Un terrible secret [microforme]
mais il importait bien à ces deux beaux jeunes gens que le repas fut manqué. ES | douce, qui chantait : ye l'aime, et oublieux de tout le reste, ils vinrent s'asseoir
tout LE les LÉtirs ont chanté.
À L'Angelus sonnait,. les rayons attiédis du soleil doraient encore la campagne, dont la jeune moisson courbait la tête aux approches du soir ; de temps en temps on entendait le chant lointain d'un berger ramenant ses moutons au bercail, mêlant sa voix à celle de la cloche du village, dont le tintement argentin montait dans le ciel‘pur comme une sainte prière.
La natureest charmante à cette heure mélancolique, où toute âme poétique se sent envahie de cette douce rêverie qui prépare à l'amour ; il semble qu'il est plus doux d'aimer dans ces instants où tout redit dans l'air les bienfaits du Créateur. *
C'était bien en effet ce que ions Hector et Louise, car la main dans la main, ils marchaient bien lentement pour revenir au château où depuis longtemps déjà ja marquise de Montreuil, assise à sa fenêtre, les attendait avec impatience, pour faire servir le dîner qui par leur faute se trouvait en retard, ï
Aux mille harmonies de la nature se mêlait dans leurs cœurs une musique bien
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sur un banc d'osier au pied d’un grand chène pour se redire encore ce que de
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Ta marquise de Montreuil en les voyant.ainsi perdus dans ce monde de
iélicité, que les êtres seuls qui se sont compris onttrouvé, cacha sa tête: dans
ses mains, et des larmes brulantes inondèrent son visage. ‘‘Mon Dieu, mon Dieu murmura-t-elle, d'une voix entrecoupée, je n'ai donc pas assez souffert et ma faute doit être expiée par le malheur de mes enfants, Oh, ,non, non, faites moi mourir ; mais ne les frappez pas, car ils sont innocents !” Puis se jetant À genoux devant un grand tableau, appendu à la muraille, représentant un bel officier en uniforme, elle continua : ‘‘ Charles, Charles 4 Qu'avons-nous fait, c'est horrible, c'est affreux, je ne puis plus supporter tant d'angoisses. ” Un cri de douleur s'échappa de sa poitrine,elle s’affaissa lourdement sur le sol, privée de connaissance.
Au bruit de sa chûte le maître de cérémonie, qui attendait les ordres de Madame de Montreuil, dans l'appartement voisin, entra précipitamment dans la salle, où il trouva la marquise presque sans vie. D'un vigoureux coup de sonnette il appela la femme de chambre à l'aide de sa maîtresse et tous deux la transportérent sur un divan, où on lui inonda les tempes d'eau rot en lui faisant respirer des sels.
Depuis quelque temps la marquise était sujette à ces évanouissements et l'on s'en effrayait moins au château que la première fois ; mais en cet instant elle était si changée, son visage était tellement livide que la femme de chambre eut peur. ‘ Vite, vite, dit-elle, Jérome allez chercher Monsieur Hector, Mademoiselle Louise, je crois que Madame se meurt!”
Ces deux enfants que nous avons laissé assis sous le grand chène, s’enivrant du regard l’un de l’autre heureux de ce bonheur que l’on n'éprouve qu'une fois, furent brusquement tirés de leur causerie par ces terribles paroles: Madame se meurt !
‘ Ma mère ! fit Hector er, devenant livide.
‘ Ma tante ! dit Louise, en s'élancant dans la maison, suivie du jeune homme. Enun instant ils firent à côté de la marquise, Hector la saisit dans ses bras, ‘ma mère, ma mère chérie, dit-il, revenez à la vie, puis il la baïissait au front et portait avec angoisse sa main sur son coeur afin de s'assurer s’il battait encore. La jeurie fille s'était agenouillée et couvrait de larmes les mains de la marquise. Aux tendres appels de son fils, madame de Montreuil sémbla reprendre un peu de connaissance et elle rouvrit les yeux.
: 4 Hector, dit-elle, mon cher enfant, vous êtes là. Oh! combien j'ai souffert fai cru que j'allais mourrir ; mais il ne le faut pas, non j'ai encore un devoir à
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remplir avant de vous quitter.
‘ Ne parlez pas ainsi, mère bien aimée, vous ne nous quitterez pas, nous avons trop besoin de votre tendresse, de votre affection. ”
Un pâle sourire effleura les lèvres de la malade, puis elle referma les yeux et s'évanouit de nouveau. On la tranporta dans sa chambre afin de la mettre au lit, Louise s'installa à son chevet.
Le médecin que l'on avait fait appeler déclara qu'il n'y avait aucun danger immédiat mais qu'il fallait un repos complet ; que la marquise avait dû recevoir un choc violent, qui avait ébranlé tout le système nerveux.
‘* Madeïinoiselle, dit-il en s'adressant à Louise, je vous confie ma malade; je sais qu'elle ne peut être en de meilleures mains. Veuillez lui éviter toute émotion, je vais donner un calmant ; il faut à la marquise plusieurs heures de repos.
Ce qui fut dit fut fait et peu de temps après Madame de Montreuil était tombée dans un sommeil réparateur.
