PAR
LE QTOYK* XAVIER SAURIAC
PARIS IMPRIMERIE DE BEAULË ET GOMP.,
Rue Jacques de Brosse, 8.
PARIS. — TYPOGRAPHIE BEAULÉ ET 0> 8, rue Jacques de Brosse.
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NOTE PRILHINAIII.
Quelque dénomination que les Peuples aient donnée jusqu'ici à leurs gouvernements, ces derniers n'en ont pas moins été les mêmes chez tous, à toutes les époques.
Chaque fois qu'une révolution , c'est-à-dire une explosion du progrès comprimé , a fait tomber le pouvoir des mains d'une catégorie de citoyens dans celles d'une autre, le nom du système, le personnel des magistrats, la forme ou les couleurs des insignes ont été changés, il est vrai, mais la pensée gouvernementale est demeurée invariable.
Or, de même que T ignorance, la superstition , la peur, Thypocrisie, la corruption , la délation , les cachots, les bagnes, les guerres au dehors, les massacres au dedans ont été les seuls moyens mis en pratique par les chefs des États, sans distinction de titres, de pays, ni de siècles, de même l'exploitation des masses a été continuellement leur seul but.
Aussi peut-on dire que la politique, faussement définie TArt de gouverner les Peuples, n'a été, de tout temps, que Tart de les exploiter."
Il importe donc peu que les gouvernements s'appellent Théocratie, Empire, Monarchie divine ou héréditaire. Royauté élective ou constitutionnelle, République même, si le sort des Nations reste également déplorable sous chacun d'eux.
Que ce soit le prêtre, le soldat , le noble, le bourgeois, l'usurier ou le nouvel affranchi qui passent l'humanité au laminoir, ce n*est point là ce qui intéresse cette humanité. Ni le mode du supplice , ui le choix du bourreau ne peuvent être choses bien essentielles aux yeux du patient. Ce qui doit préoccuper celui-ci d'une manière exclusive, c'est la découverte du
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moyen propre k le préserver de la Fatale exécution.
On conçoit que les Peuples qui ont , aussi bien que les individualités dont ils se composent, leurs périodes d'âge, aient été la proie docile de toutes sortes de tyrannies, tant qu'ils sont demeurés dans l'enfance. Ils se trouvaient en un état d' impéri tie tel qu'ils étaient incapables de connaître et de régler eux-mêmes leurs intérêts. Tenus, par l'esprit occulte du monopole, sous la double pression du besoin et de l'ignorance; condamnés, par suite de leur condition traditionnelle de servitude, à des travaux pénibles et assidus qui , sans jamais améliorer leur existence matérielle au delà de certaines limites calculées , s'opposaient , d'une manière presque invincible, à leur développement intellectuel; formant, à leur insu, des corps sociaux sans contrat primitif, ou, du moins, sans garanties réciproques; ayant, en un mot , les yeux complètement fermés à la lumière, quant à ce qui concerne l'organisation d*un État, quant à la parité des droits et des devoirs à établir entre ses membres respectifs, ces Peuples devaient nécessairement courber la tête devant les croyances fausses ,
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les lois iniques, les préjugés absurdes, les coutumes barbares dans lesquels ils naissaient et dont on ne manquait pas, d'ailleurs, de leur présenter Torigine comme céleste, et, par conséquent , la durée comme éternelle.
11 était naturel que ces exploités, encore mineurs, élevés dans Tabjection de leur rôle; entretenus systématiquement en dehors du domaine des idées; ne soupçonnant pas la cause fratricide d'une monstrueuse inégalité qu'ils maudissaient sans doute, mais qu'ils supposaient à jamais indestructible , acceptassent avec résignation , sous quelque titre humiliant que les désignât l'histoire, les funestes décrets de ce hasard, de ce génie du mal qui avaient présidé à leur classement dans la chaîne des êtres, et s'abandonnassent, sans murmure, à la discrétion des exploiteurs, ainsi que l'animal domestique se plie aux volontés spéculatives du maître.
Rien ne doit étonner de la part de l'ignorance. Ce qui a été devait être.
Mais la nature, en créant l'homme ignorant, n'avait pas voulu le condamner à demeurer toujours tel. Avec la vie et l'intelligence, clic lui avait donné l'instinct divm du progrès. Et
rémancipation plus hâtive des exploiteurs était un gage assuré de rémancipation postérieure des exploités.
Grâce, en effet , aux exagérations mêmes du despotisme, grâce à quelques esprits avantcoureurs placés, de distance en distance, comme des phares de salut au milieu des siècles do ténèbres, grâce, surtout, à cet instinct rédempteur du progrès dont elle avait été dotée, l'humanité sortit enfin de ses langes. L'exploitation fut peu à peu démasquée. La pensée d'affranchissement naquit , et le travail révolutionnaire commença.
Toutefois, la connaissance et la haine de l'esclavage ne pouvaient suffire a amener le règne de la Liberté ou de l'Égalité sociale. Renverser des tyrans, ce n'était point anéantir la tyrannie. Aucun des sanglants triomphes remportés par les peuples sur leurs gouvernements ne fut suivi du résultat projeté. Les choses purent, un instant, prendre un aspect meilleur ; les effets purent cesser en apparence ; mais, la cause première d'asservissement continuant d'être , les mêmes conséquences ne manquèrent pas de se reproduire bientôt. Et l'adolescence des Nations se passa, ainsi, en luttes, sinon tout à
fait inutiles, puisque chacune apporta quelque parcelle d'amélioration et servit , en outre , d'enseignement, du moins trop peu radicales pour qu'aucune d'elles pût être considérée comme définitive. Le principe d'exploitation resta et est encore debout.
