SCENE XIV
ATHANASK, MIRANCOURT.
MIBAN3U0RT.
J’oublie que je ne connais pas Paris, moi 1 Comment trouver celle rue d’Anjou ? j en ai vu quatre sur le piau que je viens d’acheter... Monsieur... ah! il n'csl plu» la, je vais sonner... ( Il aperçoit Athanaie.)ü\i > . oh: quel est donc ce monsieur, qui s’est installé à mon bureau, et qui a l’air de travailler avec tant d'application?
ATHANASB, réfléchissant.
Oui, les fiancés!... ça va tout seul... Mais le beau-père... il faut le faire intervenir...
MIRANCOURT.
Ah! ah! j’y suis, c’est le notaire que j’ai fait demander; c’est inimaginable comme on est exact dans ce pays!... Monsieur, j’ai bien l’honneur d’être votre serviteur de tout mon cœur.
ATHAHASB, se levant et saluant Monsieur...
MIRANCOURT.
Vous êtes sans doute le confrère que M. Beaumanoir a fait venir?...
athanase, étonné.
Un confrère !... oui, monsieur !...
MIH A If COU BT.
Car vous saurez que j'ai l’honneur d’être dans la partie.
ATHANASK.
Ah! ah! ( A part.) L T n collaborateur ! nous serons donc trois !... c’est drôle, je ne le connais pas. [Haut.) Monsieur a sans doute déjà pratiqué beaucoup?
MIRANCOURT.
Ah! monsieur, c’est inimaginable ce que j’ai tait d’actes depuis trente ans... mais je travaille
•a province.
ATHANASB.
Ah ! c’est donc cela que je n’avais pas l’honneur...
MIRANCOURT.
C’est moins brillant... Ici, sur un plus grand théâtre...
ATHANASB.
Sansdoule. les grands théâtres, c’est honorable, c’est magnifique... mais les petits théâtres rapportent davantage.
MIRANCOURT.
Ce n’est pas l’embarras, nous faisons de bonnes affaires. Ah ça ! je vais vous remettre mes pièces... cela vous donnera une idée...
ATHANASB.
Monsieur, je serai très-flatté de cette marque d’estime ; croyez que je les lirai avec empressement. (A part.) Excellentes papillotes t mirancourt dépose un énorme portefeuille vr la table à droite, et cherche des papiers.
Oh! c’est bien simple, bien peu de chose...
athanasr, à part.
Modestie d’auteur! connu !... il les croit superbes, le provincial!
mirancourt, interrompant sa recherche.
Monsieur, ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose de grand, de noble, de sublime dans notre état?
ATHANASB.
Mais oui , monsieur. (A part.) 11 est enthousiaste, le vieux !
mirancourt, s'avançant vers Aihamse.
Pour moi, monsieur, je suis fier, je grandis de deux mètres à mes propres yeux, quand je me considère, là, dans mon cabinet et dans ma robe de chambre, la plume à la main et le bonnet au front, disposant des intérêts les plus chers de la ^ société ; aujourd'hui : un mariage !...
ATHANASB.
Souvent, souvent des mariages...
M1BANCOURT.
Demain : une reconnaissance!...
ATHANASB.
▲h! voilà qui esldélical, les reconnaissances! ... il faut des préparations... des précautions...
, MIRANCOURT.
Je regrette qu'on nous ait enlevé le divorce.
I ATHANASB.
Et moi aussi... et moi aussi... parce que cela entraîne des complications... le mari, la femme... les enfans...
( MIRANCOURT.
Et dans tout cela le notaire est indispensable.
ATHANASB.
Oh: oh! le notaire 1 ... ons'en passe bien, main i tenant.
il MACLAim
M1RANC0CRÎ.
Je le sais, je ne le sait que trop!... mais c'est UD tort, monsieur, c'est un grand tort... on se crée des difficultés... des embarras; tandis qu’avec le notaire , ça va tout seul.
ATHANASK.
C’est vrai... (A pan.) 11 est un peu rococo; mais il entend bien le métier, ce vieil homme de lettres.
MIrancocrt, à pari et retournant vers la table où il prend te» papier s .
Ce jeune praticien me parait très-fort! (Haut.) Nous ne ferons qu’un seul acte, n’est-ce pas?
ATHANASK.
Un seul et tout petit... tout petit...
MIRANCOCRT.
Eh ! mais, pas si petit : il s’agit de donner soixante mille francs à la fuLure.
ATHANASK.
Soixante mille francs? une bagatelle! une misère! nous ne parlons que par deux, troi9 cent, cinq cent mille francs.
MIRAIS COURT.
C'est inimaginable! en province nous ne sommes pas si généreux. Lorsque je suis entré, vous étiez à travailler, est-ce que vous aviez commencé ?
ATHANASK.
Oui! je m’y mettais.