Cette femme était belle encore et lorsque sa tête fine reposait sur les blancs oreillers de dentelles, on ne pouvait s'empêcher d'admirer la délicatesse de tous ses traits, la grande douceur répandue sur cette physionomie pâle et un peutriste. Il y avait quelque chose qui attirait chez elle, un je ne sais quoi qui murmurait : j'ai souffert, mais la douleur n'a pas aigri mon âme, il y a en moi toute cette tendresse, cette sympathie qui sait consoler celui qui pleure,
Entre elle et Louise il y avait une ressemblance assez frappante, la jeune fille comme sa tante possédait une masse de beaux cheveux blonds encadrant son front aux lignes aristocratiques, telle qu’une couronne de reine, les yeux étaient les mêmes, grands, noirs, un peu réveurs ; mais le bas du visage différait de tout en tout ; chez Madame de Montreuil c'était parfait, tandis que Louise avait une irrégularité de traits qui rendaït sa physionomie piquante, et même un peu railleuse, Un physionomiste eut été intrigué de rencontrer tant de contradiction sur ce jeune visage. Ainsi les yeux exprimaient la tendresse, la mélancolie et la bouche dans l'expression n'avait que gaité et absence complète de rèverie, puis le nez petit, un peu à’‘la Roxelane disait aussi assez
toute l'indépendance de son caractère ; mais on se sentait tout-à-fait dérouté … se
en regardant les yeux, le front, la tête, dont toutes les lignes dénotaient une
âme vraiment poétique, susceptible aux moindres émotions. Et Louise avec
tout cela était une femme charmante. C'était bien ce que pensait aussi Hector, qui assis sur un petit tabouret à ses pieds, n'oubliant pas tout enjetant
de temps en temps un regard d'inquiétude vers sa mère, qu'il aimait beaucoup sa cousine et qu'il serait bien heureux le jour où il pourrait la nommer sa femme.
En effet, ils semblaient nés l’un pour l’autre, chez Louise c'était un teint de rose avec une gracilité de taille d'enfant, tandis qu'Hector possédait cette haute stature, cette démarche virile qui font l'admiration de toutes les femmes Sa chevelure noire tombait =n boucles épaisses, un peu ondulées, sur son front blanc et pâle, des veux bleus, aux regards profonds, un nez aquilin, une bouche fine, accusant comme chez sa mère beaucoup de sensibilité, des extrémités petites, dénotant toute la distinction de sa race, une tournure d’une élégance irréprochable, tel était le jeune homme que Louise dans le fond de son âme trouvait incomparable et qu'elle avait aussi bien raison de chérir, car si la nature lui avait donné un physique attrayant. elle ne l'avait pas moins doué en
# noblesse de sentiments, il possédait ces qualités du coeur qui font la joie de la famille, le charme de la société, l'honneur de la patrie.
Madame de Montreuil avait élevé ces deux enfants sous le même toit, ils avaient grandi ensemble, se partageant leurs joies et leurs chagrins, s’aimant
* en véritables frère et soeur jusqu'au jour où tous deux comprirent en même temps qu'il y a un sentiment plus tendre.
Alors sans le savoir « Hector et Louise devinrent plus timius. ,-à-vis l’un de l’autre. Lorque le jeune homme entrait Louise rougissait, son coeur battait plus vite à son approche et lui aussi se troublait.
La marquise les exarainait avec anxiété. Que se passait-il donc ? elle fut la première à le deviner ; mais elle ne le voulait pas, non, ni Hector ni Louise ne devaient s'aimer. Elle résolut de les éloigner. La jeune fille fut conduite au couvent, et la marquise partit pour un long voyage, avec soa fils, espèrant
* ainsi étouffer un sentiment encore inavoué, un amour d'enfant, ou plutôt un caprice du jeune Âge, qui se changeraient avec les impressions du voyage. Hector aimait les sciences, les arts, il était passionné pour la musique, c'était en Allemagne, en Italie qu'il fallait aller ; elle l’'emmena à Dresde, à Francfort, à Naples, à Rome, où ils passèrent toute la saison des plaisirs. La marquise tenait peu au monde ; mais pour son fils elle se mit à aimer . les fêtes et le conduisit à tous les bals du carnaval. Son grand nom, le charme . de sa personrie faisaient certainement du jeune marquis le lion de toutes les réunions, et Madame de Montreuil espérait secrètement qu'un jour Hector ral lui avouer qu'il aimait une de ces belles italiennes qui font l'admiration
des étrangers ; mais elle se trompait, le jeune homme demeurait indifférent et souvent après ces soirées, où il avait surpris plus d'un regard d'amour à son adresse, il devenait rêveur et rentrait chez lui plus pensif, un souvenir cher revenait à son cœur. Louise lui apparaissait alors avec toute sa naïveté d'enfant, son indépendence de caractère, sa franchise que le monde n'avait pas changée, combien pour lui elle était mille fois plus attrayante que ces étoiles de la société. Et ce qu'il ignorait à son départ l'absence le lui révéla. I aimait, aimait passionnément sa cousine.
Cependant un instinct secret lui disait que sa mère s'opposerait à son union, s'il lui avouait son amour pour Louise, et en fils affectueux et dévoué il n'osait lui parler de ses sentiments de peur de la blesser. Pourquoi ? il n'aurait pu le dire ; la marquise avait pour sa nièce une tendresse toute maternelle, que lui importait donc alors qu'elle devint véritablement sa fille C'était un mystère qu'il cherchait vainement à approfondir. Il savait que nul intérêt mesquin ne faisait agir sa mère ; elle était trop noble’ pour cela et lorsqu'il s'agirait du bonheur de son fils, si de graves raisons ne la guidaient-elle, ne s'opposerait pas à ses désirs.
