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vendémiaire, an iX

2. 27 vendémiaire, an IX. Cette dispostion fut votée, mais elle ne fut pas appliquée.

. 3. 27 prairial, an VU.

prima les sentiments qu'inspiraient à tous les honnêtes gens l'indécence des inhumations, et rhorrible état des cimetières. Ce n'étaient pas seulement la piété et les convenances qui étaient blessées ; la santé publique courait les plus grands dangers. La première fois qu'on vit passer l'Institut en cortège, accompagnant le convoi d'un de set. membres (c'était le 13 brumaire an VII, aux funérailles de de Wailly), il y eut comme un sentiment général de délivrance; il sembla à la population parisienne qu'elle échappait à la barbarie et revenait aux usages des peuples civilisés. Le ministre de l'intérieur pria l'Institut d'ouvrir un concours, dont son département ferait les frais, pour rechercher les moyens de rétablir la décence et la solennité des funérailles, le bon ordre et les précautions les plus élémentaires de l'hygiène dans les cimetières. Quarante mémoires furent envoyés. Le rapport fut fait, au nom de la commission mixte, par Desessart, membre de la première classe, section de médecine et de chirurgie; et le prix fut décerné dans la séance publique du 15 floréal an IX. Il était partagé par égalité entre Mulot et Amaury Duval, et, en raison de cet ex œquo, le ministre en doubla la valeur. Amaury Duval lut depuis membre de

l'Institut. Mulot était ua aucien prieur de l'abbaye de Saint-Yiclor, qui avait abjui^ la prêtrise, s'étail marié, et avait fait partie de la Commune de Paris et de l'Assemblée législative, où il votait avec le parti modéré.

Si on réfléchit, on verra qu'il restait bien peu de temps dans les classes pour les lectures. On avait établi que chaque lecture serait fisdte deux fois : une première fois tout d'une haleine, sans aucune interruption, pour qu'on se pénétrât bien de l'ensemble des idées de l'auteur. On prenait ses notes silencieusement, et, à la seconde lecture, on pouvait interrompre pour faire ses remarques. Ce procédé, aussi judicieux que fastidieux, avait pour résultat de diminuer de moitié le temps déjà trop coure attribué aux lectures. On avait pensé dans les commencemenls à publier dans le recueil de la classe tout ce qui était lu; il y eut des propositions pour y insérer, outre les mémoires communiqués par des membres de la classe, les ouvrages couronnés, et même ceux qui n'avaienl obtenu que des accessits ou des mentions honorables. Mais il fallut compter avec les nécessités du budget, et peut-être consentit-on, sans trop en convenir, à se préoccuper de l'insupportable ennui

auquel on condamnerait les lecteurs de la collection. On résolut donc de faire des choix. Il y eut trois catégories : les mémoires insérés en entier dans le recueil, les mémoires publiés séparément, et les mémoires publiés seulement par extraits. Cette troisième catégorie fut immédiatement modifiée par l'usage, et les extraits furent remplacés par une analyse. En vertu de cette résolution, chaque lecture fut suivie d'un scrutin, pour décider, d'abord, si le mémoire serait lu en séance publique, ensuite, s'il serait publié à part ou dans le recueil, enfin s'il serait tout simplement analysé. Ce règlement fit de la vie d'un membre de l'Institut une bataille continuelle; il fallut être prêt dans chaque séance à donner e à recevoir des coups. On se souvient des plaintes mélancoliques de Bernardin de Saint-Pierre, qu'on excluait, disait-il, non seulement des séances publiques, mais des lectures dans les séances ordinaires. Notons en passant qu'on l'excluait au profit de deLisle de Sales. II est évident, vu le peu de temps qui restait, qu'il fallait être désigné pour faire une lecture en séance ordinaire. On s'inscrivait à l'avance ; l'ordre des inscriptions n'était pas suivi. Je n/ vois pas trace dans les procès-verbaux de scrutins

448 UNE AGADÊMIR SOUS LE DIUECTOIRE.

pour les tours de lecture. Le bureau avait quelque latitude à cet égard. Il y eut un moment où la seconde classe fut obligée de commencer ses séances à cinq heures et demie au lieu de six heures^ qui était l'heure réglementaire, pour écouler les lectures arriérées.

Le bureau, qu'on avait voulu réduire à rien, reprenait peu à peu, par la force des choses, une importance considérable. Le secrétaire, sous prétexte de rendre compte des travaux de ses confrères, les jugeait. Nous avons vu que de Lisle de Sales ne voulut pas y consentir. Il fit tant de bruit, il se plaignît si amèrement, qu'on le chargea de résumer lui-même ses travaux. Ces résumés faits par autrui peuvent fort bien n'être qu'une trahison, disait-il. Quand la trahison est involontaire, elle n'en est que plus fatale pour l'œuvre défigurée. Et il ajoute modestement qu'une gravure médiocre ne donnera jamais l'idée de la Transfigiiraiion ou du Moïse.

