‹ Une académie sous le DirectoireChapitre 43 sur 54 · Carnot fut de nouveau exclu de l'Institut en · texte numérisé non relu

Carnot fut de nouveau exclu de l'Institut en

rinslitutde la volonté arbitraire du gouvernement. Seul, il se rappela les déclarations solennelles qui avaient retenti dans les deux Conseils législatifs au moment de la fondation de l'Institut. Seul, il comprit qu'une société scientifique et littéraire n'est rien et ne peut rien, si elle n'est pas indépendante et libre. Il publia sur cette question jusqu'à trois mémoires. 11 fit sans doute rougir de honte ses confrères; mais il ne parvint pas à leur donner un peu de sa fermeté.

Nous avons vu queRaynal n'avait fait que paraître sur la liste de l'Institut. Élu le 10 décembre 1795, il envoya sur-le-champ sa démission au ministre de l'intérieur, qui la notifia à l'Institut le 18 janvier suivant. 11 mourut un mois après (6 mars 1796).

Son successeur fut Bouchaud. C'était un professeur de droit romain. Il se montra laborieux à l'Institut^ mais toutes ses communications roulent sur des points d'histoire romaine, ou plutôt de droit romain. C'est plutôt un érudit qu'un philosophe, et plutôt un érudit en droit romain qu'un érudit en histoire. Il ne faut pas s'en plaindre, car le droit est la moitié de l'histoire, et le droit romain est plus que la moitié de l'histoire romaine.

Sa première lecture est du 2 fructidor an VI.

C'est une dissertation Sur les colonies romaines et les municipes. Il lut ensuite un extrait de son Histoire mtmismatiqtie de la législation romaine. Puis vinrent des récherches historiques Sur la police des Romains concernant les grands chemins, les rues, les marchés; un mémoire Sur le code d-Alaric, lu le l!2 nivôse an VII, un mémoire Sur la morale de Cicéron ; cette fois Bouchaud s'efforce d'être plutôt im moraliste qu'un jurisconsulte; un autre, dans le même esprit, Sur Épictèle; un long et curieux mémoire, qui occupa deux séances, Sur V autorité et Vusage des inscriptions dans la, législation romaine. € Pompée ayant élevé un temple à la Victoire voulut y mettre son nom, avec l'énumération de ses dignités. Il fut arrêté par un doute : Fallait-il écrire tertium ou tertio consul? Il consulta les savants, absolument comme un de nos rois aurait consulté l'Académie des inscriptions; mais les savants se récuserentousediviserent.il eut recours à Cicéron, qui trancha la difficulté comme un oracle en proposant .d*écriTe III consul, ce qui fut fait. » Bouchaud avait, dans l'espace de cinquante ans, composé dix mémoires, sous ce titre général: Recherches historiques et critiques sur les Édits des magistrats romains. Il avait publié les sept premiers dans le recueil de l'an-

cienne Académie des inscriptions ; et il inséra les trois autres dans le recueil de la seconde classe, prouvant ainsi une fois de plus que la section d'histoire, par sa composition, aurait été mieux placée dans la troisième classe que dans la seconde.

Il y avait deux frères Anquetil, un calme et un agité, qui furent tous deux de l'ancienne Académie des inscriptions. L'agité parcourut le monde, fut un grand orientaliste, et vécut, au milieu de Paris, comme un anachorète. Le calme resta chez lui, comme un bon religieux et un bon curé, et n'eut de commun avec son frère que de travailler dix heures par jour jusqu'au dernier moment d'une longue vie. C'est le nôtre; il. avait fait une bonne Histoire de la ville de Reims, qui fut son début, et il finit par une Histoire universelle, commencée à quatre-vingts ans, et qui n'a pas moins de quatorze volumes. Tous ses écrits, excepté celui-là, roulent sui' l'histoire de France. Le plus célèbre est intitulé: U Esprit de la ligue, ou Histoire politique des troubles de France pendant les x\V et xvu* siècles. Gomme il ne cessait jamais de travailler, et de travailler sur le même sujet, quand il fut membre de l'Institut, il lui apporta beaucoup de communications sur l'histoire de France : Mémoire sur la paix