Mais pourquoi alors s'attristait-elle lorsqu'il lui parlait de Louise, pourquoi ces larmes qu'il avait vues couler, lorsqu'avec tendresse il avait prononcé le nom de la jeune fille. Hector n'ayant que vingt ans était cependant un homme fait, son esprit était mur, il n'avait pas cette légèreté de caractère qui généralement appartient à cet âge.
La marquise veuve de très bonne heure, lui avait fait donner une éducation de Mentor et lui avait imbu des principes d’une vertu et d'une sagesse qui lui faisaient honneur, donc ce qui pour un autre auraït passé inaperçu faisait chez lui une grande impression et précisément l'inquiétude où il était de connaître pourquoi sa mère s'opposerait à son union avec Louise, augmentait l'amour qu'il avait pour cette dernière. Il ne voulait pas offeñser la marquise et retardait toujours de lui faire un aveu qui eut pu l'affliger ; pourtant il se fut épargné de graves angoisses si avant d'ouvrir son coeur à Louise il eut tout avoué à sa mère, alors qu'il était loin de la jeune fille, il eut été beaucoup moins pénible de se séparer d'elle pour toujours qu'après avoir échangé ses sentiments, s'être senti compris, aimé de l'être aimé et voir tout à coup par un mot changé en un abîme affreux cet Eden de bonheur, où déjà ses pas se posaient,
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Deux ans s'étaient écoulées depuis leur départ, c'était le terme de leur voyage Hectorse sentait radieux, il allait retrouver Louise. La marquise, elle, inquiète et nerveuse, se demandait ce que lui réservait l'avenir, malgré tout elle ramenait son fils libre et sans savoir s'il avait oublié,
C'était par un beau soir de mai qu’ils revinrent au château. Louise depuis longtemps, impatientée de leur retour, les attendait sur les marches du largé perron, afin de les voir plus tôt. Comme son âme volait à leur rencontre ; quel changement s'était opéré chez son cousin ? Elle tremblait un peu en se faisant cette question. Elle, était toujours la même : mais lui ? La jeune fille n'eut pas le temps d'achever sa pensée, le roulement de la voiture se fit entendre et en moins d'une seconde Madame de Montreuil et son fils étaient à ses côtés.
La marquise l'embrassa avec tendresse, puis des bras de sa tante elle passa à ceux de son cousin. Ah ! alors dans ce baiser de retour leur amour se revèla. Hector tressaillit d'un bonheur ineffable en sentant trembler sur son cœur cette petite femme adorée, qu'il retrouvait encore plus attrayante après deux ans d'absence. : [
Désormais plus rien ne pouvait les séparer, tous les obstacles il pourrait les surmonter ; ému, il murmura en oubliant sa mère : Oh ma petite Louise chérie je te retrouve donc enfin ! Oui, répondit-elle sans contrainte, tu ne saurais croire combien j'ai souffert pendant ton absence, Hector, ilne faut plus me quitter.
‘“ Assez,” fit la marquise, devenue d'une paleur livide, et attirant Louise pour couper court À cet épanchement, qui était pour elle une torture ; mon enfant, je suis extrêmement fatiguée, le voyage m'a brisée, il ne faut pas tant s'occuper de votre cousin et m'aider à monter ces marches.
‘ Ah ! ma tante chérie, pardonnez-moi, répondit Louise, devenue rouge comme une cèrise, je suis une étourdie, la joie me rend folle, m'avoir laissée ainsi deux longues années seule ; vous ne pouvez comprendre tout le bonheur que j'éprouve de vous retrouver, et elle entoura de ses bras le cou de Madame de Montreuil, pour l’embrasser de nouveau, ‘ mais quoi fit-elle, vous pleurez, ma tante, lorsque vous revenez chez vous, au milieu de ceux qui vous attendaient avec tant d'impatience, Ah ! vous me faites de ia peine.
‘€ Non, non, Louise, ne t'affiges pas si vite, je suis nerveuse, voilà tout.”
