SÉANCE DU 4 JUILLET
Présidence de M. le D' Dumont.
Le Secrétaire général donne lecture du procès-veiiml de la dernière séance, après quoi le Secrétaire-bibliothécaire présente les publications reçues pendant le dernier mois.
Le Secrétaire général lit sous le titre de Miscellanées de zoologie locale, des observations sur les lépidoptères observés en Anjou depuis les indications qu'il avait données dans la préface du catalogue publié par H. ToupioUe. Sauf trois espèces , toutes celles qu'il avait alors signalées dans cette liste complémentaire ont été retrouvées à peu de distance de notre ville. Il vient y cgouter aigourd'hui la découverte toute récente du DeUophyla Uneata à la Bauroette et fait
à cette occasioD coanaitre quelques détails curieux sur les mœurs de cette espèce, n indique uœ station pour une autre espèce également omise dans le catalc^ue VAnlkocaris beUia. Après avoir donné quelques explications sur un nouveau mode de cliasse pour les espèces nocturnes de lépidoptères et avoir fait connaître également un nouveau moyen pour recueillir abondamment et fiicilemenl les très petites espèoes de mollusques des genres Hdix, VUrina^ Pupa, Carychiwnj etc., il passe à une étude spéciale sur le Arerdea AWa (la véritable grande aigrette) de Yieilloti Temroinck» Degland, etc., et démontre que le prétendu héron blanc de Linné, Buffon, Belon, etc. , n'était autre que la grande aigrette privée de sa parure de noce. C'est un individu en cet état que possède le musée d'Angers, comme ayant été tué il y a peu d'années près de la Bohalle. C'est donc une espèce à syouter à notre faune ornithologique.
Ce travail est renvoyé à la Commission.
H. Bouché fait un rapport sur un cadran solaire présenté à la Société par M. Hy, instituteur primaire à Bossé. L'inveuteur est parvenu par une heureuse combinaison de courbes inverses^ sur lesquelles se projette l'ombre du style, à obtenir l'indication de divers points donnant le temps moyen. M. Bouché conclut à des remerciments qui seraient adressés à l'auteur, et motivés par la persévérance dont il a fait preuve dans ce travail ainsi que par les résultats qu'il a obtenus, lorsqu'il se trouvait réduit à des études solitaires et à des moyens d'exécution tout personnels. Cette conclusion étant admise , M. le Président charge M. Bouché d'être l'inlerprèle de la Société vis à vis de M. Hy.
M. Boreau donpe lecture d'une notice de M. Génevier qui contient la description d'une nouvelle espèce de Viola à pétales presque nuls , récoltée dans les sables des bords
de l'Océan, département de la Vendée. M. Génevier a pu rétudier à loisir, Fayant semée dans son jardin èi Mortagne , et a reconnu la fixité des caractères qui la distinguent des autres espèces de la section des mdanium.
Cette notice est renvoyée au comité de rédaction.
H. Quris lit comme complément de ses Études antérieures un travail sur le réalisme dans le roman de mœurs et se livre à une analyse critique et toute spéciale à cette occasion du livre intitulé : Jf"" Bovary. Il déplore éloquemment les tendances fatales d*une littérature qui , par une reproduction par trop fidèle de quelques types exceptionnellement vicieux, tendrait à faire supposer par une disposition trop naturelle de notre époque à la généralisation, que la société moderne est descendue à un état de dégradation qui peut être considéré comme la loi commune, ce qui, par cela même ^ pourrait tendre à rendre plus indifférent au spectacle du vice et prédisposerait à moins apprécier la valeur de qualités morales qui sembleraient de moins en moins avoir cours dans le monde.
Les opinions émises par M. Quris, sans être combattues dans leur principe , le sont au moins en ce qu*elles paraîtraient avoir de trop absolu par H. Pagnien, qui demande la parole pour présenter des observations sur les conséquences auxquelles notre honorable collègue paraîtrait, d*après lui, devoir être forcément conduit, en voulant circonscrire la peinture réaliste, quant aux mœurs, dans des bornes trop étroites , plus ou moins abstraites , et en préférant trop exclusivement aux portraits individuels copiés servilement parfois sur la nature, ces portraits complexes, personnalités éclectiques, abstraites ou imaginaires , tels que les savait créer, en vue d*un but défini, Tidéalisme d*autrefois, alors qull régnait seul encore dans son despotisme classique.
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Ce ne sont pas la cradité des tons et la vérité des traits de ces peintures des plaies sociales et morales qui sont véritablement dangereuses et blessantes, ce serait leur gloriBcation , Tattrait et la sorte d^excuse et d*intérét dont on chercherait à entourer ceux qui peuvent en offrir le triste spectacle ; or , rien dans M^ Bovary n'ofifre un pareil danger, selon H. Pagnien, et rien ne parait propre à provoquer d'autres sentiments que celui d'une répulsion plus ou moins forte selon la prédisposition du lecteur pour les foutes et les erreurs qui y sont en quelque sorte photographiées.
Ces objections auxquelles M. Quris vient répondre donnent lieu à une discussion aussi courtoise qu'animée, également spirituelle et vive des deux côtés, et clôt la séance de la feçon la plus agréable pour les témoins de ce combat littéraire.
Le êecriUjUre-ginéral,
T. -G. BÉEAUD.