‹ Une actrice en voyage, piéce en un acte (volume 4)Chapitre 25 sur 120 · DE ZOOLOGIE ANGEVINE · texte numérisé non relu

DE ZOOLOGIE ANGEVINE

Lorsque cédant à nos instances, un botaniste de cette ?îlle publia en 1856 une liste des Lépidoptères qu*il avait (ri)sefTés dans la banlieue d^Aogers, nous jugeâmes nécessaire, dans rintérêt même de ce travail qui ne sortant pas des données d'un simple catalogue, en avait toute Tari* dite, ainsi que le peu d'attrait pour les personnes étrangères à la science, de le faire précéder par une introduction qui en fil ressortir le mérite, indiquât le champ et la durée des explorations dont il était le résultat et les garanties que pouvait offrir la synonymie. Puis, comme Fauteur n'avait voulu parler que de ce qu'il avait pu voir par lui-même, et qu'il n'avait pu consulter les collections de nos amis, MM. le docteur Bastard et Guitet, nous crûmes que ce pouvait être encore une chose utile pour les amateurs que de signaler à leurs recherches quelquesunes des espèces les plus remarquables échappées à l'auteur du catalogue et sur l'indigénat desquelles nous ne pouvions néanmoins conserver aucun doute.

Cette intervention de notre part, toute bénévole et désintéressée qu'elle pût élro, n'en devint pas moins une occasion de blâme de la part de certaines personnes, mais nous avons dû nous en consoler à mesure que nos indivra. ii*

cations se sont trouvées justifiées par les trouvailles de ceux-là même qui s'étaient voulu montrer le plus disposés à douter.

C'est ainsi que d^autres après nous ont pu vériSer la présence A'Argynnis lucina, Lycœiia bœlka, I. Arion, L. Adonis» Thecla pruni, Syrichtus frilillum, Lasiocampa pruni, Chelonia purpurea, Plusia chrysilis, PL ftslucœ, Thyaiira balis; Anarla MyrtiUi, CalocoUa paranympha.etc. de sorte que le retard n'existe plus en ce moment que pour Syrichtus sao, Aglaope infausta et Argyntds Cinara et encore si A. cinarœ n'a pas élé retrouvé, son indigénat n*en demeure pas moins incontestable, puisqu'il est certifié par trois observations anciennes, la première en date qui nous est personnelle, commune de Bouchemaine, vallon des Landes ; la seconde de M. Guitet, môme commune, vallon de Chautourleau ; la troisième de H. Guérii>*des Brosses, dans un jardin, boulevard du Haras.

Ajoutons que la plus contestée de nos indications, Aglia Tau, pour laquelle nous n'avions que la communication que nous avait faite feu H. le baron Delaage fils, de plusieurs individus pris par lui dans la forêt de Baugé, a été retrouvée à Angers même l'an dernier sur la place du Pilori par notre honorable conh-ère, H. Boreau, qui la re* mit encore vivante n M. Menière fils, jeune amateur, qui, par une vocation spéciale et des études sérieuses, doit faire espérer un entomologiste de plus pour notre Société et un digne continuateur des traditions scientifiques de sa famille. Celte capture peut d'ailleurs s'expliquer en supposant que la chrysalide aura été apportée avec ces fagots de pin dont l'arrondissement de Baugé est en possession de fournir nosl)Oulangers.

Lorsque je rédigeais ma liste des espèces principales qui étaient à retrouver, je crus devoir en omettre une des plus intéressantes, le Deilophyla lineala (sph. lineatus L.)

