‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 33 sur 44 · partie de ‘couverte e il falait d’innomdix pieds · texte numérisé non relu

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Il ne me restait plus autre chose à faire qu’à tourner bride et à rejoindre mes compagnons. Ici se présenta une petite difficulté : l’ardeur de la chasse m'avait entrainé beaucoup plus loin que je ne le voulais d’abord, et je me trouvais au sein d’une immense solitude, où la perspective élait extrêmement bornée par les ondulation. du terrain, et où, faute de traits marquants et distincts, un voyageur inexpérimenté pouvait s’égarer aussi facilement que dans l’immei.sité de l'Océan. En outre, le ciel ce jour-là était couvert, et je ne pouvais me guider sur le soleil. Ma seule ressource était donc de retourner sur les traces de mon cheval, et ce fut aussi là le parti que je pris, quoique bien souvent je perdisse ces traces dans les lieux couverts d’herbe sèche.

Les angoisses d’un homme égaré dans une forêt ne sont rien, comparées aux émotions qui bouleversent le voyageur délaissé au milieu de ces déserts, mille fois plus solitaires que toutes les autres solitudes du monde. Dans une forêt, la vue, il est vrai, est bornée par les arbres, mais l’imagination est libre de se représenter par delà quelque scène plus animée ; tandis que sur les prairies l’œil se perd dans une immense étendue de pays, sans apercevoir le moindre signe d'existence humaine ; on se sent loin, bien loin des limites des terres habitées ; on croit errer dans un monde dépeuplé.

Pendant que mon cheval repassait lentement sur les lieux que nous venions de parcourir, je sentis

A vivement celte impression, à laquelle l’ardeur de la

chasse m'avait d'abord rendu insensible, Le silence du désert était interrompu de temps en temps par les cris éloignés d'une troupe de pélicans qui se promenaient comme des fantômes autour d’un marais, ou par le croassement sinistre d’un corbeau qui traversait les airs. Souvent aussi un loup se mettait à fuir en courant devant moi, et quand il se croyait assez éloigné pour n’avoir rien à craindre, il s’asseyait et faisait entendre des hurlements qui augmentaient encore la tristesse de la solitude qui m'environnait.

Après avoir marché quelque temps, j'aperçus au loin un homme à cheval sur le bord d’une coiline, et je reconnus aussitôt le comte. Il n’avait pas été plus heureux que moi; et nous rejoignimes bientôt notre digne ami, M. L""", qui, les lunettes sur le nez, avait tiré deux ou trois coups infructueux.

Nous nous décidâmes cependant à ne pas rentrer au camp avant d’avoir encore tenté fortune. Jetant les yeux sur l’immense prairie, nous découvrimes à la distance d'environ deux milles un troupeau de buffles qui paissaient tranquillement le long d’une ligne d'arbres et de buissons. Il ne fallait qu’un léger effort de l’imagination pour se figurer qu’on voyait des bestiaux sur un pré commun, et que le bosquet cachait quelque ferme solitaire.

Notre plan fut bientôt formé : il s’agissait de chasser les buffles dans la direction où nous savions que le camp était situé. En agissant autrement nous

risquions de nous éloigner tellement, qu'il nous eût

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été impossible de retourner vers nos gens avant la nuit. Ainsi donc, en prenant un long cireuit, nous avançâämes lentement et avec précaution, nous arrêtant chaque fois que les buffles cessaient de brouter. Heureusement nous avions le vent en face, sans quoi ils nous auraient sentis et auraient pris l'alarme. De cette manière nous parvinmes à les tourner sans les effaroucher. Le troupeau se composait d'environ quarante têtes, taureaux, vaches et veaux.

Nous étant séparés l’un de l’autre à quelque distance, nous nous approchâmes lentement sur une ligne parallèle, dans l'espoir d'arriver ainsi près de ces animaux sans attirer leur attention. Cependant ils commençaient à se retirer tout doucement, s’arrêtant à chaque pas pour prendre encore une bouchée d'herbe, quand tout à coup un taureau que nous n'avions pas remarqué, et qui faisait la sieste sous un massif d'arbres à notre gauche, se leva de sa couche, et se hâta de rejoindre ses compagnons. Nous étions encore loin du troupeau, mais l'alarme était donnée. Nous pressâmes le pas; les buffler prirent le galop, et la chasse commença.