En voyant la paleur subite de la marquise, un nuage de tristesse passa sur le front d’Hector et vint assombrir la joie immense qu'il avait ressentie en
revoyant sa cousine, il se disait : c'est moi qui lui ai causé ce chagrin involon-
taire. Et commeil adorait sa mère il en éprouvait presque du remords. Pauvre jeune homme pourtant il était bien innocent, était-ce sa faute à lui si la ‘ nature lui avait donné un coeur et une cousine trop séduisante, cependant une âme sensible s'émeut vite À la pensée qu'elle peut avoir été la cause même involontaire, de la douleur de ceux qui lui sont chers, eten voyant couler les larmes de la marquise, navré il s'approcha d'elle. ‘ Laissez, dit-il à sa cousine c'est moi qui vais aider ma mère à monter,” puis la soulevant dans ses bras, il la monta ainsi tout le long pérystile et ne s'arrêta qu'après l'avoir déposée au salon dans un large fauteuil. ‘‘ Reposez-vousici ma mère, murmura-t-il bien bas, ne pleurez plus, rappelez-vous que votre fils vousaime trop pour vous causer le moindre chagrin." La marquise leva sur lui des yeux remplis d'une telle reconnaissance, qu'il se sentit recompensé de son sacrifice,
Car en parlant comme il venait de le faire c'était à peu près dire à sa mère : vous ne voulez pas que j'ouvre mon coeur à Louise, eh bien pour vous je me tairai ! >
Ah ! combien devait être grande l'affection qu'il portait à sa mère pour lui donner le courage de refouler au fond de son âme cet aveu qui brulait ses lèvres ; depuis deux ans qu'il rêvait à cette femme, à ce retour qui dans sa pensée devait amener le change de leurs sentiments, et la voir là près de lui avoir senti dans ce baiser, qu’elle venait de lui donner, qu'elle aussi soupirait après cette heure, et se trouver condamner à garder le silence, je le répète, il fallait à Hector une force d'Âme tout à fait étrangère d'ordinaire chez un jeune homme de son âge.
Madame de Montreuil qui avait deviné tont ce qui se passait en lui, l'attira sur sa poitrine et prenant la main de Louise en même temps. ‘‘Ah ! mes pauvres enfants, leur dit-elle, que je voudrais vous voir parfaitement heureux et pour cela combien avec joie je donnerais ma vie !”
“Mais nous sommes parfaitement heureux, répondit la jeune fille, ne comprenant rien au chagrin de sa tante, que pouvons-nous désirer de plus que de nous retrouver tous réunis aujourd'hui, pour moi deruis longtemps je n'ai eu tant de bonheur,seulement ma tante chérie, votre .stesse me fait mal, laissez-moi vous préparer quelque chose afin de réparer vos forces, car vous êtes malade, que voulez-vous prendre ?”’
“Tout ce que tu voudras, ma petite, répondit la marquise, s'efforçant de sourire.” se
Louise disparut et revint bientôt, portant un verre d'eau de fleur d'oranger,
Hector la regardait s'avaneer.
La jeune fille avait grandi depuis son départ, à la brusquerie de ses manières un pêu enfantines d'autrefois avait succédé cette grâce toute féminine de la femme, sa démarche était ondulée, dans toute sa personne on remarquait un abandon, une aisance de manières charmante, et plus il constatait les avantages de la transformation de la jeune fille, plus il sentait qu'il l’aimait d'un amour qui ne pourrait s'éteindre. |
Après avoir pris le réconfortant de sa nièce, la marquise se sentit plus né calme, et Louise croyant que l'état de sa tante n'était dû qu'aux fatigues du mn … » voyage, ordonna de suite que l'on servit le souper ; la jeune fille avait fait
préparer pour ce soir là tout ce qu’elle savait flatter le goût de Madame de Montreuil et de son fils, l'ingénieuse enfant n'avait rien oublié et Hector, malgré ses préoccupations se sentait néanmoins heureux de constater que dé loin il avait occupé sa pensée, il le sentait il n'avait pas été oublié.
La jeune fille elle, était rayonnante de joie, il y avait tant de contentement dans son coeur, son babil était si gai, si animé que bientôt Madame de Montreuil et son fils, au contact de cette franche gaieté, oublièrent tous deux qu'ils avaient de secrètes douleurs, pour écouter avec plaisir, telle qu'une joyeuse musique, le bavardage de Louise. Que d'histoires elle avait à leur raconter, que de questions à leur faire, elle voulait tout savoir, tout connaître, et ils n'avaient pas asez de temps pour lui répondre. 3
Tout à coup la conversation fut interrompue par des détonations au dehors ét une grande clarté illumina le château ; mille jets de lumière aux différentes + couleurs montèrent vers le ciel. C'était un feu d'artifice préparé pour le retour dés châtelains, et plusieurs villageois réunis dans la cour, venaient souhaiter la bienvenue À leur seigneur. Hector suivi des deux dames descendit à leur rencontre. " k
“ Vive le marquis ! vive la marquise ! criait-on de toute part, nous sommes heureux de vous retrouver au milieu de nous. ”
‘ Et nous sommes honorés de votre courtoisie, répondit le jeune homme, merci de votre attention délicate. En nous exprimant votre satisfaction de notre retour, croyez que vous ne faites qu'augmenter les bons sentiments que ma mère et moi avons À votre égard.”
Et iltend it la main aux paysans. Parmi la foule se trouvait une femme délicate, au visage pâle et maladif à la tournure plus distinguée que le reste dé ceux qui l’accompagnaient ; en l'apercevant Madame de Montreuil et son fils
poussèrent une cxlamation,
“Quoi ! Marie, c'est vous qui êtes venue de si loin et l'on nous a dit que vous étiez malade !”
“Oui, madame, oui, monsieur, mais pas assez pour ne’pouvoir venir we des premières vous souhaiter la bienvenue. Ah ! j'ai tant désiré votre retour, parfois je craignais de mourir avant de vous revoir.
‘Ah ! ne parlez pas ainsi Marie, fit la marquise en l'embrassant, tel qu'elle l'eut fait pour une amie qui aurait été son égale, vous me faites trop de peine, vous êtes changée, il est vrai, mais avec de bons soins, nous vous raménerons à la santé,
Un sourire d'incrédulité effleura les lèvres de la malade.
