APPARTENANT A LA FLORE DE LA FRANCE
Bien que, depuis le commencement de ce siècle, le genre Rosier ait été le sujet de plusieurs travaux imporlanls, cependant les espèces européennes qui s*y raUachent sont loin d'être suffisamment éclaircies. La faute en doit être attribuée aui auteurs qui, lorsqu'ils voulurent embrasser Tenscmble de ces espèces, furent guidés par un système de réduction contraire à la nature et qui devait augmenter de plus on plus Tobscurité du sujet. Desvaux, dans un mémoire sur les rosiers de la France, publié en 1813. décrivit et figura deux beaux types, mais le reste de son travail n'oflfre qu'un rapprochement incohérent jd'ôlres disparates et de synonymes mal appliqués. Un reproche analogue peut être adressé à la monographie de Lindiey, dont Pronville a donné une médiocre traduction française.
Le Rosacearum monographia publié par Trattinick en 1824, embrasse la totalité des rosiers connus à cette époque, à fleurs simples ou doubles, dont il porte le nombre X. i
à 234 : tout ouvrage descriptif consacré à Thistoire nalurelie doit être susceptible d'analyse, elles caractères qu'il présente doivent être autant que possible comparatifs. Cette qualité manque à l'ouvrage de Trattinick. La belle iconographie de Rédouté elle même n'offre aui botanistes qu'un faible secours, tant ce livre laisse souvent à désirer, soit sous le rapport du teite, soit sous celui des figures.
Lorsque Seringe qui avait fait une étude particulière des rosiers de la Suisse, fut appelé à décrire les espèces de ce genre dans le Prodromus de de Candolle (1825), il suivit malheureusement les errements de ses devanciers, et malgré les précieux matériaux dont il pouvait disposer, il succomba sous le poids de la tâche qui lui était imposée. Le même malheur attend tous les monographes qui tenteront de condenser ce que la nature a séparé.
Cependant les matériaux d'une monographie générale avaient été successivement préparés par un graffd nombre d'études partielles insérées soit dans des traités spéciaux, soit dans diverses flores locales. En Belgique, Lejeune, dans sa flore de Spa, et plus tard Dumortier, décrivirent plusieurs espèces que l'on doit s'étonner de voir complètement passées sous silence dans la flore récente de M. Matthieu et dans le Manuel de M. Crépin. Le premier devoir d'un Aoriste n'est-il pas de soumettre à qne juste critique les travaux de ses prédécesseurs 7 Marschallde Bieberstein, dans son Flora Taurico-Caucasica (1808—1819), fit connaître les rosiers de l'Europe orientale ; Gmelin dans le flora Bade^si-Alsatica (1805 1826) décrivit ceux de la région rhénane ; Rau, dans un traité spécial (Enumeratio rosarum 1816), donna des descriptions fort soignées des rosiers des environs de Wurlzbourg ; deux ans après Dematra étudiait ceux des environs de Fribourg; Besser (Enumeratio plantarum Voihyniae et Podoliae, 1822) décrit 34 tjrpes sauvages, dont 22 espèces sont créées par lui.
En Suède, Pries ; ea Aoglelerre, Smith, Borrer, Voods, Hooker, fournissaient aussi leur contingent.
En 1820, Louis Reichenbacb, l'uti des botanistes les pins recommandables de notre temps, le digne précurseur de récole du progrès,* accumule dans un livre peu volumineux (Flora excursoria) une multitude d*observalions précieuses et décrit 76espèces de rosiers dont il facilite ainsi singulièrement Tétude. Ce beau travail fut dédaigné par Koch, dans son Synopsis florœ germanicœ (1837) ouvrage vanté outre mesure par certains botanistes, et dans lequel le genre qui nous occupe est traité de la manière la plus déplorable.
