‹ Une abbaye au XVIIIe siècle: Notre Dame d'Hiverneau (d'après des documentsChapitre 11 sur 11 · Ihid, vol. 59i. Carcavy^ n^» i8 et · texte numérisé non relu

Ihid, vol. 59i. Carcavy^ n^» i8 et

gobelet du Roi, Jean-Nicolas Maigret d'Amblincourt qui termine sa carrière à 77 ans ^

Ce vieillard qui, avant de se retirer à Hiverneau, avait passé 13 ans à Saint-Magloire, se montra généreux pour Tabbaye ; on signale de lui plusieurs dons en nature et en argent, notamment 1,500 1. en 1745, pour continuer et achever la boiserie du chœur, œuvre élégante et d'un beau style, dont la plus grande partie fait, depuis 1790, Vornement de l'église de Lésigny,

Je signalerai, en 1748 et 1760, les inhumations de deux ecclésiastiques pensionnaires, Egon Tambonneau, chanoine honoraire de Paris et prieur de Gonflans-Sainte-Honorine, qui comptait 58 ans *, et Jean-Augustin de la Chambre, chanoine de Laon, qui n'en avait que 24; en 1750 aussi, de Charles Cassier de Nancré, écuyer, presque octogénaire ; en 1751, de Pierre Pelletier, ancien greffier à la peau au Parlement ; puis en 1752, d'un vieux bourgeois de 76 ans que je ne cite qu'à cause de son nom ', Antoine Vocanson du Montet.

Le 26 novembre 1752, c'est un ancien président de la Cour des monnaies, Messire Philippe Lambert, âgé de 72 ans. Son fils, Etienne Lambert, conseiller des aydes ; son beau-fils, Jacques-Joseph de Cagny, lieutenant au régiment de Lyonnais infanterie; d'autres parents encore assistent aux obsèques*.

Nommons rapidement : en 1757, François-Joseph Hébert, ancien procureur au Parlement, 82 ans ; en 1760, François Crevon, notaire honoraire, 70 ans ; en 1761 , un bourgeois de Paris, octogénaire, Louis-François de Lomé ; en 1763, un avocat presque aussi âgé, Marc- Antoine Belichon^, puis 13 ans se passent sans donner un nom à mentionner. Les pensionnaires se faisaient rares, et je n'ai plus à citer que Jean-Baptiste- Claude Calonne de Coquer^l, chevalier de

1 . Les parents qui assistent à l'inhumation sont Pierre-Etienne Maigret, capitoul de Toulouse, et Antoine -François Maigret, conseiller au Parlement.

2. Guillaume-Egon était le 3« fils d'Antoine-Michel Tambonneau, d'abord conseiller au Parlement, puis ambassadeur en Suisse en 1684 et président des comptes la même année, et d'Angélique de Voyer de Paulmy (Pièces orig.y vol. 2,372).

3. Je ne crois pourtant pas qu'il puisse avoir aucun lien de parenté avec le célèbre Vaucanson.

4. En 1753, Ignace Le Mercier, médecin du Roi dans les hôpitaux militaires^ pensionnaire, assiste comme témoin à une profession.

5. En 1764, nous trouvons aussi témoin d'une profession un vieil of&cier pensionnaire, François-Edmond de Butler,

Saint- Louis, mestre de camp de cayalerie, ancien maréchaldes-lûgis aux mousquetaires noirs, qui s'éteint en 1776, à 70 ans, sans qu'un parent ou un ami vienne lui rendre les derniers devoirs*.

Le dernier acte de décès d'un pensionnaire est du 21 sep* tembre 1781. Il précédait de bien peu la fin du couvent.

Un peu avant cette époque, en 1778, alors que la disparition des pensionnaires laissait libre une partie des bâtiments, les religieux donnèrent en location une maison située à l'extrémité de leur enclos et nommée la Mansarde. Ils ne semblent pas avoir eu la main très heureuse. Leur locataire, qui se faisait appeler M"^° de Baimond, avait été recommandée au prieur par le comte de Gamache, ancien officier de gendarmerie et vieux garçon, qui habitait pendant Tété au château du Petit- Val, prèiS de Sucy. Elle était jeune et Jolie sans doute -^ la malignité humaine porte à le supposer, en la voyant recommandée par un galant célibataire — mais si la figure était aimable, le caractère n'était pas dépourvu d'acidité. Elle dut, pour une cause inconnue, quitter précipitamment la Mansarde, et les religieux firent quelques difficultés quand il s'agit d'enlever ses meubles ; il en résulta une correspondance qui s'est conservée, je ne sais comment 2, et que j'ai sous les yeux.