Les chefs-d'œuvre de de Lisle de Sales et de ses confrères n'étaient pas coniiés par la classe à des abrévialeurs trop médiocres. Il y avait trois sortes de rapports, faits tous les trois par les mêmes secrétaires et qui, ayant les mêmes auteurs et à

peu près la même destination^ se confondaient souvent l'un dans l'autre. D'abord l'Institut était obligé par la loi organique de rendre compte de ses travaux au Corps législatif une fois par an. Les secrétaires de chaque classe se réunissaient pour rédiger ce rapport annuel. Ils le soumettaient, dans le courant de fructidor, à la classe, qui le discutait, et pouvait le modifier. On le portait ensuite à rassemblée mensuelle, où il était définitivement adopté par tout l'Institut. Gela fait, le président en exercice écrivait aux présidents des deux Conseils pour prendre leurs ordres, et, le jour fixé, il se présentait à la barre, accompagné des bureaux des trois classes. C'était là le rapport solennel.

En outre, à chaque séance publique, un des deux secrétaires de chaque classe donnait lecture d'un rapport sur les travaux du trimestre. Enfin chaque classe publiait un recueil de ses mémoires, et plaçait en tête de chaque volume l'analyse, faite par les secrétaires en exercice, de ceux des mémoires qui n'avaient pas été désignés au scrutin pour être publiés in-extenso. Le recueil de la seconde classe forme, en tout, cinq volumes. Le premier volume ne contient pas de rapport des secrétaires, parce que l'article du règlement qui prescrit cette publication

n'était pas encore en vigueur. Le compte-rendu du second volume est signé par Le Breton, celui du troisième volume par Champagne, les deux autres ne portentpas de signature. Leséliminations devenaient de plus en plus nombreuses, à mesure que l'Institut comprenait que tout mémoire n'est pas bon à lire, et que tout mémoire lu n'est pas bon à publier. Le premier volume ne renferme que des mémoires lus en l'an IV, le second des mémoires lus en l'an V; mais le troisième comprend l'an VI et l'an VII, et les deux autres vont de l'an VIII jusqu'à la suppression de l'Académie, c'est-à-dire jusqu'au i*'trimestre de l'an X[ inclusivement.

Nous avons la liste des secrétaires de la seconde classe avec la date de leur nomination, et quoiqu'il y eût toujours deux secrétaires à la fois, nous savons très bien par qui ont été composés et lus publiquement les rapports trimestriels. Il y eut, en tout, vingt-six séances publiques. Le Breton, qui ouvre la série par trois rapports successifs (les deux derniers trimestres de l'an IV et le premier trimestre de l'an V) a fait, pendant la durée de la classe, cinq rapports publics. Le rapport du deuxième trimestre de l'an V est de Talleyrand, qui n'a fait que celui-là. Champagne a fait quatre

rapports ; Lacuée en a fait deux ; Ginguené deux, Lévesque et Daunou chacun six. Aucun d'eux, on en conviendra, n'était au-dessous de sa besogne.

Le Breton n'a pas laissé un grand nom comme écrivain ; on ne peut citer de lui aucun ouvrage considérable ; mais c'était un rapporteur excellent, plein de bon sens, mettant chaque chose en sa place, avec méthode, précision et sobriété. C'était, en un mot, un académicien sans grand éclat, mais un secrétaire de premier ordre. Il fut, quelques années après, le premier des secrétaires perpétuels de l'Académie des beaux-arts.

La classe, malgré ses travaux et ses services, fut accusée d'avoir moins produit que les deux autres classes. On pourrait répondre que les découvertes, d'ailleurs vraiment admirables, de la première classe, frappaient davantage les esprits positifs, et que les poésies et les œuvres d'art, si singulièrement accolées dans la troisième classe aux dissertations des antiquaires et des grammairiens, charmaient les esprits frivoles. Des mémoires sur les facultés de l'âme humaine, sur la jurisprudence, sur l'économie politique, sur des points obscurs d'histoire et de géographie, n'intéressent en général que les savants. Quoique l'accusation ne se pro-

duisit que dans des gazettes littéraires et des écrits anonymes, et qu'un grand corps dédaigne ordinairement de répondre à des pamphlets, Charles Lévesque, qui fut rapporteur pour le premier trimestre de l'an X, jugea à propos d'y faire allusion publiquement. € La classe, dit-il, n'a que trente-six membres, tandis que la première en a soixante, et la troisième quaranle-huit. Elle n'a pas de membres oisifs. Elle en prête toute une moitié au bien de l'État, et cette moitié n'est pas celle qui mérite le moins la reconnaissance des Français. t>

Lévesque avait raison ; la classe travaillait. Un demi-siècle plus tard, on porta contre elle une accusation infiniment plus grave : on l'accusa d'àvoir eu peur de sa propre tâche. On prétendit qu'avant d'être détruite par le despotisme ombrageux de Napoléon, elle s'était elle-même réduite à l'impuissance en désertant sa mission. C'est le président même de l'Académie des sciences morales qui avait écrit ce réquisitoire contre la classe de l'Institut dont l'Académie des sciences morales est l'héritière directe. Ce morceau a été fort opportunément supprimé à la lecture et dans le texte publié par l'Académie. 11 est de Tocqueville. Le voici. On conviendra, après l'avoir lu, qu'il est bien

rare de trouver accumulées en quelques lignes tant d'injustices et d'erreurs.