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de Westphalve; L'Europe avant la paix de Westphalie ; Coup d'œil sur les anciennes relations de la France ; Les Gaulois et les Druides avant et depuis Vinvasion des Romains. Anquetil fit en outre un long travail commencé pour l'ancienne Académie des inscriptions, et qu'il continua plus tard pour la seconde classe de l'Institut; c'est encore l'histoire de France, mais l'histoire envisagée au point de vue du progrès des sciences et des lettres. Les deux académies avaient mis plusieurs fois ce sujet au concours; Anquetil entreprit d'analyser les mémoires des concurrents, et d'en extraire tout ce qui avait quelque valeur. Il fallait un patient et un laborieux pour entreprendre une pareille tâche, et un historien pour la bien remplir.

Dacier n'était pas à beaucoup près aussi laborieux que le sage et modeste Anquetil, mais il était, par -dessus tout, ainsi que lui, un membre de l'ancienne Académie des Inscriptions resté fidèle à sa vocation. Il avait été l'élève et le collaborateur des frères Lacurne, l'élève, le collaborateur et l'ami de Foncemagne ; il était, depuis 1782, le secrétaire perpétuel de l'Académie, etil le redevint quand l'Académie et la charge furent rétablies. Il déploya même en cette qualité beaucoup de dévouement, mais il ne

lut jamais très actif dans la seconde classe. Il regrettait la monarchie, et la classe était républicaine. Il se trouvaitcomme dépaysé dans une compagnie où l'histoire n'occupait qu'une très petite place. Lors de la suppression de l'Académie des inscriptions, et dans les saisies ou perquisitions dont cette suppression fut accompagnée, il avait perdu les manuscrits d'une édition de Froissard à laquelle il travaillait depuis longtemps. Toutes ces circonstances expliquent un peu de langueur pendant son séjour dans la classe des sciences morales et politiques. Il succéda, en 1800,à Legrand d'Aussy, comme garde des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et retrouva aussitôt pour ces nouvelles fonctions, Tardeur qu'il avait déployée dans la place de secrétaire perpétuel. A partir de l'anX, il fit partie duTribunat. Il fut consulté l'année suivante sur la réorganisation de l'Institut, réorganisation dont le principal caractère fut la suppression de la classe des sciences morales et politiques. Loin de s'opposer à celte suppression, il fut l'un des premiers à la conseiller. Il semble que les membres de l'Académie des inscriptions aient été particulièrement hostiles à la fondation d'une classe des sciences morales et politiques. Gaillard , qui fut élu en même temps

que Dacier, était aussi un ancien membre de l'Académie des inscriptions. Nous avons vu qu'il donna un prétexte pour ne point accepter son élection dans la seconde classe, ce qui ne Tempecha pas de rentrer en janvier 1803 dans l'Académie des inscriptions rétablie.

Legrand d'Aussy, qui fut élu à sa place dans la section d'histoire, n'y fut appelé que le 24? mai 1 798. C'est l'auteur de V Histoire de la vie privée des Français. Il mourut le 6 décembre 1800. Il ne fit donc partie de la classe que pendant deux ans et demi. Mais pendant ce court espace de temps, II fit à la classe ciiiq importantes communications. La première est de thermidor an VI (août 1798). C'est une notice Sur Vétat de la marine en France au commencement du XIV siècle et sur la tactique navale usitée alors dans les combats de mer. Il lut ensuite un mémoire Sur les anciennes sépultures nationales et les ornements extérieurs qui en divers, . temps y furent employés^ sur les embaumements^ sur les tombeauûè des rois francs dans la ci-devant église de Saint-Germain-des-Prés, et sur unprojet de fouilles à faire dans nos départements. Le titre est long; le mémoire l'est aussi^mais il est extrêmement intéressant à lire, il amèiie un grand

nombre de faits, de renseignements, d'anecdotes, et, chemin faisant, des attaques contre le fanatisme religieux. Ce grand travail archéologique vient immédiatement, dans le second volume du recueil de la classe, avant les deux rapports de Baudin des Ardennes sur les funérailles des membres de l'Institut, et leur sert en quelque sorte d'introduction.

