D. RAMON, CATALINA
D. RAMON
Catalina! vous avez beau venir à l'heure exacte, il me semble que vous n'arrivez jamais... Les minutes sont des siècles, loin de vous...
CATALINA
Toujours galant!...
D. RAMON
Non ; toujours amoureux !
CATALINA
Et toujours aimé, pour notre malheur à tous deux !
D. RAMON
Dites pour notre bonheur !
CATALINA
Hélas ! non ! A quoi sert de 3'aimer, quand il faut vivre loin l'un de l'autre? Mou frère est toujours inflexible.
D. RAMON
Cependant , ma noblesse vaut la sienne.
CATALINA
Sans doute. Mais il ne s'agit pas de cela. Je suis
riche, et mon frère, qui est aussi mon tuteur, veut garder tous mes biens; il voit moins en vous un amant qu'un voleur... il s'est accoutumé a regarder ma fortune comme la sienne. Autrefois, il m'aurait fait entrer en religion ; mais maintenant les couvens sont fermés ; ce moyen lui manque, et il tâche de tenir les amoureux à distance. Jamais duègne revêche n'a marché de plus près sur les talons d'une jeune fille; jamais barbon jaloux n'a surveillé plus étroitement une jolie femme coquette , et je tremble en pensant au danger qui nous menace... s'il vous savait seulement dans cette ville... J'ai eu toutes les peines du monde à m'échapper pendant qu'il faisait la sieste et il ne dort pas toujours des deux yeux à la fois.
D. RAMON
Don Ramon de la Cruz n'a peur de personne.
CATALINA
Mais il vous tuerait.
D. RAMON
Ou je le tuerais.
CATALINA
La belle avance ! si mon frère vous tue , ou si vous le tuez, plus de mariage... Soyez prudent... Parlez. d. ràhon.
Mais pourquoi?...
pablo, accourant.
Sauvez- vous, jeunes gens... voici voire frère Inigo... qui rôde de ce côté... Tenez, celte porte donne sur la place San-Antonio... Allez...