‹ Un verre de champagne comedie en un acteChapitre 14 sur 24 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

vous qui dormiriez comme un sabot... l’innocence seule jouit de celte faculté... et on la connaît, votre innocence...

JULIBftfc.

Âh ça! Léonard, êtes-vous fou ?

LÉONARD

Si je n’étais que cela !...

JdLibtté.

Si vous parlez sérietisetUehi, tâchez au moins qu’on vous comprenne...

LÉoNÀkb.

Aviez-vous une robe blanche, cette ttüitî

JULIETTÉ.

Vous le savez bien 1

, LÉONARD

Vous l’avouez ?

JULIETTE

Sans doute; mais?...

Léonard.

Êtes- vous allée au jardin ?

Quand ?

Léonard.

Vers trois heures... après le souper?

, . JULIETTE. u

Après le souper ? c’est que...

LÉONARD. . : • ,

C’est que?,..

JULIETTE, à part.

C’est que je ne me souviens de rien , moi... et je ne peux ’ ji dire...

LÉONARD

pas lui Eh bien ?

JULIBTTB,

J’y suis peut-être allée t comme tout le ntonde..*

LÉONARD, avec uu geste de pudeur blessée.

Comme tout le monde !;.. Enfin 1... êtes-vous entrée sous le berceau de Minerve ?...

JULIBTTB.

Je ne sais... .

LÉONARD

Cherchez bien... -, . v ;

JÜLIRTTE.

C’est bien possible... pourtant*. •

Iti l'N VERRE DE CHAMPAGNE.

LÉONARD. v< ,

Avez-vous dit : Paul... en rêvant?

JULIBTTB.

Je n’en sais rien ; mais vous m’assurez que je l’ai dit , et je vous crois.

LÉONARD

Cette confiance m’honore... Et Paul, avait-il un habit noir?

Juliette, impatientée.

Noir ou bleu... qu’importe?

LÉONARD

Je vous dis qu’il était noir, moi ! ...

JULIETTE

Soit I mais je ne comprends pas...

LÉONARD

Ah ! vous ne comprenez pas encore ?... (hui montrant réveotwi.) Connaissez-vous cet éventail, madame ?

JULIETTE, prenant l’éventail.

Tiens! c’est le mien... je croyais l’avoir perda...

Avec votre raison , en effet ; mais on l’a retrouvé , l’éventail !... Comprenez-vous, maintenant?

JULIETTE

Ma foi, non !... mais, en tout cas, où serait le mal ?

LÉONARD

Où serait le mal ?... Ma parole d’honneur, c’est à confondre. Madame s’en va tranquillement, la nuit, sous le berceau de Minerve... (de Minerve, la déesse de la sagesse !...) et elle demande où.est le mal !... Mais vous ne voyez donc pas que je sais tout, et qu’il est inutile de nier vos débordements!...

JULIETTE, à part.

C’est inouï ; ie n’ai raconté mon rêve qu’à Cécile... et depuis, elle ne m'a pas quittée... Comment peut-il savoir ?..

LÉONARD. v

Eh bien ! madame, vous n’essayez pas d’un petit mouvement oratoire?... Vous ne risquez pas une larme ou deux? Voyons, ne vous gênez pas !...

JULIETTE. . \

Pardou, monsieur, mais qui vous a dit ?...

LÉONARD

Je sais tout, vous dis-je ! ...

JUUBTT2.

Encore une fois... . * • .£;

LÉONARD

On vous a vue, malheureuse!.». ,- v ^- ^

SCÈNK IX,

Cette nuit ?

Oui..,

Dans le jardin?

Oui!

JULIETTE

LÉONARD , d’une voix sombre.

JULIETTE

LÉONARD, de même.

JULIETTE

Avec monsieur Paul ?

LÉONARD, de même.

Ouil...

JULIETTE

Sous le berceau de Minerve ?

LÉONARD, de même.

Oui !...

JULIETTE, à elle-même.

Oh ! non, c’est impossible !

Impossible!... Quand vous avouez vous-même que votre robe était blanche et que son habit était noir... Quand Ambroise vous a vue comme je vous vois... et quand cet éventail est là pour vous confondre !...

JULIETTE, à elle-même.

Ce que je prenais pour un rêve , ce serait... (Élevant la voix.) Mais non, ça ne se peut pas...

LÉONARD

Ça ne se peut pas?.,. Ah çà , vous me prenez donc pour un imbécile, à la fin ?

JULIETTE

Je sais bien que les apparences sont contre moi ; aussi , je ne dis pas que je suis innocente; mais il est impossible que je Sois Coupable. (Elle remonte , passe h gauche et pose son éventail sur lo guéridon.)

LÉONARD, à lui-même. *

Qu’est-ce qu’elle chante là?... Je vous demande un peu ?... (Haut.) Mais avouez donc, malheureuse; avouez donc ! Au lieu de barbotter comme ça !... ce sera plus tôt fait !

JULIETTE

Mais, monsieur, je ne puis pas avouer une chose dont je ne suis pas sûre.

* Juliette, Léonard.

Hein?... Vous dites que vous n’étes pas sûre?... Ati çà, madame, vous ôtes donc somnambule ?...

JULIETTE

Qui sait ?

LÉONARD

Qui sait? Mais moi, donc?... Mais vos parents qui vous ont connue très-jeune, et qui n’auraient pas manqué de me signaler cette infirmité ! (Changeautde tou.) Voyons !... qu’esl-ce que je t’ai fait pour que tu te sois conduite comme ça? Dis?... mais, dis donc, Bichette ? .. Est-ce que je ne suis pas la crème des maris ?... Est-ce que je t’ai jamais ramenée du bal avant six heures du matin ?... Est-ce que je t’ai jamais refusé une robe de velours ou un cachemire?... Est-ce que j’ai des vices, ou même des déiauts ?... Est-ce que je prise ?... Est-ce que je fume la pipe?... Est-ce que je porte des bretelles, des parapluies, de la flanelle de santé?... Est-ce que je mets des bonnets de coton ?... Enfin , je fais tout ce qui peut te faire plaisir!... Tout !... Tu voulais un berceau dans ton jardin... le berceau a eu lieu... J’avoue que si j’avais prévu... mais je ne le prévoyais pas... et il a eu lieu !... Et voilà l’homme que tu jettes en risée à la gaieté publique !... Tiens, veux-tu que je te le dise?... Ce n'est pas gentil... c’est mal! c’est dégoûtant do ta part !

JULIETTE, il part.

Je n’y comprends plus rien !... (Elle s’assied près du guéridon. Paul parait au fond, venant de la droite.)

LÉONARD, voyant Paul.

Monsieur de Mailly I

JULIETTE, se levant tout d’un coup.

Paul!...

LÉONARD, il part.

Paul !... Elle a dit Paul !... Il s’appelle Paul !... (n va droit k Paul. Haut.) Donnez-vous donc la peine d’entrer... (Paul entre.)

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