“Je n'ai pas été négligé, répondit-elle, tout le temps de votre absence, depuis que j'ai commencé à souffrir, mademoiselle Louise est venue régulièrement deux fois par semaine me visiter. La chère enfant a été pour moi telle qu'une fille dévouée, elle m'a fait beaucoup de bien."
‘Peut-être, fit la jeune fille en s'approchant, mais ce soir, ma pauvre Marie, vous vous êtes fait du mal en venant ainsi à pied de si loin par cette humidité du soir. Venez vite vous reposer à la maison, vous ne retournerez pas chez vous. N'est-ce pas, ma tante qu'elle va coucher ici.” .
“Certainement, il ne faut pas qu'elle quitte le château. Je veux que Marie reste avec nou> quelques jours, le changement lui fera du bien,” |
Louise serra la main de sa tante avec reconnaissance.
“Merci, dit-elle, vous me faites tant plaisir, je suis si chagrine de la voit si malade.” 1
Marie avait été la nourrice de Louise et la sœur de lait de la marquise. Elevée au château du père de cette dernière, elle avait pour toute la famille un attachement bien grand qui d’ailleurs lui était rendu car on avait été À même d'apprécier tout le dévouement de cette femme. Veuve depuis longtemps, elle demeurait au village à deux milles du château, dans une petite maisonnette et vivait d'une rente bien modeste que lui avait laissé son mari ; atteinte depuis quelques mois de pthisie, elle semblait dépérir à vue d'œil, et depuis sa maladie l'absence de la marquise et de son fils était une raison continuelle de regrets. Bien souvent souvent elle avait demandé à Louise avec anxiété :
“Croyez-vous qu'ils reviendront avant ma mort. Oh ! il faut, il faut que je *
revoie Madame de Montreuil avant de quitter ce monde.”
La jeune fille lui disait qu'elle s'effrayait à tort, elle était bien malade, mais |
la belle saison la ramènerait à la santé.
Marie alors embrassait Louise, avec une tendresse et une affection qui laissait celle-ci toute.-rêveuse, elle lui disait : ‘O mon enfant chérie, c'est pour toi que je tiens à la Vie, c'est un amour de mère que je te porte, en te berçant sur mon sein, combien de fois j'ai rêvé à ton bonheur et je voudrais le voir assuré.” ‘Je suis heureuse répondait la jeune fille.”
“Oui je le sais, mais il me faudrait plus encore, je voudrais, Louise,, avant de quitter ce monde te savoir la femme bien aimée d'un homme qui te serait dévoué toute sa vie.”
La jeune fille rougissait ; mais n'osait avouer son secret le plus cher. Cependant Marie avait deviné ce que l'on prenait beaucoup de peine à lui cacher, souvent en regardant Hector et Louise ensemble elle avait soupiré et murmuré bien bas : ‘ Oh ! mon Dieu si cela était je mourrais sans regrets." à Ce soir là en les voyant réunis de nouveau, un éclair de joie illumina son regard abattu et un peu d'incarnat monta à ses joues. ‘ Monsieur Hector, ditelle, vous êtes revenu pour tout de bon, n'est-ce pas ? vous ne quitterez plus le château pour voyager ?”
“Oh, non, pas de sitôt du moins, Marie on n'est nulie part aussi heureux que chez soi, surtout lorsque l'on se sent entouré d'affections aussi sincères, Venez mes amis, dit-il, en s'adressant aux paysans, vous rafraichir un peu, il faut boire à la santé de ma mère et de ma cousine, c'est moi qui vous y invite. Des hourras lui répondirent et bientôt dans la grande salle armoriée du château, fut réunis cette troupe de villageois aux vêtements rustiques, mais aux cœurs dévoués à la maison de Montreuil.
Louise était heureuse et fière de voir son cousin entouré de cette foule qui professait pour lui une si haute estime, jamais elle n'en avait été aussi orgueilleuse,
“N'est-ce pas qu'il est beau, Marie, dit-elle en se penchant vers sa nourrice, assise à ses côtés.
“Oui M. le marquis est un hel homme et de plus un excellent citoyen ; ce qui vaut mieux encore, comme monsieur son père, il sera aimé de tout le monde,”
‘Je crois bien qu'il l'esty” répondit naïvement la jeune fille.
La soirée commencée un peu tristement se termina des plus agréablement pour chacun.
Le lendemain avec le chant des oiseaux Louise s'éveilla. À cette heure matinale tout reposait encore au château ; mais ne pouvant plus dormir elle se leva et se dirigea au dehors pour respirer l'air frais du matin. Il lui semblait que tout était changé dans la nature, le ciel était plus pur, l'air plus embaumé, les mille petites fleurs naissantes qui ornaient les allées du parterre, avaient à son âme un langage bien doux, une vie nouvelle souriait à la jeune fille, l'isolement complet dans lequel elle avait vécu depuis deux ans n'existait plus, tout lui murmurait : là près de toi repose celui qui compte tous l2s battements de ton coeur, réjouis toi, il t'aime, tu es jeune et tu es belle, que de douces promesses pour toi dans l'avenir,
Oh ! jeunesse que tu es heureuse tu ne doutes de rien, une espérance pour toi est une réalité, voilà un de tes dons précieux, jeune Âge, voilà pourquoi il est si triste de viellir !
