SCÈNE XVII
Les Mêmes, HENRIETTE, FRANÇOISE *.
(Henriette rentrant avec son costume de ville et venant par la porte du fond A droite, Françoise par la porte de gauche.) HENRIETTE.
Ma pauvre tante 1
HECTOR
En garde !
FRANÇOISE
Les revoilà ici... lis vont encore s’entrelarder!
HECTOR
Défends-toi, ou je te découpe !
EUSÈBE
Mais, brigadier... vous n’avez pas raison, laissez-tnoi donc vous dite...
HECTOR
Rien...
* Françoise, dans le fond ; Eusèbe, Hector, Mathilde, Henriette.
Comment, messieurs!... ces violences devant ma lante, chez elle!... *
MATHILDE
Ainsi, monsieur, vous serez toujours le même!
HECTOR
C’est votre faute... pourquoi recevez-vous de pareils cocodès!...
EUSÈBE, ù part.
Cocodès!... Il est cru dans ses expressions... et dans ses gestes...
MATHILDE
Mais c’est le tailleur!..*
EUSÈBE
Pardon, belle dame...
HECTOR
Vous n’avez pas la parole... vous... (A Mathilde.) C’est le tailleur... très-bien... alors, qu’esl-ce qu’il faisait donc tantôt... à vos pieds?
MATHILDE
Comment, à mes pieds 1
HECTOR
Oui... à genoux... S’il avait eu les jambes croisées, encore... un tailleur... (A Eusèbe.) Allons, en gardeJ...
EUSÈBE, à part.
Il m’agace avec sa latte... (Haut.) D’abord, n’embrouillez pas tout comme ça... Vous m’avez trouvé à genoux... c’est vrai., mais pas devant madame...
HECTOR, raillant.
Pas devant madame !...
EUSÈBE
Non... (Regardant Henriette.) C’était...
nECTOR, idem.
C’était?...
EUSÈBE
Une autre personne...
HECTOR
La bonne, peut-être...
FRANÇOISE
' Moi?... ah i par exemple!
HECTOR
Alors, celle personne?... Répondez... quelle esl-elle?...
HENRIETTE
Celle personne... c’était moi...
MATHILDE, montrant Eusèbo.
Toi?... Comment! tu connais donc monsieur?
HENRIETTE
Du tout...
MATHILDE
C'est toi qui l'as amené. ..
HENRIETTE
Mais non...
EDSÈBE.
Permettez...
HECTOR
Taisez-vous donc !... Il faut que la lumière se fasse...
EDSÈBE.
Eh! c’est vous qui mettez toujours l'éteignoir.
MATHILDE
Enfin, monsieur est entré ici avec toi.
HENRIETTE
C’est vrai, mais je pensais que monsieur venait en visite chez vous... J’ai même supposé un instant que c’était ce nouveau prétendu...
HECTOR, brandissant son sabre. *
Un nouveau prétendu! Pourquoi? pour qui? pour qu’eslce?
MATHILDE, éclatant.
Pour moi, monsieur, qui suis fatiguée de vos soupçons et de vos emportements.
EUSÈBE, railleur.
La lumière se fait...
HECTOR
Un prétendu?... ah !... (11 grince.) Encore un que je hacherai comme chair à pâté... mais je me retiens...
EDSÈBE.
Et moi, je ne vous retiens pas... vaquez à vos affaires. HECTOR.
Pas avant que je sache qui tu es, car personne ici ne te
connaît... N’est-ce pas, mesdames, que ce mirmidon vous est parfaitement inconnu?...
MATHILDE et HENRIETTE.
Sans doute.
HECTOR
Alors, pourquoi t’ai-je surpris aux pieds de mademoiselle... (Appuyant sur les mots.) qui ne te connaît pas?... Pourquoi voulais-tu dénouer la ceinture de Vénus?... Voyons... parle... vermisseau!... Qui es-tu? que veux-tu? d’où sors-tu?
EDSÈBE, h part.
Il abuse du point d’interrogation...
MATHILDE
En effet, monsieur, expliquez-vous.
EDSÈBE, passant entre Hector et Mathilde *•
Riais je ne demande que ça depuis une heure!... Oui, madame, je suis entré chez vous sans vous connaître, cela doit vous paraître étrange; mais je suis si timide... Cela vous étonne ? Je suis venu guidé par l’amour.
