ACTE II, SCENE I
jours servis des termes les plus choisis? Vraiment , le publie n'est pas juste.
GUZMAN
Et encore on nous appelle voleurs.
BENITO
On nous juge mal... nous sommes des héros méconnus... Des voleurs?... Des socialistes, des réformateurs, à la bonne heure; nous levons des contributions forcées sur les riches... nous équilibrons les fortunes, et l'on nous traite de voleurs !
GUZMAN
C'est démoralisant.
BENITO
Tiens, Gnzman, quand je vois mon beau pays d'Espa. gne incessamment déchiré par des guerres civiles; quand je vois vingt partis tirer chucun à soi un morceau du gouvernement , je me dis : c 11 n'y a rien à t faire pour nous quand un pays est tiraillé ainsi... »
GUZMAN
Les hommes politiques nous font du tort.
BENITO
Vois donc quelle nomenclature... Les fuéristes, les ch ris linons, les carlistes, les exaltados, les espartéristes, les ayacuchos, les absolutistes... Il n'y a pas moyen d y tenir avec une pareille concurrence.
GOZUAN.
C'est ce que je me dis tous les jours. Et puis, ce qui nous ruine encore, ce sont ces assurances établies dans les grandes villes , contre nos attaques bien innocentes... car nous n'en voulons qu'à la bourse et non à la vie des voyageurs.
BENITO
C'est vrai ! L'Espagne est un pays perdu! Àhî Guzman... tu trouveras parmi nos paquets quelque linge
de corps qu'un Français a eu la simplicité de me confier... tu le distribueras aux gens de ma troupe.
GUZMAN
Très- bien !... Quelle est la consigne, don Benito ?
BENITO
Vous vous tiendrez à l'entrée du défilé, derrière une roche , et dès que quelqu'un se sera engagé dans le passage, vous sifflerez... Allez avec Dieu !
GUZMAN
Et vous, restez-y...