Comme le terrain était uni, ils couraient à la file avec rapidité, deux ou trois taureaux formant l’arrière-garde. Le dernier de ceux-ci, avec son corps énorme, son front large, sa barbe dont le poil semblait brûlé par le soleil, avait l’air du patriarche du troupeau, du monarque de la prairie,

Il y a quelque chose d’imposant et de comique

tout à la fois dans le spectacle qu’offrent ces grands animaux, quand ils soutèvent leur lourde masse et la balancent par l’élévation et l’abaissernent alternatifs de leur grosse tête et de leurs épaules, tandis que leurs yeux enflammés et méchants expriment la colère et la fureur.

Pendant quelque temps je courus en ligne parallèle avec eux, sans pouvoir forcer mon cheval à s’en approcher à portée de pistolet, tant il avait été épouvanté de l’assaut du buffle dans la précédente rencontre. À la fin cependant je réussis; mais mes pistolets ratèrent encore une fois. Mes compagnons, dont les chevaux étaient moins légers et plus fatigués par la route que le mien, ne purent atteindre le troupeau ; cependant M. L**”, qui se trouvait plus en arrière et qui perdait continuellement du terrain, s'arrêta, pointa son fusil à deux coups sur les fuyards, et fit feu. Le coup atteignit un buffle au-dessus des reins, lui brisa l’épine du dos, et l’animal tomba. M. L""* descendit de cheval pour achever sa proie; alors j'empruntai son fusil, qui contenait encore une charge, et, reprenant le galop, je rattrapai le troupeau, qui, poursuivi par le comte, continuait de fuir.

Avec cette arme, je n'avais plus besoin de pousser mon cheval aussi près desbuffles. Pendant que je les suivais de côté, j'en remarquai un qui me parut digne d’un coup d’essai. Je le couchai en joue et je l’abattis heureusement. La balle l’avait frappé dans une partie vitale : il ne put bouger de la place où il

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était tombé, et resta par terre à se débattre dans les angoisses de l’agonie.

Je mis pied à terre, et, après avoir attaché mon cheval, je m'approchai de ma victime pour la contempler. Je ne suis point du tout chasseur ; l’importance du gibier et l’ardeur d’une chasse aventureuse m'avaient seules entrainé à cet acte auquel je n'étais pas habitué. Maintenant que cette ardeur s'était calmée, je ne pouvais pas regarder sans une profonde pitié ce pauvre animal luttant avec la mort et répandant son sang à mes pieds. Son énorme taille, qui un instant auparavant avait excité mon envie, accroissait alors mes regrets, comme s’il y eût cent fois plus de vie détruite dans un tel corps que dans celui d’un petit animal.

Pour ajouter à ces tardifs remords de conscience, l’agonie “e la malheureuse bête se prolongeait; sa blessure était mortelle, mais la mort est souvent lente à venir. Je ne pouvais me résigner à la laisser là exposée à être déchirée vivante par les loups, qui déjà avaient senti le sang et rôdaient en hurlant autour de moi, attendant mon départ; ou par les corbeaux, qui planaient au- dessus de ma iète et remplissaient l'air de leurs lugubres croassements. C'était un acte de miséricorde que de mettre fin à ses douleurs en lui donnant le coup de grâce; j’armai donc un de mes pistolets, et je m'approchai du buffle. Mais je sentis quelle énorme différence il y a entre tuer un animal de sang-froid et tirer sur lui dans la chaleur de la chasse, Cependantil fallait prendre mon

parti; je visai le buffle derrière l'épaule, et cette fois le pistolet ne manqua pas. L'animal, atteint sans doute au cœur, fit un mouvement convulsif et expira. ‘

Pendant que je demeurais là méditant sur les restes de la victime, que j'avais si légèrement immolée, je fus rejoint par M. L""”"; il coupa la langue du buffle avec beaucoup de dextérité, et me la donna pour porter au camp comme un trophée.

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