‹ Un vilain monsieur vaudeville en un acteChapitre 3 sur 8 · MOLL · texte numérisé non relu

MOLL

Monsieur, je vous salue... Est-ce que c’ü»l >qu* tjqi m avez décroché?

BEAU»

Oui, monsieur.

RAOUL, k Imtal.

Que le diable vous emporte I

IJUTUS.

Plalt-it ?

tt*OUI»

De quoi vous mélcs?fOU«, monsieur ?

■EATUS-

tn effet, je...

RAOUL

Puisque je uve ppndais, t'sil que j'avais mes raisons pour ça.

f BtAlLs.

C’est ce que je ipc suis dit

RAOUL

Et ça no yous a pas grrèté ?... Vous ave» donc accepté les conséqucoces de |a chose:... A (* beure.

BEAT (/S-

Je ne comprends peint...

J'étais malheureux; i'*i V outil mettre un tertqp fc mes vicissitudes. En m'eu empecuant.vnus avez pris avec vous-meme I engagement tacite de me rendre heureux... c'est bien ça... ettt gentil...

BEATES.

Hein?... (A psit ) Ûhl il n'est pas encore bien remis... Patience.. Je le flanquerai à la porte tout à l’heure...

BAOUL.

Ah! du moment que vous me forces de vivre, avec l'intention de ui’en fournir les moyens... je n’ai plus rien à dire...

BEATES, i partit fait mon bonheur... (B«®t.) Ouï, oui.

BAOUL.

Comme ça, c’est différent... et je suis votre obligé... C'est un service que je «oublierai jamais. Voulez-vous me permettre de vous embrasser ?

BEATDS.

C’est inutile, monsieur...

RAOUL, «aRtoil «nbrrawr bmiw q«i ** 4M

Pardonncz-moi, j‘y tiens... j’y tiens beaucoup... c'est pour moi un devoir cl un plaisir... un devoir, surtout...

BEA TU S.

Ma barbe n’est pas faite.

KAOI L, le lAclunt.

Alors, je vous embrasserai demain.

BEAU S

Ah ! vous comptez donc revenir ?...

baoil.

Non... Je compte ne pas m’en aller.

BEATES, clfr»jd.

Comment ?

BAOUL.

Me prenez-vous pour un ingrat ?... Je vous quitterais, vous, mon bon ange, ma providence, car vous I êtes... Tenez, j ai envie de vous embrasser malgré votre barbe.

BEATES, ra-U****»»!.

Monsieur, jo suis touché... oh ! mais profondément touché de votre reconnaiasanoe; mais je serais désolé de vous arrêter plus longtemps, et si vous avez quelque affaire... (Uki ■««»« * *>*»••]

RAOUL

Des affaires ?... Quelles affaires voulez-vous que j’aie ? ... puisque je nie pendais, c’est que je o'avais rien à faire... quaud on n’a rien A faire, on se pend.

BEATES.

Oh!...

RAOUL

Ainsi, vous pouvez être tranquille, j’ti le temps... et vous?

BEATES.

Moi, je...

RAOUL

Très-bien... je puis donc vous raconter rhistoiredemes malheurs.

BEATES, * !■»«•

La !... qu’est-ce que je disais?... (il»»».) Monsieur...

RAOUL

Je voua dirai tout j excepté mon uom pourtant... et pour une bonne raison... c’est que je n’en ai pas...

BEATDS.

C’est intéressant, n’est-ce pas ? asseyons-nous.

BEA ICS.

Allons!... . , . „ ^ .

(Il *• dirige vers ion grand fauteuil ; Raoul » y in«Ull« et lui pouaee chaise.)

RAOUL

Donnez-vous donc la peine de...

BEATES.

C’est inutile, monsieur...

RAOUL

Je ne parlerai que quaud vous serez assis... Ah! vous vous dAcidex... [Braira *■ i-our .«.^air.j liais, vous tenez peut-être h ce fauteuil ? (il fait mi*c d* •* lever.)

BEATES.

J’avoue que...

RAOUL

Allons, comme vpps voudrez.

(Il s'étend oairaodêiHîUt, al place sas jombas sur U chaise de Breto» qui va en cUerçjier une autre en groromelaul.)

Y êtes-vous?...

.BEAU S, suis-

J’y suis.

tenu inui-nième SUf les fonts baptismaux, et je me suis baptisé Raoul, C'est qn joli nom, n'e»t-ce pas?

B8ATUS, UldUut.

BAOUL.

AM vous ijjtMcela comme si vous ne l'aimiez pas.

BEA TU S.

Je vous demande pardon, je l’aime beaucoup.