< L'ancien régime, qui traitait les sciences morales et politiques comme une occupation ingénieuse et respectable de l'esprit humain, ne permit jamais que ceux qui les cultivaient pussent se réunir en Académie. La dictature révolutionnaire, qui de toutes les dictatures est la plus ennemie de la liberté, les étouffa. Elles triomphèrent un moment, après la Terreur.

> Le premier Consul, qui personnifiait et continuait à sa manière la Révolution française, mais qui n'en était pas moins l'un des plus grands adversaires que la liberté ait jamais rencontrés dans le monde, le premier Consul ne tarda pas à voir d'un très mauvais œil la classe des sciences morales et politiques... Quoique composée de personnages fameux, elle ne songeait qu'à se faire oublier... En histoire philosophique, elle s'occupait du gouvernement de la France sous les deux premières dynasties ; cela ne semblait pas devoir la compromettre. Cependant, pour plus d'innocence encore, elle crut devoir remonter jusqu'aux Pharaons ; on la trouve employant sa dernière séance à écouter M. de Volney, chargé, dit le procès-ver-

bal, de donner des renseignements intéressants sur les tuniques des momies égyptiennes.

» En morale, M. Dupont de Nemours lisait des mémoires sur Tinstinct, lequel étant commun aux hommes et aux bêtes, ne pouvait guère inquiéter le gouvernement.

) En économie politique, on s'occupait de la cruç et de la diminution journalière de la Seine.

» Et en politique, on ne s'occupait de rien.

» Le public la traitait un peu comme elle se traitait elle-même. On ne voit figurer dans ses derniers procès-verbaux que le titre d'un seul ouvrage de quelque étendue, dont il lui fût fait hommage; il est intitulé : Cours de morale à Vusage des jeunes demoiselles^ par le citoyen Almaric.

» L'Académie eut beau se faire toute petite; l'œil de Napoléon l'aperçut dans cette ombre où elle s'était jetée. »

Rien de plus piquant que ce tableau, et rien de plus fantaisiste.

M. de Tocqueville cite quelques mémoires, cinq ou six tout au plus, parmi les nombreux mémoires lus à la seconde classe. Il choisit ceux qui lui paraissent les plus insignifiants. Le sont-ils? La classe s'occupait des antiquités de l'histoire de France.

C'est un sujet de quelque intérêt, et peut-êlre était-il plus que jamais à propos d'y songer dans un temps où Ton affectait de rompre avec toutes les traditions du passé. Ce n'est pas Alexis de Tocqueville qui peut reprocher sérieusement aux membres d'une société savante de faire des études sur l'ancien régime de la France. Volney rendait compte des momies égyptiennes, parce qu'il avait été en Egypte, et parce que l'Égyple, grâce à l'expédition de Bonaparte et à l'Institut qu'il avait fondé, était devenue, pour les savants et même pour les ignorants, l'objet d'une curiosité ardente. Dupont de Nemours lisait des mémoires sur l'instinct. Le sujet, comme tous les sujets d'observation psychologique, est plein d'intérêt, et digne en tout temps d'occuper l'attention des savants et des philosophes. Il avait intitulé son travail : Mémoire sur la sociabilité et la moralité des chiens, des renards et des loups. 11 le lut en séance publique. C'est lui aussi qui avait lu un mémoire intitulé : Pourquoi la plupart des chemins sont tortus, et pourquoi il est rare que les hommes et les gouvernements marchent droit. Ce titre est celui d'un pamphlet, et Dupont, le meilleur des hommes, s'était efforcé, pour cette fois, d'être méchant. Il

n'y réussit pas ; je Ten félicite. Son mémoire avait la politique pour objet, ce qui ne s'accorde pas avec les critiques de Tocqueville. Le titre, je l'avoue, est ridicule ; c'est un des travers de l'époque ; maislefond dumémoireest digne d'une académie, et d'une académie qui n'a pas peur des sujets sérieux. Je ne m'étonne ni ne me plains qu'en économie politique, on se soit occupé de la crue et de la diminution de la Seine. Toutes ces critiques de Tocqueville sont bien superficielles, et peu dignes d'un savant de premier ordre tel que lui. Mais ce qui étonne surtout, c'est ce choix qu'il a fait de cinq ou six mémoires donnant [lieu à des plaisanteries vulgaires. En lisant les procès-verbaux qu'il a eus entre les mains, je vois qu'on traitait dans les séances de la classe, ou publiques ou privées, de la liberté du commerce des grains, du crédit public, de la dette nationale *, des moyens de remplacer l'impôt territorial par un droit sur les héritages % des intérêts commerciaux de la France et de la Russie ^ de la légitimité des emprunts publics dans un État républicain*, du droit des pères de famille, des limites

i. Dyanière.

. 2. Duvillard.

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