Les jours s'écoulèrent ; à la folle gaieté de Louise avait succédé une triste mélancolie, pourquoi ? c'est que depuis l'arrivée de son cousin, elle s’apercevait qu'il n'était plus avec elle ce qu'il était autrefois. Le jeune homme semblait la fuir ; on le voyait de grand matin, le fusil sous le bras, s'enfoncer dans la forêt pour n'en revenir que le soir, et si parfois à la veillée il demeurait au salon ce n'était que pour quelques instants, durant lesquels il.n'adressait la parole à sa cousine que sur des sujets indifférents, puis il la quittait brusquement, comme si une main invisible l'eut entrainé loin d'elle, la laissant toute triste de cette manière d'agir.
Que d'angoisses s'élevaient alors dans son Âme,il aimait peut-être ailleurs et cette pensée la rendait folle. Si le jeune homme l'avait trompée, si une à une elle avait constaté chez lui l'absence des belles qualités qu'elle avait cru remarquer au premier abord, son amour aurait pu cesser ; mais avoir près d'elle l'idéal de ses rêves, n'avoir à lui reprocher aucun tort, avoir pour un instant dans ce baïser de retour senti leur âme s'échanger, puis tout à coup le vide se faire autour d'elle, c'était une amère douleur, qui chaque jour creusait des traces plus avant sur ce jeune visage, et malgré tout lesoin qe'elle prenait à paraître gaie, il était visible qu'un secret chagrin la minait,
Hector, lorsqu'elle ne is voyait pas, la suivait sans cesse du regard, comme pour vouloir sonder ce qui se passait dans son coeur. Si la jeune fille chantait, il l'écoutait dans une rêverie amère, parfois sa voix avait des accents si émus qu’elle le faisait tressaillir, il aurait voulu alors aller se jeter à ses pieds, lui avouer qu'elle était plus que sa vie ; mais la présence de sa mère
16 UN TERXKIBLE SECRET
le glaçait, l'idée qu'il la ferait souffrir le retenait et il courait s'enfermer dans sa chambre tourmenté par le besoin d'épancher son âme et la crainte de troubler le repos de la marquise.
Un soir que la jeune fille s'était attardée au dehors et que le ciel se couvrait d'épais nuages. Hector qui craignait qu'elle ne fut prise par l'orage, sortit pour aller à sa rencontre ; il sayait combien Louise s'eftrayait du tonnerre et ne voulant pas qu'elle fut seule en route, si la pluie venait à tomber, il marchait très vite, afin de la rencontrer plus tôt. L'attraction qui l’entrainait toujours vers elle semblait avoir plus d'empire sur lui que jamais : Pourquoi, se disait-il, ne luiavouerais-je pas tout ce qu'elle est pour moi. Louise est malheureuse, je le sens, ai-je le droit de la faire souffrir, si des obsacles invincibles doivent nous séparer, aurons nous moins de courage après nous êtres compris qu'avant ? non, la vie que nous avons menée depuis un mois est trop cruelle, après lui avoir avoué toute ma tendresse, j'oserai parler à ma mère, je veux tout savoir, cette incertitude me tue, quel est donc ce mystère ?
Tandis qu'il se parlait ainsi, Louise, assise sur une grosse pierre, dans un sentier retiré, la tête dansses deux mains, pleurait amèrement, La pauvre enfant avait tout oublié, jusqu'à l'orage qui grondait au loin, pour donner un libre cours à s% douleur. Elle avait trouvé Marie plus faible, plus malade, La malheureuse femme en la voyant l'avait longtemps tenue pressée sur son sein, en lui répétant à travers ses larmes : “Ah! Louise, mon enfant chérie, dans quelques jours je ne te verrai plus, tu ne sais pas combien je t'ai aimée, combien il a fallu que mon amour fut grand pour m'être séparé: de toi.” Louise émue l'avait embrassée tendrement et sans comprendre le sens des paroles de sa nourrice, attribuant à la maladie un peu de divagation dans l'esprit de Marie, elle avait reprit :
‘{I] ne faut pas vous désespérer ainsi, non vous ne mourréz pas ; hier vous étiez mieux, cela va revenir, vous êtes demeurée debout trop longtemps, venez je vais vous aider à vous mettre au lit, le repos vous fera du bien. Puis avec une attention toute fiiliale elle l'avait, doucement, couchée dans son lit, Il faut me promettre de dormir et ne pas Vous effrayer ainsi. Tenez, j'ai apporté la médecine que le docteur a prescrite aujourd'hui, cela vous fera du bien en vous donnant un repos bien paisible, Marie, je vais veiller près de Vous jusqu'à ce que le médicament ait fait son effet. Et la jeune fille s'était assise au chevet de la malade, lui avait longtemps tenu les mains dans les si nnes. Ces attentions touchantes aVaient semblé calmer la moribonde, qui était tombée
bientôt dans un sommeil réparateur. Louise avait porté à seslèvres les mains de sa nourrice, et après les avoir baisée pieusement, elle s'était dirigée dans l'appartement voisin pour prévenir la bonne de venir prendie sa place, car ee allait retourner au château.
Une fois au dehors la jeune fille ne dissimula plus toute l'angoisse qui s'était emparée d'elle, en apercevant si malade sa nourrice, pour laquelle ellé avait une véritable affection de fille.