quoique j*eD eusse vu plusieurs spécimeus, en la posses> sioQ d*un sieur Daburon, amateur zélé, qui affirmait les avoir pris vers le soir sur les chèvrefeuilles en fleur des baies des Champs-St-Harlin ; mais comme ni moi ni aucun des entomologistes que je connaissais, n*avions ni dès lors ni depuis vu celle espèce à l'étal vivant, j'avais cru prudent de la passer sous silence. Or, ce fui bien à tort que je me piquai de tant de délicatesse, car voilà que je puis annoncer aujourd'hui que nous la possédons et même très près de nous. Elle vient en effet d*ôtre capturée par mon petit-flls, Albert Chcux qui, bien qu'il n'ait pas dépassé Tâge où les amusements les plu^ futiles et les plus bruyants sont ceux aussi qui sont les plus cbers à l'adolescence , s'est fait chercheur intelligent et collection^ur adroit de plantes et de papillons. C'est le 26 mai dernier, avant 7 heures du soir, quand le soleil était encore sur l'horizon, qu'il a pris le bel exemplaire que j'ai rbonneur de présenter à la Société, et cela sur un chèvrefeuille en fleur dans le haut jardin de la Baumelte, c'est-à-dire sur le même arbuste, au môme moment du jour, sur la même rive de la Maine el à trois kilomètres seulement de l'endroit, où 40 ans auparavant le sieur Daburon rencontrait la même espèce! Coïncidence dont l'ensemble peut offrir quelque intérêt pour constater la persistance des habitudes de ce lépidoptère.

Si j'ai cru devoir noter avec un soin qui a pu paraître minutieux l'heure et le jour de cette capture, c'est que j'ai pensé qu'ils pouvaient aider à expliquer comment iLpouvait se faire que depuis sa première découverte, celte espèce ail si longtemps échappé aux autres entomologistes. Cela ne proviendrait-il pas en effet de ce qu'elle serait plutôt diurne que franchement crépusculaire, el de ce que les antres sphinx se montrant surtout en août-septembre, on n'en fait la chasse spéciale et cela toujours après le cou-

cher du soleil , que dans ces derniers mois , sur les chèvrefeuilles smipervirens , datura^ cowol^ulus, belles de nuit, etc., alors en fleur. 11 parait du reste que la précocité de cette espèce n^aété remarquée que depuis que Godard écrivait, en 1820, t. 3, p. 42, car il affirmait qu*elle ne paraissait que fin de juillet, et Boisduval est le premier qui dans son catalogue fait suivre Findicalion de juillet de celle de mai.

Puisque je me suis trouvé ainsi conduit à parler de la chasse crépusculaire des sphyngides, qui comprend aussi celle des uoctuélites, je ne veux pas laisser passer cette occasion sans recommander pour ces dernières à nos amateurs la chasse nocturne à la mielliey pratiquée d*abord dans la Loire-Inférieure par H. Ducoudray-Bourgau et importée avec succès dans la Vendée. Elle consiste à eqduire de miel de Bretagne une certaine étendue de la surface d'un tronc d'arbre à 3 ou 4 pieds de terre. Les noctuélites et les phalénites attirés par le parfum du miel (fait qui démontre une fois de plus Texistcnce du sens de Todoral chez ces insectes), s'y viennent reposer en grand nombre, et pour les prendre il suffit de visiter à plusieurs reprises celle tendue pendant la soirée et en dirigeant sur elle la lumière d'une lanterne sourde. Certaines espèces se laissent choir immédiatement dans le filet qu'on tend audessous, et d'autres qui ne bougent pas se peuvent piquer sur place. Des espèces regardées jusqu'ici comme des plus rares ont été prises ainsi en at)ondance et dans un état de fraicheur irréprochable. Cette chasse n*est pas comme on la suppose à tort, nous le croyons, le privilège des amateurs qui résident à la campagne. Ceux des villes peuvent également la pratiquer. Il leur faudrait alors se munir de quelques morceaux de toile imperméable de couleur foncée et garnis de cordons pour être attachés au tronc des arbres. Après les avoir enduits de miel d'un côté, plies et

transportés dans une boite à herborisation, on les attacherait aux arbres en un lieu convenable el on les visiterait dans la soirée ; puis la chasse terminée, ils seraient repliés et déposés en un endroit frais jusqu'à nouvelle excursion. Bien que nous ne sachions pas qu'on ait encore songé à ce moyen, nous croyons devoir le recommander aux amateurs des villes.

Lorsque la miellée peut être laissée en place, on peut y capturer de bonnes espèces diurnes : nymphales, vanesses et satyres.

