LES MOINES
Qu'il vienne d'en bas ou du faite , Selon le dire du prophète , Justice à chacun sera faite Ainsi qu'il aura mérité.
Or donc, gloire à Dieu, notre père.
Si l'impie a vécu prospère , Que le juste en son ame espère.
Gloire à la sainte Trinité.
FRANK, à part.
C'est une jonp,lerie atroce , eu vérité ! 0 toi qui les entends, suprême intelligence, Ouelle pagode ils font de leur Dieu de vengeance ! Quel bourreau rancunier , brûlant à petit feu ! Toujours la peur du feu. — C'est bien l'esprit de Rome. Ils vous diront après que leur Dieu s'est fait homme. J'y reconnais plutôt l'homme qui s'est fait Dieu.
LE CHOEUR
Notre tâche, messieurs, n'est pas encor remplie. Nous avons pour son ame imploré le pardon. Si l'un de nous connaît l'histoire de sa vie, Qu'il s'avance , et qu'il parle.
FRANK, à part.
Ah! nous y voilà donc.
UN OFFICIER, sortant des rangs. Soldats et chevaliers, braves compagnons d'armes, Si jamais homme au monde a mérité vos larmes , C'est celui qui n'est plus. — Charle était mon ami. J'ai le droit d'être fier dès qu'il s'agit de lui. — Né dans un bourg obscur, au fond d'une chaumière, Frank chez des montagnards vécut long-temps en frère, En fils , — chéri de tous, et de tous bien-venu. FRANK, s'avançaiit.
Vous vous trompez, monsieur ; vous l'avez mal connu. Frank était détesté de tout le voisinage. Est-il ici quelqu'un qui soit de son village ? Demandez si c'est vrai. — Moi, j'en étais aussi.
LE PEUPLE
flioine , n'interromps pas. — Cet homme est son ami.
LES SOLDATS
C'est vrai que le cher homme avait l'ame un peu fiére. S'il aimait ses voisins , il n'y paraissait guère ; Un certain jour surtout qu'il brûla sa maison. Je n'en ai jamais su, quant à moi , la raison.
l'officier.
Si Charle eut des défauts , ne troublons pas sa cendre. Sont-ce de tels témoins qu'il nous convient d'entendre ? Soldats, Frank se sentait une autre mission.
Qui jamais sest montré plus vif dans l'action , Plus fort clans le conseil? — Qui jamais mieux que Charlt Prouva son éloquence à l'heure où le Lras parle ? Vous le savez, soldats, j'ai combattu sous lui j Je puis dire à mon tour : Moi j'en étais aussi. Une ardeur sans égale, un courage indomptable, Un homme encor meilleur qu'il n'était redoutable , Une ame de héros, — voilà ce que j'ai vu.
FRANK
Vous vous trompez , monsieur, vous l'avez mal connu. Frank n'a jamais été qu'un coureur d'aventures. Qu'un fou , risquant sa vie et celle des soldats , Pour briguer des honneurs qu'il ne méritait pas. Né sans titres , sans bien , parti d'une masure , Il faisait au combat ce qu'on fait aux brelans , Il jouait tout ou rien , — la mort ou la fortune. Ces gens -là bravent tout, — l'espèce en est commune j Ils inondent les ports , l'armée et les couvens. Croyez-vous que ce Frank valût sa renommée ? Qu'il respectât les lois? qu'il aimât lempereur? Il a vécu huit jours , avant d'être à l'armée, Avec la Belcolor , comme un entremetteur. Est-il ici quelqu'un qui dise le contraire ?
LES SOLDATS
Ma foi , depuis le jour qu'il a quitté son père ,
C'est vrai qiie ledit Frank a fait plus d'un métier. Nous la connaissons bien , nous , Monna Belcolore. Elle couchait chez lui ; — nous l'avons vue hier.
LE PEUPLE
Laissez parler le moine ! —
FRANK
Il a fait pis encore :
Il a réduit son père à la mendicité.
Il avait besoin d'or pour cette courtisane ; Le peu qu'il possédait, c'est là qu'il l'a porté. Soldats , que faites-vous à celui qui profane La cendre d'un bon fils et d'un homme de bien? J'ai mérité la mort, si ce crime est le mien.
LE PEUPLE
Dis-nous la vérité, moine, et parle sans crainte?
Mais si les Tyroliens qui sont dans cette enceinte Trouvent que j'ai raison, s'ils sont prêts au besoin A faire comme moi , qui prends Dieu pour témoin —