Marie l'avait gardée avec elle jusqu'à l’âge de quatre ans, Louise se rappelait encore parfaitement cette séparation, alors que Marie la tenant sur son cœur lui avait dit à travers ses sanglots ‘‘Va, mon enfant, je te quitte ; mais souviens-toi toujours, que nul au monde net'aime autant que moi ! pour ton bonheur je ferai tout ici bas !”
Puis la marquise l'avaitamenée au château, où une vie nouvelle avait commencée pour l'enfant. Elle fut entourée de tout le luxe et la splendeur d'une grande maison, elle se vit obéie par une infinité de serviteurs, elle commanda partout en reine. Sa tante l’adorait, son cousin était son frère, ses moindres désirs étaient des ordres pour tous ces gens, qui adoraient la jolie enfant ; mais tout cela ne détacha pas Louise de Marie, elle la voyait souvent et toujours avec un nouveau plaisir, les grandeurs ne purent jamais changer son noble cœur. On conçoit ce qui se passait en elle aujourd’hui en voyant Marie condamnée, l'espoir qu'elle avait conservé jusqu'alors s'était envolé à la vue de sa nourrice, il était évident que la mort la réclamait, cette pensé amère, unie à celle de l'indifférence de son cousin, lui causait un tel désespoir qu’au bout de quelques minutes de marche elle se laissa tomber avec découragement sur une grosse pierre et là inconsciente de tout ce qui l’entourait, elle s’abandonna à une douleur immense. Tout ce qu'elle avait souffert depuis un mois, tout ce qu'elle souffrait en cet instant avaient tellement endolori son âme que les sanglots qui agitaient tout son corps étaient un soulagement. Combien de temps pleura-t-elle ainsi ? elle n'aurait pu le dire ; mais à mesure que les nerfs se détendaient, le calme revenait dans son esprit ; cependant elle ne pensaïit pas au retour, ie regard dans le vide, elle poussait de ces profonds soupir, qui généralement suivent les pleurs, lorsque soudain elle sentit une mair oser sur son épaule, et une voix lui dire doucement : ‘Quoi, Louise, c'es as let que faites vous ici seule, l'orage va bientôt venir ; ma pauvre enfant vous pleurez ! confiez moi le sujet de vos pleurs, qui a pu vous attrister ? ” :
C'était Hector, à sa vue, Louise se reprit à sangloter, il lui prit les mains:
“Louise, dit-il, n'avez-vous pas assez de confiance en moi pour me dire ce qui vous afflige ainsi ? croyez-vous que je ne Saurais y sympathiser, avons nous donc vécu si longtemps sous le même toit pour nous traiter en véritables étrangers, non cela ne se doit pas, je suis eelui à qui vous devez parler le plus franchement au monde, je suis votre protecteur.”
Et il aurait ajouter plus, mais il se tut. Louise aurait voulu répondre, mais ses lèvres refusaient de prononcer aucune parole, cependant maléré elle sà tête s'appuya sur l'épaule de son cousin et elle continua de pleurer,
Oh ! combien était douce pour lui la pression de cette tête ‘charmante, il n'osait plus lui demander de parler de peur qu'elle ne la releva, il sentait bièn d'ailleurs que cette femme était toute à lui, que malgré les évènements, ils devaient être un jour unis, et il n'avait pas besoin de le lui entendre dire pour savoir qu'ilavait son amour. Mais elle, elle ne le savaït pas et là, à sès côtés lés mains dans sès mains, sous l'empire de cette attraction que l'on éprouve près dé l'êtré aimé, l'âme déchirée par la pensée qu'il n'éprouvait pour elle qu'une affection de frère, elle auraït voulu mourir À cét instant.
‘iÂh l'dit-elle, Hector, vous me demandez pourquoi je pleure, je pleure parce que Marie est bien malade, parce qu’elle va bientôt mourir et je voudrais pouvoir lui donner ma vie, pour sauver la sienne.”
“Louise, si la pauvre Marie vous entendait, elle n'accepterait pas votre sacrificé, vous êtes trop jeune pour parler comme vous le faites de la mort, vous avez encore devant vous toute une longue existence de bonheur. La vie vous ést dôné bien à charge ? Qui peut vous en dégouter à ce point, dites estcé que l’on ne vous rend pas heureuse au château ? Ma mère a pour vous une tendresse toute particulière, tout le monde vous aime ;iln'y a pas un seul désir que vous manifestiez sans que chacun s'empresse de le satisfaire, dites, qué faut-il de plus pour vous rendre heureuse ?'
La jeune fille était muette, plus son cousin parlait, plus elle se sentait accablée.
“Louise, reprit-il, que vous faut-il de plus ?”
“Rien, répondit-elle en relevant la tête.”
Son visage était d'une pâleur livide, dans ses grands yeux noirs il y avait tant d'angoisses qu'Hector en fut ému et l’attirant, soudain, dans un élan de tendresse, sur son cœur, ‘‘Ah ! ma petite Louise chérie, vous n'avez pas en moi la confiance que Vous devez avoir. Ce qu'il vous faut, mais je le sais, je l'ai deviné ; il vous faut mon amour comme il me faut le vôtre, je vous aime,
‘plus que je puis le dire, et si vous ne m'aimez pas, c'est moi qui veux mourir.”