A propos des diurnes il est un fait qui doit trouver naturellement place ici. Uapaiura tlia jusqu'à ces dernières années n'avait été vu par nous et nos amis que dans les îles do la Loire, St-Jean-de-la-Croix, Béhuard, etc., mais de mémoire d'homme il n'avait été aperçu plus près d'Angers, lorsqu'on 1855 il s'est montré à la fois en plusieurs points autour delà ville; ainsi je l'ai vu à la Baumette et sur les peupliers de la promenade des Champs-Sl*Martin. M. Toupiolle l'a pris près des fourneaux et dans les bois d'Avrillé et cela abondamment. Celte apparition si inattendue persistera-t-elle ? et serait-elle due à ce que la multiplication des peupliers dans les pépinières entre Angers et les bords de la Loire aurait pour ainsi dire fourni des étapes pour l'immigration de cette espèce autour de la ville et ensuite dans les bois d'Avrillé où se trouvaient çà et là des trembles et aulres peupliers?

Au reste nous ne voulons pas terminer ce que nous avons dit des diurnes, sans indiquer aux amateurs une station jusquici unique, nous le croyons, pour Antocharis Belia. Cette espèce, qui figure au nombre des méridionales^ et qui ne se trouve pas au catalogue dont j'ai parlé, a été prise pendant plusieurs années sur les rochers de Dieusiô, près Rocheforl-sur-Loire , par Madame G. desB.

En remontant maintenant l'échelle de l'animalité, pas*

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sons des insectes aux mollusques, pour faire connaître aux malacologistes une sorte de chasse qui peut leur venir puissamment en aide dans leurs recherches des très petites et presque microscopiques espèces des genres zonites^ vitrina, pupa, vertigo etc. Je signalerai particulièrement les hdix fulva et aculeala, deux types unique.^ de ce genre, comme ayant été ainsi recueillies. La première que Ton rencontrait autrefois si abondamment dans le bois d*Avrillé, sous ces grands os de cheval épars çà et là dans les bruyères et qui depuis que la fabrication du noir animal est venue les enlever, était restée introuvable; la deuxième, que j'avais observée une seule fois dans des touffes de neckera viticulosa, sur un frêne en St-Laud, et dont j*avais eu alors de justes motifs de penser que j'avais dû être le premier et le seul découvreur. Notre confrère, M. H. de la Perraudière,^st parvenu à les colliger Tune et Tau Ire en nombreux exemplaires par un procédé fort simple mais dont il est Tinventeur incontestablement. Il place à cet effet des planchettes de 60 cent, sur 30 environ de dimension sur le gazon ou sur des couches de feuilles mortes, dans les endroits qu'il suppose fréquentés par les mollusques, et visite ensuite pendant la chaleur du jour ces sortes de pièges sous lesquels se sont réfugiées toutes ces charmantes miniatures conchyliologiques qu'il ne s'agit plus alors que de détacher avec un pinceau pour ne pas les briser. J'ai reçu de notre confrère un bon nombre d'échantillons des Hdix fulva, œslata, pygmœa, aculeaia, vertigo, pygmœa, etc., qu'il s'était procurés ainsi.

Mais laissons les classes inférieures du règne animal et passons aux vertébrés. Je vous entretenais naguère des reptiles, aujourd'hui quittant la terre et les hôtes immondes qui rampent à sa surface, Je veux vous parler d'un habitant de l'air.

Il existe dans la galerie des oiseaux d'Europe du mu-

sée d* Angers un admirable individu, un héron d*une éclatante blancheur et d'une taille supérieure à celle du héron gris, ainsi qu*on peut s'en assurer en le comparant aux magnifiques échantillons de vieux mâles de cette dernière espèce que possède notre musée. Cet oiseau n'avait encore , paraîtrait -il^ jamais été vu dans notre pays, car l'apparition de celui-ci fut un véritable événement pour les chasseurs d'oiseaux d eau, lorsqu'en 1856, au mois d'avril, il vint s'abattre sur les bords de la Loire et se mit à parcourir ses grèves et ses bouères de Belle- Poule à St-Mathurin. U paraissait du reste se garder avec une grande vigilance, car ce ne fut qu'après plusieurs jours d'embuscade et de poursuites assidues de beaucoup de ces chasseurs, qu'il finit par tomber sous le plomb meurtrier de l'un d^eux qui l'apporta comme un rare trophée au cabinet.