RAOUL

S'il vous déplaît, diles-lo fraochement ; j’en prendrai un autre: qu’est-ce que ça me fait ?

BEAU»

Mais, je vous jure.,.

RAOUL

Tant mieux; mais Raoul ne suffisait pas... {V<m»i qp* ■eaiat p«*î« diMroii, plu. feut et m- levait ) Mais Hfluul ne suffisait pas.

BEATES.

J entends : ne répétez pas.

RAOUL, te r»t«CT3Di.

Ah! bon... Raoul ne suffisait pas... Raoul ce n’est pas un nom... et comme ma nourrice habitait le long d’une rivière bordée d’ormeaux, j’ai ajouté à Raoul le génitif pluriel des Ormeaux.

BEATDS.

Vous- avez bien fait.

C’est intéressant, n'est-ce pas ?

BEATDS.

Ali! je vous en réponds !

RAOUL

Mats le diable... c’est que ce nom, exact il y a trente ans, no l’est plus aujourd’hui.

BEAT! IN, UAilbal.

Ab !...

RAOUL

J’ai revu ces ormeaux, il y a huit jours ; ils ont grandi, monsieur... Comment vous appclfe-t-uo*...

BEATES.

Rca (us.

RAOUL

Ils ont grandi, monsieur Rca tus... et ces ormeaux sont des ormes... (lui frappant wr réputé) dos ormes superbes...

BEATES, jw bum«ur.

Kli bioul tant mieux pour cuxl (n m it»« et rvmn *» cirn»* prèi a« pddiM.j

RAOUL

Aussi, j’ai résolu dorénavant de remplacer des Ormeaux par do l'Orme, ou des Ormes... Lequel niun.-z-vous l« mieux?

BEATES. «

Ça m’est égal... continuez.

Je ne continuerai que quand vous aurez choisi.

BEAU», A p*r(.

OU ! (eut.) Eh bienl de l'Orme.

RAOUL

Va pour de l’Orme... Des Ormes est moins connu... Mais, puisque vous prêtera de l’Orine...

BEA TW.

Mais, je ne préfère pas.

BAOUL.

Vous aime* mieux des Orales... va pour des Ormes... Nou» dr son» donc : Raoul des Ormes.

BEATES.

Oui, oui... (a j*» t.) Si nous allons de ce train-là...

Ah I...

UWL.

Ah ! j'ai oublié de vous dire...

BEATUS, vivement.

Pardon! pardon! vous me l'avex dit.

RAOUL

Monsieur, le vio, lo jeu, la chasse et les femmes sensibles ont seuls le don de me mettre en joie... et j'ai tant bu, tant joué, tant chassé et tant aimé, que j'y ai mangé tout mon avoir... une somme assez roudu que mes parents avaient fait mettre à ma disposition, quand j’eus l'âge de puberté... cor j’ai eu l’âge de puberté... et vous aussi. (U ôte ses pieds de dessus la chaise, oh Beatus s'assied.)

BEATUS, A part.

Il m'ennuie, sans pouvoir m'eudorinir.

(Il prend une prisa dans une tabatière en or; Raoul s'empara de ta tabatière, sa bourre la nés da tabac, et met la botta dans sa poche.)

Ma tabatière, Monsieur...

RAOUL

En voici une autre, monsieur Beatus.

(Il lui donne, à la place, uuo tabatière dite queue de raL)

BEATUS

Eh! Monsieur, qu’esl-c© que vous voulez que je fasse de voire queue de rat?

RAOUL

Oh ! à la campagne !

(Beetut fait un mouvement de mauvaise humeur et met la tabatière dans

sa poche.)

J’espérais redorer mon écusson... barré, grâce â certaine dot roturière... mais le père de lu vilaine a des préjugés, et il a refusé uet son consentement au mariage de Raoul... des Ormes, n'esl-ce pas.

BEATUS

Oui, Monsieur, des Ormes.

RAOUL

Bref, ruiné dans mes espérances et dans tires capitaux; sans nom, sans argent, sans amour, il ne me restait plus qu'a ravir au iiioude uu de ses plus beaux ornements... il le fallait! De mon dernier écu, je Os une dernière rasade; du cordon que voici (>l Ia fïKdf mi u ctcnüaëo), ma dernière cravate... et je voltigeais dans l'espace, quand votre bienheureux couteau...

BEATUS

C’était un sabre, Monsieur !

RAOUL

Quand votre bienheureux couteau est venu mettre un terme â ma sarabande aérienne.

BEATUS, m levant et reportant h chane an fond, I droite, coolie le ebevalei.

Ah! vous avez fini?

RAOUL, *e levant atuai.

Oui, Monsieur... Pourquoi me dites-vous ça?... Est-ce que vous voulez que je recommence?...

