelas.

J'étais encore dans le néant.

Qu'on me clieniiail un nom sublime;

Oh ! toujours !

tN SECRET D ÉTAT. 10

On voulait m'appeler Gontrand^ Ou Philogène, ou bien Alcime, Ou Babilas, ou Theotyme.

Les calendriers étaient lus , On allait me nommer modeste...

Par bonheur sonna 1' angélus, El le nom de l'ange me reste...

Aimez toujours ce nom... Céleste.

CÉLESTE

G.\8RIEL. lui prenant la main.

Et... avec le nom... un peu aussi celui qui le porte, n'eàt-ce pas? , Céleste baisse les yeux. — A part.) Elle baisse les jeux et ne répond rien... Langage allégorique que nous traduisons, nous autres, mauvais sujets, par... « Je ne demande pas mieux. » Pauvre agneau, va!... Maintenant que je la vois en face et tout près de moi... je me demande comment j'ai pu trouver la moindre ressemblance... elle a le plus joli petit nez comme ceci... • L'autre avait le nez comme ça... (il revient et lui baise la main avec effusion.) Ah ! Céleste... si j'avais su ce'matin...

(.ÉLESTE.

Vous ne m'auriez pas refusée à première vue, n'est-ce pas?...

J'étais, en venant ici, dans les meilleures dispositions du monde pour vous adorer; mais quand je vous vis, j'avoue qu'une révolution subite détraqua mon individu... je devins furieux... je n'étais plus un homme... j'étais un tigre!

CÉLESTE , riant.

Comme la nuit du mardi-gras?

GABRIEL

Du mardi-gras !

CÉLESTE

Où vous étiez si en colère... où vous vous êtes fait notre défenseur.^, où vous avez reçu pour nous deux coups d'épée.

Air de Marianne.

Se battre ainsi c'est être brave...

GABRIEL , abasourdi.

Quoi !

CÉLESTE

Vous étiez notre soutien.

De cette blessure si grave.

Dites , ne ressentez-vous rien?

Vous étiez, vous.

Bien en courroux.

Je vous entends dire encor : « Sortez tous! » Oui votre sort.

M'attristait fort , Je vous croyais, hélas, à moitié mort.

GABRIEL, arec nue rage concentrée.

3Ierci, merci, de soins si tendres...

J'aurais voulu que sans éclat, A moitié mort, on me brûlât.

Le mercredi des cendres !

CÉLESTE

Vous parlez encore tout seul? j'ai peut-être eu tort de vous rappeler cela; je n'aurais pas dû vous dire...

GABRIEL, vivement.

Si fait... si fait... au contraire... on doit tout dire...

CÉLESTE

A son^niari...

GABRIEL

Oui... à son mari. (A pan.) Compte là-dessus.

fOn entend la voix de Ferdinand.)

CÉLESTE

M. Ferdinand! . je me sauve... c'est peut-être inconvenant qu'on nous trouve déjà ensemble... (Elle se sauve par la droite.)

SCÈjNE IX.

GABRIEL

Celait donc Lien elle 1... Je ne m'étais pas trompé... Mais ces souliers si différens... mais sa figure que j'avais fini par ne plus trouver ressemblante... Au diable! que voulez-vous que je vous dise!... puisqu'elle en convient... Je ne mexténuerai pas plus long-temps à me prouver le contraire... Adieu, bôtel amphigourique... maison imbrogliote... famille logogryphique!... Cherche qui voudra le mot de votre hideuse charade... Je jette ma lai^gue aux chiens, et je pars! (il se trouve nez à nez avec Ferdinand.)

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