En étudiant cet oiseau on peut s'assurer qu*il répond avec la plus parfaite exactitude à la description que donne Bris&on de son Ardea candida lequel, on le sait d*ailleurs, n'était autre que VA. alba des autres auteurs.

Les dimensions générales et partielles sont les mêmes: Longueur totale du bout du bec au bout des doigts, 4 pieds 2 pouces, du bec, 6 pouces, partie dénudée de la jambe, 4 pouces et demi, des pieds 10 pouces, etc.

De plus, notre sujet d'un blanc pur, uniforme, n'a pas de buppe occipitale, de plumes efiilées au bas du cou, d'aigrette dorsale formée par de longues scaputaires etBlées ; et son bec est jaune orangé, noir au bout, avec l'espace nu au-devant des yeux vert, la partie nue des jambes et les pieds très noirs.

C'est donc bien évidemment comme nous venons de le dire V Ardea candida de Brisson, ardea alba major ^ Willugby, ardea alba major crislâ carens, Rzaczinsky, the greal WhUe héron, Zool. brit., ardea alba, L. avec ta

phrase caractéristique : Capile Icm, corpare albo, rosiro rubro. EnQa c*est le héron blanc de Béloo et surtout celui de BuffoD qui vient clore la liste de cette ^nonyinie des auteurs antérieurs au xix* siècle.

Toute la queslion est donc de savoir si cette espèce, si bien déterminée et reconnue par tant d^auteurs qui sont unanimes, est néanmoins bien légitime, ou si, au contraire, purement nominale, elle doit se confondre dans celle de TÂigrette, la grande et véritable Aigrette, dont le héron blanc ne représenterait alors qu'un état, soit celui du jeune âge, soit celui d'un adulte privé de son aigrette dorsale, rornément de la daison des amours.

Bufibn s'était inscrit d'avance contre cette confusion , mais l'on ne peut s'en étonner, car si l'on étudie bien la description qu'il donne de l'Aigrette, on voit qu'il n'a pas connu la véritable Aigrette avec son plumage de noces , mais qu'il appliquait ce nom à VA, garzetta, c'est-à-dire à la petite Aigrette dont la taille n'excède pas 22 pouces, dont le bec est constamment noir, et qui porte une huppe et un bouquet de plumes au bas du cou, et qui ainsi ne peut sous aucun rappcNTl être en effet rapprochée de notre héron blanc.

C'est Vieillot qui le premier vensnat à faire connaître la véritable Aigrette y voulut réunir le héron blanc comme n'offrant qu'un état accidentel de plumage dû à l'âge ou à la saison. Temminck et Degland l'ont suivi en cela , le premier disant que tous les prétendus hérons blancs qu'on lui a montrés ne sont que la grande Aigrette privée de ses plumes dorsales, de sorte que nous pouvons tenir pour certain que l'oiseau de notre musée est bien la grande Aigrette, A. alba de ces deux auteurs, oiseau auquel manquent les plumes scapulaires qui forment l'aigrette dorsale et caractérisent dans l'oiseau parfait le petit groupe de hérons que les modernes nomendateursônt désignés

sous le nom générique à'Egrelia et qui comprend avec VA, alba, la garzelta, le bubulcus ou verany et le rufulus. Nous hésitons d'autant moins d'ailleurs à adopter cette manière de voir, que notre musée possède un autre grand héron blanc portant une aigrette dorsale très développée et qui, si mal bourré que soit son corps, présente du reste les mêmes proportions et les^mèmes couleurs que le siyet que nous cherchons à déterminer tant dans le cou et le bec, que dans Tespace nu des jambes et dans les tarses.

Ainsi donc on pourra hardiment désormais étiqueter notre espèce sous le nom de il. alba L. Vieillot.

Maintenant si nous ouvrons TOrnithologie de Haine et Loire, nous n*y verrons figurer que VA. garzetta, d*où suit que notre A. alba est venue ajouter une espèce entièrement nouvelle à notre faune, et que sous ce dernier rapport elle nous offre encore plus d'intérêt.

En résumé, on voit que nous venons d'indiquer pour notre faune des vertébrés une espèce nouvelle et deux espèces paiement nouvelles pour les insectes. #

T.-C. BÉRAUl)

(1^ en séance de la -Société Académique, du i juillet 1860).

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