HECTOR, donnant un coup de cravache dans les jambes d’Eusèbe.
Oui... la ceinture de Vénus.. Oh !...
EDSÈBE.
Crelotte !.. . laissez-moi donc !
HENRIETTE
Mais cela ne nous explique toujours pas...
, • EDSÈBE.
Vous allez comprendre. Eusèbe Canivet, vingt-cinq ans, douze mille francs de rente... valeurs solides.. . bon estomac... jolie garde-robe, assez de mobilier pouravoir du crédit... assez de crédit pour acheter du mobilier.
HECTOR, à part, donnant un coup de cravache dans les jambes d’Eusèbe.
Oui, compose ton petit feuilleton.
EDSÈBE, reprenant.
Voilà pour ce qui me concerne... quant à vous, mesdames... j’ai fini par où j’aurais dû commencer.
HECTOR, à part, donnant un coup de cravache dans les jambes d’Eusèbe. Il tire à la ligne... (Eusèbe passe entre Mathilde et Henriette **.)
* Françoise, au-dessus du canapé; Hector, assis sur le canapé; Eusèbe, Mathilde, Henriette.
** Françoise, Hector, Mathilde, Eusèbe, Henriette.
EOSÈfiEi
- J’ai consulté la concierge, ça m’a coûté cent sous, le prix d’une somnambule, mais c’est plus sûr. Je sais maintenant où et chez qui je suis... et j’ai l’honneur, madame, de vous demander la main de votre aimable nièce, mademoiselle Mathilde...
HENRIETTE, étonnée.
Mathilde ?
MATHILDE
Mathilde, c’est moi, monsieur, ma nièce s’appelle Henriette.
EÜSÈBE.
Henriette, ça ne fait rien. .. (Montrant Hector.) C’est lui qui embrouille tout ça... (A Hector.) Comprenez-vous, maintenant? Le prétendu, c’est moi, et quant à la ceinture de Vénus, vous qui avez embrassé... (Il regarde Françoise.)
FRANÇOISE
Plaît-il?
HECTOR, l’interrompant.
Une autre profession que la vôtre... suffit... Assez causé I
EÜSÈBE, à Mathilde.
Mon sort est entre vos mains, madame.
MATHILDE
Monsieur... cette démarche... C'est nous prendre un peu à l’improviste, mais enfin... Henriette, ceci le regarde, mon enfant... prononce...
HENRIETTE, confuse.
Oht ma tante, comment voulez-vous?... Je n’ose pas, moi!...
EUSÈBE
Elle n’ose pas! Trop timide... comme moi... (il lui prend la main.) Nous étions faits pour nous entendre. (A Hector.) Quant à la ceinture de Vénus...
HECTOR
Assez!... assez! (Montrant Mathilde.) C’est madame qui m’expliquera la chose... quand vous ne serez pas là, farceur... (Tendant la main à Mathilde.) N’est-ce pas, ma chère Mathilde?
MATHILDE, lui donnant la main.
Hou ! vilain monstre !
HECTOR, à part.
Elle me pardonne et elle m’appelle monstre. O bizarrerie !...
3û UN TAILLEUR POUR PAMES
EUSÈBE
Voulez-vous que je vous dise ?...
HECTOR
Oui, dites-le... mais allez au galop... sacrebleu!
EUSÈBE
Eh bien... une fois marié, il n’entrera jamais chez moi de tailleur pour dames, à moins que le lailleur ne soit une couturière. '
Ain : Soldat français.
J’éprouverais trop de frayeur Si de ma femme il devenait le guide.
HENRIETTE
Pour sa vertu, cela n’est pas flatteur.
EUSÈBE
Que voulez-vom! moi, je suis timide.
MATHILDE
F.h quoi! vraiment, vous avez toujours peur?
EUSÈBE
J’ai peur surtout qu’ici l’on ne proteste.
HECTOR
Non... ce serait trop de rigueur.
Mesdames, c'est votre tailleur.
Qu’il ne remporte pas sa veste.
TOCS.
Qu’il ne remporte pas sa veste.
CHOEÜR FINAL.
Air s Voilà le bal Musard.
Comme un tailleur subtil,
Malgré mon air timide.
Auprès de mon Armide J’ai su trouver le iii.
ILDE, HECTOR, HENRIETTE, FRANÇOISE, Comme un tailleur subtil.
Ce monsieur si timide,
Auprès de son Armide A su trouver le fil.