Un soldat de l'empire [microforme]
La pièce de poésie suivante, d'Octave Cremazie, a été écrite, de la main de l’Auteur dans l’Album de Mademoiselle Malvina Evanturel, pour honorer la mémoire de son père, vieux soldat de Napoléon.
Né à Beaucaire, en Provence, M. Evanturel vit les noyades du Rhône et l'installation de la Déesse Raison dans l'église de sa ville natale.
Appelé par la conscription sous les drapeaux de l'Empire, il fit les campagnes d'Espagne et de Portugal. Poursuivi dans la forêt par les brigands espagnols, fait prisonnier par eux, il fut livré aux anglais qui l'envoyèrent en garnison à Démérara. Il vint en Canada dans le 60e Carabiniers. Admirateur enthousiaste de l'Empereur, il conserva { toute sa vie le culte du héros: et ce fut un bonheur suprême pour lui d'apprendre de la bouche de son fils, quelques instants avant sa mort, l'avènement de Napoléon III, au trône impérial.
S'il eut vécu encore quelques années, il eût reçu, comme notre concitoyen M. Blanc, la médaille de Sainte-Hélène, à laquelle il avait droit, comme soldat de l’armée d’Espagne.
Enterré à Sainte-Foy, M. Evyanturel fût porté à sa dernière demeure par ses vieux camarades de la guerre de la Péninsule.
C’est là que le poète le fait se réveiller quand le commandant Belvèze vint, avec les marins de la Capricieuse, assister à la pose de la première pierre du monument élevé aux héros de la bataille de Sainte-Foy.
Mademoiselle
MALŸINA——
ÉVANTUREL
Qu'ils étaient grands ces jours où l’Europe tremblante Devant l’invincible guerrier,
Qui passait sur le monde en semant l’épouvante Sous les pas de son fier coursier,
Comme devant un dieu se courbait en silence Au nom seul de Napoléon,
Et, malgré tous ses rois, subissait la puissance De cet indomptable lion.
Ainsi pendant vingt ans promenant la victoire Sur les pas de ses escadrons, L'immortel Empereur sut obliger la gloire À lui donner tous ses rayons ; EU sa puissante main sema cette auréole Des champs sablonneux d’Aboukir Aux murs de l’Alhambra, des rivages d’Arcole Aux bords du vieux Guadalquivir.
Pourtant un jour il vit, sur la rive étrangère, La victoire l’abandonner ;
Il voulut la forcer, mais la gloire, sa mère, N’avait plus rien à lui donner ;
Car pour orner son front du brillant diadème, Qui rayonne comme un saphir,
Elle avait épuisé, dans cet amour suprême, Tous les lauriers de l'avenir.