Legrand d'Aussy communiqua l'année suivante, (le 22 frimaire au VII), un mémoire sur l'ancienne législation de la France, comprenant laloi salique, la loi des Wisigoths^ la loi des Bourguignons. Il communiqua en l'an VIII un Voyage d'outre-mer fait en 1432 et 1433, avec le retour par terre^ par Bertrandon de Brocquière^ seigneur bourguignon. Legrand d'Aussy en avait modifié le style autant qu'il le fallait pour le rendre intelligible, et Tavait fait précéder d'une introduction sur les voyages écrits en français, ou dans le langage qui en tenait lieu antérieurement au quinzième siècle. L'introduction est fort érudite ; le voyage est rempli de renseignements curieux sur les mœurs, les usages et les intérêts politiques des différents peuples de TAsie et de l'Europe. L'Institut a tout publié, l'introduction et le voyage, dans le cinquième volume

de ses mémoires. Enfin Legrand d'Aussy lut, peu de temps avant sa mort, deux mémoires, l'un sur y Établissement des dîmes en faveur du clergé, et l'autre sur les Pèlerinages en France.

Les membres non résidents delà section d'histoire étaient de Koch, à Bouxwiller, Gautier de Sibert, ancien membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui refusa la place qu'on lui offrait ; il s'était retiré à Tonnerre, son pays natal, où il mourut en 1797; Senebier à Çenève, élu en remplacement de Gautier de Sibert; Gudin àAvallon; Jean-JacquesGarnier, àSaint-Germain ; celui-ci avait étémembrede l'ancienne Académie des inscriptions, et devint membre résident de la nouvelle en 1803; Gaillard, associé non résident^ après avoir refusé d'être membre résident, membre de l'ancienne Académie des inscriptions et de l'ancienne Académie française; rentré, en 1803, comme membre résident, dans l'Académie des inscriptions (troisième classe de l'Institut); Jean-Pierre Papon, à Riom. Papon mourut le 15 janvier 1803, huit jours avant la classe dont il était membre.

De Koch et Papon sont les seuls membres non résidents dont on retrouve la trace dans les mémoires de la classe.

. De Koch* est l'auteur, du Commentaire sur la sanction pragmatique germanique, et de plusieurs autres ouvrages importants sur le droit canon et l'histoire diplomatique. Il était protestant, ce qui ne l'empêche pas d'être cité par les auteurs catholiques comme une autorité considérable. Il avait rassemblé, autour de la chaire de droit qu'il occupait à Strasbourg, de nombreux élèves venus de l'Alsace et de l'Allemagne. Il fit partie de l'Assemblée législative et plus tard du Tribunàt. Ses opinions franchement monarchiques le firent jeter en prison sous la Terreur; il fut un des députés que le 9 thermidor délivra. Il lut à l'Institut, le 22 germinal an VIII, des observations Sur Vorigine de la maladie vénérienne et sur son introduction en Alsace et à Strasbourg. On y trouve de curieux renseignements sur la prostitution et la police des maisons de prostitution à Schlestadt et à Strasbourg, et sur les ouvrages rares et anciens sur le même sujet dont il se trouvait des exemplaires dans les bibliothèques du Bas-Rhin.

4. Né à Bouxwiller (Bas-Rhin), le 9 mai 4737, il mourut à Strasbourg le 25 octobre 1813. Les professeurs, ses collègues, lui ont fait ériger un monument en marbre blanc dans le temple de saint Thomas à côté de ceux de Schœpflin et d'Oberlin.