Ces luttes matérielles n'étaient donc pas les moyens par lesquels il aurait fallu que les classés opprimées entreprissent l'œuvre de leur affranchissement. L'étude d'un système nouveau d'organisation sociale, capable de détruire et d'empêcher désormais toute exploitation , eut dû rationnellement précéder les combats. Ce système une fois trouvé, compris et adopté par la multitude, le sang nécessaire à son établissement aurait du moins été répandu d'une manière profitable, et pour les générations du moment et pour celles de la postérité. Mais la pesanteur du joug sous lequel ils étaient ployés, le défaut d'une expérience qu'ils ne pouvaient encore avoir, et , principalement , l'absence de la presse qui n'est venue que bien tard au secours de l'esclavage, doivent faire pardonner aux martyrs, qui s'insurgèrent dans les temps passés, les erreurs forcées qu'ils commirent et qu'ils n'expièrent, du reste, que trop.
L'ignorance profonde des uns, rînslruction encore incomplète des autres absolvent les exploités d'autrefois de toute récrimination.
11 n'en saurait être de môme des exploités d'aujourd'hui. Les nombreuses et terribles écoles du passé, et les flots de lumière qui se sont répandus sur eux, notamment depuis quelques années, leur ont fait une position nouvelle.
Aussi , plus avancées en idées politiques qu'elles ne le furent jamais dans aucune autre nation ; quoique parfaitement édifiées, par leurs propres épreuves, sur le compte de tous les gouvernements qui ont conduit jusqu'ici les destinées humaines ; quoique pleinement convaincues de l'iniquité qui règne dans leur corps social et de la fausseté des bases sur lesquelles son ordre est établi ; quoique éclairées , enfin , sur l6s causes qui entretiennent les populations dans les conditions les plus disparates, les classes déshéritées, en France, au lieu de recourir, comma elles le firent encore naguère , au remède inefficace de la force brutale, conservent-elles un calme imperturbable, et ne répondent-elles que par le dédain aux provocations journalières que leur lance le despotisme aux abois.
Oui, en dépit de ralïreuso misère qui les étreint, en dépit de tous les efforts tentés par le, vieux privilège pour les engager de nouveau dans quelque sanglante collision qui pût prolonger son agonie, les masses ouvrières demeurent stoïquement paisibles et gardent un silence obstiné.
Mais cette attitude inoffensive, ce silence absolu, ne sauraient être interprétés comme un consentementà l'exploita tion. Si l'immense parti prolétaire est parvenu à contenir ses douleurs, h refouler son indignation, à brider son courage ; s* il daigne permettre, quelque temps encore, la vie à un régime caduc dont il reconnaît toutes les monstruosités, c'est qu'il a compris à la fin que l'œuvre de la pensée doit toujours devancer celle du bras ; c'est que, trop souvent victime de son excès dé confiance et de sa promptitude à mettre le fer à la main, il a appris, à ses dépens, à ne procéder désormais qu'avec réflexion. Il ne répond point aux appels insensés de la minorité qui l'opprime et qui désirerait se galvaniser par le choc, précisément parce qu'il cherche le moyen de se débarrasser à jamais de la race des oppresseui^. Sa volonté est que, s'il faut en venir ^ une fois
encore, à l'emploi terrible des armes, celte fois soit, du moins, la dernière. En un mot, les exploités actuels de France ne reculent pas : ils étudient.
Cette longanimité merveilleuse, cette impassabilité héroïque de la part d'un Peuple ardent, énergique, impatient du mieux, en témoignant de l'heureuse transformation qu'a subie son caractère, de la haute sagesse qui est venue dominer ses grandes et premières vertus, prouvent, du reste, que l'humanité, à la tête de laquelle il se trouve si légitimement placé, est sortie de l'âge des transports impétueux et des fautes qu'ils provoquent, pour faire son entrée dans celui de la saine raison et des faits sérieux.
Eh bien ! c'est avec la pensée que je pourrai peut-être aider ce Peuple magnanime dans les investigations auxquelles il se livre tacitement, et qui intéressent à un degré si éminent toute la race mortelle, que je me détermine à faire paraître mon système d'organisation sociale. Loin, à coup sûr, de le prétendre infaillible, et ^d'en vouloir imposer l'adoption à qui que ce soit, je n'ai d'autre dessein, en lui accordant les honneurs de la presse, que celui
de fournir, selon mes faculles, ma part de travail dans la ./x)nstruction de la nouvelle arehe d'alliance que réclament aujourd'hui tous les peuples, et de faire ainsi Tacte d'un bon citoyen. Je publiai, il y a déjà dixi-sept ans, une brochure ayant pour titre : Réforme sociale, ou Catéchisme du Prolétaire. Cette œuvre fut saisie, dès son apparition ; et, le 2 du mois d'Avril 1834, je comparus, à son sujet, devant la Cour d'assises de la Seine.
Néanmoins, le ministère public fut trontpé dans son espoir. On n'avait peur alors que des républicains, c'est-à-dire de ces révolutionnaires égoïstes ou ignorants qui ne demandaient de changement que dans la forme polique, ainsi qu'ils l'ont si bien prouvé loarg do leur passage au pouvoir. Les idées radicales du Socialisme avaient encore si peu de cours que l'exposé de ma doctrine parut probablement une excentricité sans importance aux yeux du jury ; et, en ma qualité dé fol utopiste, j'obtins un verdict d'acquittement.
Mais la Cour des Pairs, plus ombrageuse ofi plus prévoyante que la bourgeoisie Parisienoe» m voulut pas me laisser le lemjps de m' occuper de ma publication. Elle m'impliqua daos