‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 3)Chapitre 4 sur 95 · EN BELGIQUE · texte numérisé non relu

EN BELGIQUE

I I. — Le SUICIDE COMVE PHÉNOMÈNE SOCIAL.

Ce n'est pas comme acte individuel, mais comme phénomène social que le suicide doit être étudié par nous. Ce qui forme Tobjet même de nos investigations, c'est l'ensemble des phénomènes de suicide qui, ou bien se sont accomplis à un moment donné dans un milieu social donné, ou bien se sont succédé dans le temps.

Ce sont des phénomènes de masses et non des phénomènes individuels que Ton étudie en statistique. Ce n'esl que sous cet aspect que le suicide peut être rattaché à des causes générales, et considéré à part des causes individuelles dérivant des conditions particulières dans lesquelles tout suicidé a mis fin à ses jours, de son caractère, de ses antécédents, de son milieu propre.

Le suicide est un acte volontaire qui s'accomplit suivant un processus psychique, un conftit plus ou moins complexe, long, douloureux de motifs qui échappent à V observation externe : Tobservateur ne surprend que les manifestations extrinsèques d'un phénomène de conscience.

La statistique ne fait que recueillir des caractères extrinsèques

du suicide quand elle réunit des données sur le nombre mode d'accomplissement, la répartition des suicides dam temps et Tespace, suivant le milieu physique ou social, conditions ethniques, civiles, politiques, religieuses, mora mais en considérant ces rapports multiples des phénomè de suicide, les circonstances qui les font varier, augmenl ou diminuant leur fréquence, la statistique peut en gra partie déterminer les lois du processus psychologique intii les prémisses qui ont déterminé ce résultat, en un moi psychogenèâe du suicide.

Quetelet, dès la première édition de son œuvre gén sur Uhomme et le développement de ses factdtés ou Essai physique sociale, publiée en 1834-1835, aboutit, dans son èti du suicide, à cette conclusion qui domine toute sa Physi sociale : a On a pu reconnaître, dans tous las nombres précèdent, une efirayante concordance entre les résultats diverses années qui se suivent. Cette régularité, dans un ; qui paraît si intimement lié à la volonté de l'homme, se re[ sentera bientôt d'une manière frappante dans tout ce qui ti au crime. » La dernière édition de la Physique sociale de 1869; elle renferme des données beaucoup plus consi rables que la première édition, mais la constance du phéi mène à de courts intervalles, d'une année à l'autre, est eno ce qui le frappe le plus profondément, et c'est là que s inscrites ces lignes profondes : « Ce qui précède nous moi que l'homme en général procède avec la plus grande régulai dans toutes ses actions. Qu'il se marie, qu'il se reproduise qu'il se tue, qu'il attente à la propriété ou à la vie de son se blabic, toujours il semble agir sous l'influence de causes dét minées et placées en dehors de son libre arbitre ». 11 protf d'ailleurs contre toute vaine accusation de fatalisme dans lignes qui renferment tout un programme social : « Laiss moi respirer un air pur, modifiez le milieu dans lequel je s forcé de vivre, et vous me donnerez une nouvelle existence

Quetelet n'a pu embrasser que de trop courtes séries phénomènes. Nous disposons aujourd'hui de séries beaucc

plus étendues de ces phénomènes, et si leur constance, à des intervalles rapprochés, nous frappe encore, comme ce maître illustre, les variations qu'ils présentent dans la suite des années, dans le cours d'un siècle, éveillent davantage notre attention. C'est là, en effet, en rapprochant ces variations de celles d'autres phénomènes, que le caractère sociologique d'une telle élude nous apparaît dans toute sa grandeur ; c'est là que nous pouvons apprécier tout ce qu'il a d'irrésistible et de poignant.