. De Koch lut aussi, randce suivante, un mémoire Sur une société littéraire établie à Strasbourg vers la fin du XV' siècle et au commencement du xvl^

Il existait en même temps une société littéraire à Schlesladt, fondée, comme celle de Strasbourg, par Wimpheling. Érasme Tut présenté à la société de Strasbourg pendant son séjour dans cette ville, et resta en correspondance avec elle. Lui-même était à la tête de la Société littéraire de Bâle. Ces sociétés littéraires étaient ce que nous appelons à présent des académies. De Koch attribue à Tinfluence de la société littéraire de Strasbourg la rapidité avec laquelle la réforme religieuse se propagea en Alsace au commencement du xvr siècle.

Papon* avait appartenu longtemps à l'Oratoire. Il le quitta sans aucun dissentiment politique ou religieux, et uniquement pour se livrer avec plus de liberté à ses travaux et aux nombreux voyages qu'ils exigeaient. On a de lui de nombreux écrits, enlr' autres une bonne Histoire de Provence^ une Histoire du gouvernement français^ depuis l'assemblée des notables jusqu'à la fin de 1788, une Histoire de la Révolution^ qu'il laissa en manus-

1. Né à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) en janvier 1734, mort à Paris le 15 janvier 1803.

crit, et que son frère publia sous la Restauration, douze ans après sa mort. Elle ne forme pas moins de six volumes.

Nous avons vu que le ministre des relations extérieures avait, sur la demande de la classe, fait fouiller les archives de Gênes pour y trouver des renseignements sur les guerres et les intérêts politiques des Français au delà des monts et sur le commerce des Génois dans le moyen âge. La commission qui rédigea le prograinme des recherches était composée de Bouchaud, de Lisle de Sales, Lévesque et Papon. Elle mit entre les mains de Papon tous les documents que les Génois lui firent parvenir, et Papon en tira les éléments d'un mémoire Sur le commerce et la navigation des Génois depuis le IX* siècle jusqu'au Zf F". On y trouve des détails sur leurs importations et leurs exportations, sur leurs moyens d'échange, les droits de douane, la fixation des poids et mesures, la valeur des monnaies. L'auteur suit la route des différentes marchandises depuis les Indes, à travers le golfe Persique, jusqu'à la Méditerranée. Ce travail, qui fut lu à la classe en Tan IX, ne l'empêchait pas d'écrire la même année des recherches Sur la peste et les m,oyens de s'en préserver y et de publier la

cinquième édition de son livre sur VArt du poète et de Vorateur. Quoiqu'il fût seulement associé, il déployait dans la classe autant d'activité qu'un membre titulaire, et son nom se trouve fréquemment mentionné dans les procès-verbaux. Il mourut en 1803.

La section avait proposé, en l'an V, la question suivante :

« Recherches et observations sur la marche de l'esprit public en France depuis François I" jusqu'à la convocation des états généraux de 1789. » Le prix devait être décerné en l'an VIL Le concours étant demeuré sans résultat, la section donna plus de précision à son programme en le rédigeant de cette façon : « Quelles causes ont développé en France l'esprit de liberté depuis François P" jusqu'en 1789? > Le prix fut décerné en l'an IX. Ce fut un graveur, Nicolas Ponce, qui l'obtint*.

La section avait donné en l'an X le sujet que voici :

« Quelle a été l'influence de la réformation de Luther sur la situation politique des différents

1. Nicolas Ponce a été nommé correspondant de TAcadémie des beaux-arts le 14 juillet 1827.

392 UNE ACADÉMIE SOUS LE DlllECTOlRE.

États de l'Europe et sur le progrès des lumières? » Le prix fut obtenu par Charles Yillers; mais comme il ne fut donné qu'en l'an Xll, ce n'est pas par la classe des sciences morales et politiques, c'est par la classe d'histoire et de littérature ancienne que le concours fui jugé.

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