BEATUS

Non!... mais on est peut-être inquiet chez vous, et...

RAOUL

Chez moi?... je n’ai pas de chez moi... est-ce que les pendus ont des chez eux?... D'ailleurs, je vous le répète, je uc puis quitter ainsi ma providence.

BEATUS

Il faudra biea que tôt ou tard...

Jamais, Monsieur, jamais 1 . ..

DEATUS, effrayé.

Comment! jamais? Auriez-vous l’iolenlionde vous installer ici?

RAOUL

Je compte y flair ma carrière.

BEATUS

Y finir sa... y finir votre... mais il rne semble...

RAOUL

Commcul?... il vous semble! je trouve ça un peu fort, par exemple! vous m’avez donc dépendu pour me demander mon histoire et me forcer & nie pendre derechef après vous l'avoir narrée !

BEA TCS.

Ah ! Monsieur !

RAOUL

A la bonne heure, je reconnais ma providence. J'attends donc la suite de vos bons procédés. J’atlrnds que vous me procuriez toutes les joies de la terre... quand voub pourrez... dans le plus bref délai... tout de suite...

BEATUS

Mais... mais... mais...

RAOUL

Si vous ne me rendez pas le plus heureux des hommes, je me retire ; et alors, c'est vous qui serez mon assassin !

BEATUS, à put.

Ah! bon! ah! bon!

RAOUL, remontes».

Et pour commencer...

(U ôte ton habit «t en pa*s« on maguifiqua, qui est sur uoa chaise, an (and, è gauche, devant le piano. )

BEATUS

Eh bien! qu’est-ce que vous faites donc là?

RAOUL, panant A droite.

J suis malheureux d’étru mal mis.

BEATUS

Mais c’est mon habit de gala, Monsieur...

RAOUL

Ah! vous allez quelquefois en gala?... vous m'emmènerez,

BEATES, •« jrtaut »ur Raoul.

Voulez-vous bien me te rendre ?

RAOUL

Comment! vous le rendre?... Eh bien! vous êtes sa ns gène, vous? BEATUS.

Oh!...

RAOUL

Après ça, je suis bon prince; et, puisque vous tenez à celui-ci, je vais vous le céder... en échange du vôtre.

BEATUS

Plaît-il ?

RAOUL

Oh! je ne peux pas à moins... c'est à prendre ou â laisser.

BEATUS

Il me crispe!

(U retire son habit.)

RAOUL, de roi 1 rsr.

Dites donc, ce n’est pas une mauvaise affaire pour vous... vous y gagnez.

BEATUS

C’est-à-dire que j'y perds moins.

(lia échangent leurs habits, et sa rhabillent, Y or sa riant, l’autre ao jurant.) RAOUL.

Maintenant, je suis présentable... ce n'est pas le luxe, mais c'est propre, (tirant uof.boonod uBü de» [»<ii ci de l'babîi.) Et puis,c’c*tbicn garni. BEATUS.

Ma bourse I

BAOUL, b r cm MU ni dans u («cite.

Pardon; cet habit est ma propriété; et le produit des fouilles m'appartient.

(Il s'assied contre le guéridon è droite.)

BEATUS, à paît.

Ab rà, mais il est révoltant!

RAOUL, peseta»! U Ute mr «a poitrine et semblant écouter mot voix «jal lui parle.

Hein ?

BEATES, triant.

Encore une fois, Monsieur!...

RAOUL

Chult... (a iui-œém«.) P|ail-il?... Si j'ai déjeuné?... non , je n’ai pas déjeuné.

BEATUS

Qu’esl-co?

RAOUL

Comme je suis très-distrait, j'ai prié mon estomac de m’avertir toutes les fois qt^ii aurait faim ; et, en ce moment, il soone lo déjeuner.

BEATUS

Ah! c'est fort ingénieux.,, et il ne faut pas le faire languir. — Adieu, Monsieur...

RAOUL, à purt, te levant.

Il parait qu’il o’a pas compris. (lUal et rcrooauat ver* la porte du fond, par laquelle il «garde.) Tiens, des pèches!... (il va pour lortir.J BEATUS, le reiesant-

Me» pèches!... les plus belles pêches de mon jardin I... sacrcbl....

RAOUL

Oh! je n’ai pas de préférence ; et, puisqu'il y en a d'autres ici..* (Il s’échappa et disparate dans la jardin )

BEA TV 5.

Mais, MouTOur...

RAOUL, raparalMaot auuitAt.

Je reviens... (DHpanimat et roporaiMsot cocoro.) Soyez tranquille, jo reviens.

(U sort tout è fait.) (

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