A la fin d'une lettre fort aigre, datée du 28 mai 177d, et signée de Raimond, elle ajoutait en post scriptum : « C'est le « nom sous lequel je suis connue de vous, mais ce n'est point « le mien. Des raisson assez extraordinaire m'avez engagé d'en a changer. J'ai eu le dessus à force de protection, car la bonne « cause ne suffit pas toujours malheureuzement. Je serai fort c aize dans quelqu'autre circonstance de me faire connoitre à a vous sous mon vrai nom et de vous prouver que les conjec- « ture ne sont pa.s toujours vrai ».

11 parait qu'il y avait eu des conjectures ; les quelques vieux parisiens qui vivaient encore à Tabbaye avaient sans doute aiguisé leurs langues sur la mystérieuse habitante de la Mansarde, Je serai plus réservé, et pour cause. Je dirai seulement que la belle dame me parait avohr emprunté son nom de guerre à son protecteur, car les Gamache, parmi leurs titres de famille, avaient celui de comtes de Rémont. J'oubliais d'ajouter qu'un petit billet du comte de Gamache, adressé au

1 . Voir sur cette famille les Pièces origifMleSf yol. 574, Caionne, n»' 95 et 96.

2« Dans les Titres de la Jonchbre,

prieur à^Tpemo^ se trouve joint à la lettre que je viens de citer. On y trouve une vraie politesse de grand seigneur, mais en même temps une orthographe tellement aristocratique qu'en comparaison celle de M*"« de Raimond pardt irrépro*

chable.

Celte revue des pensionnaires m'a conduit un peu loin, et il faut maintenant revenir trente ans en arrière pour reprendre brièvement l'histoire de l'abbaye.

Nous avons laissé, en 1750, la communauté faisant au couvent des réparations importantes sous la direction du prieur Ogier. La situation était alors satisfaisante. Pourtant le vent d^ siècle comniençait à souffler sur Hiverneau, et les professions devenaient rares. On en compte encore deux en 1753j puis une en 1762, et une autre, la dernière, en 1763. Les religieux, comme les pensionnaires, ne se renouvelaient plus ; ils vieillissaient ensemble, voyant leurs rangs s'éclaircir peu à peu.

Pourquoi les gens du monde avaient-ils oublié le chemin dtà l'abbaye? je serais bien embarrs^ssé de l'expliquer, mais ce qui me parait à peu près hors de doute, c'est que ce fut la véritable cause de 1^ décadence d'tliverneau* Les revenus ordinaires n'avaient pas diminué, ils s'étaient plvitôt un peu élevés, mais ils étaient à peine suffisants, quand d'autres ressources ne venaient pas s'y joindre, pour subvenir aux besoins des six ou sept chanoines ou clercs qui formaient la communauté ; ils n'auraient pas permis d'admettre des novices, à supposer qu'il s'en fût présenté.

Celte situation, du reste, n'était pas spéciale au seul couvent d'Hiverneau ; bien d'autres communautés périclitaient aussi, pour une cause ou pour une autre, et un arrêt du Conseil, du 23 mai 1766, avait ordonné la création d'une Commission chaînée de prendre les mesures nécessaires \ Cette Commission avait posé en principe que chaque communauté devait, avant tout, représenter les lettres patentes qui avaient autorisé son établissement. Or, Hiverneau avait, pendant près d'un siècle, cessé d'avoir des religieux. En y installant les chanoines de Friardel, Bonlemps avait négligé, paralt-il, d'obtenir du pouvoir royal une consécration suffisante, quoique des lettres

1 • Etablie par arrêt du Conseil d'Etal du 31 Juillet 1766, cette Commission se composait de cinq archevêques ou évêques et de cinq conseillers d'Etat. Elle figure aux Àlmanachs royaux sous le titre de t Commission pour l'examen des réguliers.

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