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A notre approche, ils s’éloignèrent avec des marques visibles de mauvaise volonté, et, s’arrêtant à quelques centaines de toises, ils ne détachèrent pas les yeux de dessus leur proie, attendant que nous fussions passés pour retourner à leur banquet.
Je conduisis les deux métis sur le lieu même où le jeune comte m'avait quitté pour continuer seul Ja poursuite que nous avions commencée ensemble, C'était mettre des chiens exercés sur une piste, Ils distinguèrent sur-le-champ les traces du cheval du comte au milieu des empreintes profondes des pieds des buffles, et, marchant d’un bon pas, ils arrivèrent à la distance d’un mille sur un pré où le troupeau s'était divisé et dispersé çà et là. Ici les traces du cheval allaient en sens divers, se repliaient sur ellesmêmes, ou se croisaient. Nos métis étaient comme des chiens en défaut.
Pendant que nous restions immobiles, en attendant qu'ils se fussent reconnus dans ce labyrinthe, Beatte poussa tout à coup un de ces cris ou plutôt un de ces aboiements qu’on n’entend que parmi les Indiens, et nous montra une colline éloignée, En regardant attentivement, nous aperçümes sur le sommet de cette hauteur un homme à cheval.
« C'est le comtel » s’écria Beatte, et il poussa son cheval au galop dans cette direction, suivi de toute la compagnie.
Un instant après, le métis s’arrêta tout court. Un autre cavalier s'était montré sur le front de la colline. Cela changeait complétement la situation. Le
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comte était seul lorsqu'il s'était égaré, et il ne manquait personne au camp. Si donc l’un des cavaliers était le comte, l’autre ne pouvait être qu’un Indien, et probablement un Pawnee. Mais il pouva" se faire que les deux fussent des éclaireurs appartenant à quelque troupe de sauvages qui erraient dans les environs,
Pendant que nous discutions le pour et le contre de ces différentes opinions, nous vimes les deux cavaliers glisser le long de la montagne, après quoi ils disparurent. Alors un des hommes de notre suite émit l’idée qu’ils pouvaient bien faire partie d’une troupe de Pawnees cachés derrière la colline, et dans !es mains desquels le comte était tombé. Ces dernières paroles produisirent un effet électrique sur la troupe. A l'instant tous les chevaux furent mis au grand galop, les métis courant en avant, et les jeunes cavaliers jetant des cris de joie à la pensée qu'ils allaient enfin se mesurer avec les Indiens.
Une course désespérée nous mena au pied de la montagne et nous fit voir notre méprise. Nous trouvâmes au fond d’un ravin les deux hommes debout près d’un buffle qu'ils avaient tué. C’étaient deux cavaliers de notre camp, qui étaient sortis un peu avant nous sans être remarqués, et qui étaient arrivés là en ligne droite, tandis que nous avions fait un long circuit dans la prairie.
Après avoir laissé à notre sang le temps de se calmer de l’émotion que nous venions d’éprouver, nous retournâmes lentement sur nos pas vers la
prairie ; mais ce ne fut qu'avec peine que nos métis retrouvèrent les traces du comte. Ayant enfin réussi à les distinguer, ils les suivirent dans teus leurs détours jusqu’à une place où elles n'étaient plus mélées avec les empreintes des buffles, mais prenaient toutes sortes de directions, excepté celle du camp. Ici le comte avait sans doute renoncé à poursuivre le gibier qui lui échappait sans cesse, et cherché son chemin pour retourner vers nos gens; maisil s'était égaré au milieu des ombres qui s’épaississaient autour de lui.
Dans tout le cours de ces recherches nos métis déployèrent cette promptitude et cette finesse de coup d’œil qui distinguent les Indiens. Beatte surtout pouvait être comparé à un vieux chien de chasse que rien ne peut mettre en défaut. Quelquefois on le voyait marcher au petit trot, les yeux fixés sur la terre, et discerner dans l’herbe des empreintes qu’il m'aurait été impossible de distinguer sans la plus minutieuse attention. D’autres fois il allait au petit pas, tandis que son regard perçant voyait des choses qui m’échappaient entièrement ; alors souvent il descendait, et conduisait sa monture par la bride; il s’avançait doucement, le visage incliné vers la terre, et saisissant çà et là les indications les plus vagues, les plus incertaines.
Là où le sol était dur et les herbes sèches, il perdait complétement la piste; mais il ne perdait point courage ; il allait en avant, en arrière, à droite, à gauche, et revenait sur ses pas jusqu’à ce qu’il eût
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Un comte tout 1 ami I agréa] avait
métis | un nouveau point de départ. S'il n’en trouvait pas, réussi il examinait les bords des ruisseaux voisins ou les rs dé- fonds sablonneux des ravins, dans l’espoir de reconjs mè- naître la place où le comte les avait traversés. Quand naient enfin il était parvenu à retrouver la trace qu’il chercamp. chait, il remontait à cheval et recommençait sa suivre course. Cependant, après avoir passé un ruisseau \erché sur les rives duquel les fers d’un cheval étaient promais il fondément marqués dans le sable, nous arrivämes ssaient sur une prairie élevée et couverte d’un gazon desséché , où nos métis furent complétement dépistés. métis Pas une empreinte de pied ne pouvait être distinsse de guée dans aucune direction , et Beatte, s’arrêtant au milieu de sa course, secoua la tête d’un air tout à
fait découragé. | Au même instant, une petite troupe de daims sortit d’un ravin à quelques pas de la place que nous occupions, et vint à nous en bondissant. Beatte sauta en bas de son cheval, mit son fusil en joue, et blessa un de ces animaux sans l’abattre. Le bruit du fusil fut aussitôt suivi d’un cri éloigné. Nous regardâmes antour de nous, mais nous ne pûmes rien voir. Un autre cri prolongé se fit entendre, et enfin nous aperçûmes un cavalier qui sortait d’une forêt. Un coup d’œil nous suffit pour reconnaître le comte. Des acclamations générales s’ensuivirent, et tout le monde se mit à courir au - devant de notre ami pour le féliciter. Ce fut une rencontre bien agréable de part et d’autre. De notre côté l’anxiété avait été bien grande, à cause de la jeunesse et de