Oh joie divine ! ivresse sans égale !'était-il vrai, il l'aimait ! n'était-ce pas un songe ? ou la douleur l’avait-elle rendu folle ? Oh ! alors la folie est un soulagement. Elle veut rester insensée ; mais si ce n'est qu'un rêve, si le réveil doit lui prouver que ce n’est qu'un mensonge.
Toutes ces pensées se croisent dans son esprit en délire.
“Hector Hector, dit-elle, suis-je bien éveillée, ou sous l'empire d'une illusion mensongère ? dis le moi, l'incertitude me tue.”
“Mon ange, murmure-t-il bien bas, non ce n'est pas un songe, et ses lèvres frémissantes, s'appuient sur les lèvres tremblantes de la jeune fille,
A ce contact, elle tressaille, elle le sent, c'est bien vrai, il l'aime ! dans ce baiser il vient de lui donner toute son Âme ; mais à cet instant un grondement de tonnerre vient rompre le charme, l'éclair sillonne la nue, la terre a tremblé sous le terrible coup de foudre qui vient s'abattre à peu de distance des .deux amoureux. |
Louise aofflée s'est évanouie, Hector tremblant la soutient dans ses bras, le ciel s’est ouvert et une pluie diluvienne inonde la campagne. On dirait que tous les éléments se sont compris pour présager À ces deux jeunes gens que leur amour doit être suivi de tempêtes, En un instant tous deux sont trempés jusqu'aux os. Le marquis dévoré d'inquiétude, ne sait plus que faire, combien de temps va durer cet évanouissement ? Louise a-t-elle été atteinte de la foudre? Dieu veut-il la lui enlever au moment où il s'est donné tout entier à elle ? sa mère avait-elle pressenti ce malheur ? voilà toutes les questions que se faisait ie malheureux jeune homme en s'efforçant de ramener à elle la jeune fille, mais tous ses efforts eussent été inutiles si la pluie qui tombait par torrent ne fut venue à son aide en inondant la tête, les tempes de Louise d'une eau que le changement de température avait rendue très froide, elle ramena bientôt la jeune fille à la vie et Louise rouvrit les yeux.
“Ou suis-je, dit-elle.”
‘Près de moi, mon amie chérie, lui répondit Hector joyeux, ne crains rien le danger est passé ; mais il faut au plus tôt atteindre une habitation, car tu vas prendre froid, te sens tu assez forte pour marcher ?
“Oui, dit Louise que le souvenir de son bonheur avait déjà toute remise, Je puis courir même, si tu le Veux, car nous sommes tréempés comme des dieux marins. Retournons chez Marie, ce n'est pas loin d'ici, là nous pourrons Changer de Vêtements et attendre que l'orage soit passé."
“Tu as raison.”
Et la soutenant de son bras vigoureux, tous deux s’acheminèrent aussi vite que les forces de la jeune fille le permettaient, vers la maisonnette.
La pluie tombait, on entendait encore gronder au loin le tonnerre et les éclairs par instants enrougissaient le ciel ; mais ils étaient si heureux, ces jeunes gens marchant ainsi appuyés l'un sur l'autre, qu'ils oublièrent bien vite qu'il ne faisait pas beau, car tout était rayon de soleil au fond de leurs cœurs, et ils furent surpris d’avoir atteint en si peu de temps le lieu de leur destination. Lorsqu'ils entrèrent chez Marie, celle-ci ne dormait plus, l'orage l'avait éveillée. En voyant entrer chez elle le marquis et Louise ruisselants de pluie, elle s'écria :
“Mais d'où venez-vous mes pauvres enfants ? vous avez reçu toute la tempête sur vous !
“Oui, Marie, répondit Hector en riant, et nous venons vous demander asile, et des vêtements secs. Pour Louise c'est assez facile ; mais, moi, comment allez-vous m'affubler ? vous n'avez pas d'homme ici vous êtes seule avec la bonne.”
“C'est vrai, cependant, monsieur le marquis, je puis vous procurer un habillement. J'ai ici les effets de mon mari que j'ai to:.jours conservés. Léa va vous les apporter.”
Hector suivit la servante dans un appartement voisin, puis celle-ci revint . avec des vêtements pour Louise. En quelques minutes la transformation fut faite. M. de Montreuil revint flottant dans des. habits deux fois trop grands pour lui. En l'apercevant Louise partit d'un éclat de rire si joyeux que la nourrice ne put se défendre de l'imiter.
“Comme vous voilà fait, monsieur le marauis !
“Qui, n'est-cepas que j'ai bonne mine, fit-il en se regardant dans une glace. Vous pouvez bien rire, moqueuse, ajouta-t-il en se tournant vers sa cousine vous avez eu la chance de trouver une toilette qui semble avoir été faite exactement pour vous.”
En effet la jeune fille était très mignonne dans une robe qui avait appartenue à Marie dans sa jeunesse ; les deux femmes étaient à peu près de même taille, et ce costume de petite villageoiïise seyait à ravir à Louise. Marie la régardait avec tendresse.
‘Chère enfant, lui dit-elle, Vous me ramenez à mes vingt ans.”
“Et nous faisons un joli couple ainsi, reprit Hector, en s'asseyant près de
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