Guerry, dans l'admirable introduction de son Atlas de statistique comparée de la France et de r Angleterre^ signale comme les résultats les plus importants atteints par lui, ceux qui sont relatife à Irrégularité dans la production périodique des suicides. II a réussi à établir la distribution de 85,364 suicides compris dans une période de vingt-six ans (1835-1860), et à classer les mois de l'année d'après la progression du nombre des suicides. Divisant en deux périodes les vingt-six ans, il retrouve dans le même ordre, pour ces deux périodes, les mois classés au point de vue du suicide.

Juin en présente le maximum, décembre le minimum.

Le livre de Morsellî, // suiddio, paru en 1879, coordonne et prolonge toutes les recherches statistiques entreprises par Wagner, Oetinggen, etc. C'est la plus riche documentation que Ton rencontre à cette époque. C'est surtout la plus belle ^ la plus vaste application de la méthode comparative. Là ^core, le double phénomène de l'accroissement absolu du nombre des suicides dans tous les états, et de la régularité du phénomène à de courts intervalles, est mis en lumière avec plus d'autorité que partout ailleurs.

L'œuvre de Durkheim, Le Suicide, publiée en 1897, met ^ lumière, elle aussi, l'allure du phénomène, ses tendances (teérales, ses fluctuations importantes; elle analyse les carac- ^, étudie les facteurs cosmiques, anthropologiques et sociaux du suicide, avec une pénétration, une largeur de <^mpréhension qui n'ont jamais été égalées.

L'œuvre de Durkheim est la plus profonde interprétation sociologique du suicide qui ait paru, mais ses données statis-

tiques ne dépassent guère 1890. Il faut placer aussi à un rai très distingué les travaux du IK Wynaents-Francken (1899) du ly Von Mayr.

Le présent mémoire ne peut avoir d'autre objet que l'étu* du suicide en Belgique, en étendant aussi loin que possib les recherches statistiques. Les matériaux que nous avons m en œuvre embrassent la statistique du suicide à Bruxelles dans l'ensemble de la Belgique. Les rapports annuels de ville de Bruxelles, la belle Statistique nosologique du D** Jan sens, ancien chef du bureau d'hygiène, et, pour les vingt-cic dernières années, de vastes et profondes recherches de M. jy Wilmart, le savant directeur actuel de cet important servie nous permettent de reconstituer l'histoire de ce redoutab phénomène, sous ses principaux aspects, dans la capitale ( la Belgique. Grâce à la bienveillance de M. le Ministre ( l'Intérieur et de l'Instruction publique et de son administr; tion, nous avons pu puiser largement dans les recueils m nuscrits relatifs au mouvement de la population, aux suicid et aux causes de décès. C'est ce qui nous a permis d'étudier répartition du suicide en Belgique, et de dresser le cartt gramme qui reproduit le nombre moyen des suicides p; 100,000 habitants dans tous les arrondissements du pay pendant la période décennale de 1891-1900.

§ IL — Classification des influences qui s'exercent

SDR LE suicide.

Le phénomène du suicide, comme phénomène social, de être considéré dans toute sa relativité, c'est-à-dire qu'il de être mis en rapport : 1* avec les autres phénomènes morat étudiés par la statistique; 2* avec toutes les conditions gén^ raies qui peuvent exercer une influence sur ce phénomèn en tant que phénomène social.

La classification générale de ces facteurs reproduit à nu yeux la ciassiHcation hiérarchique des sciences, exprimai Tordre de complexité et de dépendance des phénomènes c

roûivers, de rhomme et de la société humaine. C'est la grande lumière qai éclaire aussi bien les phénomènes de pathologie sociale, comme le suicide, que les phénomènes normaux de h fie collective.

Facteurs mésologiques ou cosmiques du suicide, — Conditions telluriques, climat, température saisonnière, mois, heures du jour et de la nuit.

Fadeurs biologiques. — Caractères anthropologiques et ethnologiques, hérédité, sexe, âge.

Facteurs psychologiques. — Imitation, états psychopa-

Faeteurs sociologiques. — a) Société domestique : état civil, célibat, mariage, veuvage, divorce; b) État social général.

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