‹ Un siècle de musique francaiseChapitre 14 sur 14 · I . La phrase dont nous voulons parler est dite par les · texte numérisé non relu

I . La phrase dont nous voulons parler est dite par les

Que la mélodie d'aujourd'hui soit la sœur très ressemblante de son aînée, nous n'en disconvenons pas ; au fond, c'est presque la même, mais prodigieusement agrandie, transfigurée et portant avec elle une puissance d'émotion centuplée, irrésistible. Elle donne, surtout avec la reprise grandiose des chœurs, une impression de grandeur et de gloire, une vision du ciel ouvert, plein de clartés et de cantiques. Dans cette page superbe, le grand musicien a mis tout ce qu'il sent et tout ce qu'il sait. Et que les hardis, les téméraires du jour ne s'y trompent pas, l'auteur de Mors et Vif a possède encore la science autant que le cœur. Il n'a rien perdu de ses qualités techniques : ni la pureté du style, ni l'amour des harmonies impeccables et de l'instrumentation à la fois ingénieuse et sobre; il conserve le grand souffle mélodique, l'ampleur de la période déployée en pleine lumière et triomphalement couronnée. Il garde aussi le secret d'une déclamation lyrique incomparable. Nous n'en voulons pour exemple que le magnifique récit : Etcongregahnntur anic cum^ dont l'autorité souveraine fait songer au geste impérieux donné par Michel-Ange au Christ du jugement dernier.

violons dans l'introduction. M. Gounod en a fait, à l'usage des théâtres étrangers, une romance pour Valentin.

Jésus aura pourtant, selon M. Gounod, plus d'indulgence que de colère ; nous serons presque tous à sa droite. Avec les mots : Vcnite^ hcncdicti^ sa voix prend une douceur infinie, un sourire passe sur la face divine, et le beau chant de VAgnus Dei^ celui qui tout à Theure nous avait transporté, reparaît une dernière fois et s'achève dans une effusion de miséricorde. Nous le disions au début: Tinspiration de M. Gounod restera toujours tendre. Le maître pense avec l'Apôtre que la foi n'est rien sans l'amour, et sa musique religieuse même est pleine d'amour. Rien de plus naïvement aimable que le ravissant solo avec chœur : Beati qui lavant 5/6>/j5 /Bienheureux ceux qui laventleurs vêtements dans le sang de l'Agneau ! Beaiil.. lemusicien n'a vu que ce mot; c'està lui seul peut-être que nous devonscecantiqueà demi pastoral, à demireligieux, où la fraîcheur de la mélodie, la disposition très simple des voix, le clair tintement des triangles, tout donne l'impression d'une béatitude infinie.

La troisième partie de l'oratorio : la Vie, nous paraît inférieure aux deux autres. Elle ne renferme rien de saillant quele bel air du commencement: Et Egojoanncs, et le début du Sancfus. M. Gounod, après nous avoir montré le ciel ouvert, ne nous y a pas fait entrer. Schumann, en terminant son Faust y avait trouvé d'autres accents pour celé-

brer les délices ciu paradis chrétien. Est-ce Tinspiration de Fauteur, est-ce l'attention de l'auditeur qui fléchit ici? L'une et l'autre sans doute, et l'œuvre est trop longue pour le musicien comme pour le public. On ne peut l'écouter en entier sans y trouver quelque monotonie, sans en ressentir quelque fatigue: il aurait au moins fallu qu'elle s'achevât par une fui glorieuse, par une apothéose universelle de l'humanité sauvée à jamais. Alors seulement, la progression eût été complète. Elle ne l'estpas, et le couronnement répond mal au reste de l'édifice. En dépit de ce reproche, la trilogie de M. Gounod est une œuvre très élevée, puissante parfois, plus souvent touchante, elle fait grand honneur au penseur et au musicien. A mesure que le soleil descend derrière l'horizon de sa vie, on dirait que M. Gounod monte de plus en plus haut pour en contempler les suprêmes clartés. Souhaitons que la lumière baigne encore longtemps ce front glorieux. Il est beau de voir, après une radieuse journée, les rayons s'attarder sur une cime.

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Table des Matières

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Les poésies Je Henri Heine y^5

Robert SeJitiniann iS()

Les eha'urs Bohémiens Je Moseon ^55

Mors et Vita 27/

ASNIERES. IMP. LOU

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