Los botanistes français ont pendant longtemps semblé hésiter k marcher dans la voie que les savants étrangers avaient frayée. Cependant de Candolle, dans la flore française (1805-1815), avait augmenté le nombre des espèces jusque là décrites; dans sa flore de Haine et Loire (1809* 1812), Bastard avait prouvé qu'il avait étudié soigneusement les rosiers de TÂnjou, et avait établi quelques espèces acceptées par la nature. A Paris, la flore de Tbuillier si longtemps dédaignée des savants, avait ouvert la route : Merat, dans sa Nouvelle flore des environs de Paris (1812), énumère 22 espèces de rosiers spontanés, dont 5 étaient nouvelles. Malheureusement, dans les éditions suivantes, Fauteur qui ne travaillait plus que sur des collections desséchées, abandonna ses premières vues et trouva plus facile do se renfermer dans le cercle étroit des espèces Linnétnncs. En 1818, Léman publie dans le Bulletin philomatique une nouvelle classiflcation des rosiers parisiens, au nombre de 21 espèces. L'absence de descriptions les eût condamnés peut-être à un oubli indéflni, si M. Bureau, possesseur d'exemplaires aulbentiques, n'en eût donné des descriptions qui permettent désormais de les classer avec certitude dans la séri« à laquelle elles se
rattachent. En 1827, Chevallier, dans sa flore générale des environs de Paris, décrit 10 espèces principales, autour desquelles il groupe 26 variétés.
Comment se fait-il donc qu*après tous ces travaux HH. Cosson et Germain, dans leur Flore parisienne (1845), n^admetlent que cinq espèces spontanées dans le vaste rayon qu'ils embrassent ! Le Mémoire de Léman paraît leur avoir été entièrement inconnu.... N'allons point chercher la lumière dans la seconde édition de cette flore : loin d'avoir profilé du progrès accompli dans la science depuis seize ans, ce livre n'en parait ôtre qu'une continuelle négation !
Dans les deux dernières éditions de sa flore de la Normandie , M. de Brebisson mentionne les nombreuses formes des rosiers que produit celle région, mais il entasse la plupart d'entre elles comme variétés autour d'un pelit nombre de types, et n'apporte ainsi aucun secours aux efforts des amateurs qui voudraient se livrer à l'étude do ce beau genre.
Ainsi, les différents travaux des botanistes qui se sont occupés de ce genre ont été jusqu'à ce jour totalement mis de côté par ceux qui s'obstinent à ne pas sortir du cadre restreint des espèces Linnéennes. Comme le dit avec raison M. Boreau dans un de ses Mémoires : « Je ne » puis m'expliqucr sur quel motif ^'appuient les botanistes » qui ne veulent admettre en ce genre que les espèces
• Linnéennes, elles présentent tout autant d'intcrmé- » diaires et de variations que celles qui ont été établies «postérieurement à Linné. L'exlrème' facilité avec la- » quelle ce genre joue dans nos jardins, démontre le peu » de fixité des caractères, mais ne prouve pas la non exis-
• lence des espèces. La nature et lart suivent ici une » marche entièrement opposée. Celui qui aura étudié avec , quelque attention les rosiers de nos campagnes, ne lar-
» dera pas à se convaincre que c*est par un don purement é gratuit, que certains botanistes ont attribué au rosa » eanina une si prodigieuse quantité de variétés. Il recon- B natlra facilement que les différents types distingués » par les auteurs se retrouvent constamment les mêmes, » rt qu'aucune observation positive ne démontre qu'ils • doivent être réunis plutôt à Tune qu à Tautre des es- » pèces IJnnéenncs. Habituons-nous à étudier la nature » telle qu'elle est , et non telle que des auteurs systéma- » tiques t'ont faite dans leurs livres, et soyons persuadés, » en ce qui concerne le genre qui nous occupe, qu'on ne « parviendra pas à le débrouiller , tant que les diverses » formes seront réunies sous le vain titre de variétés (1). » Il n'y a guère que depuis la publication de la 2« édition de la flore du Centre de la France, par M. Boreau, que ce genre a pu être facilement étudié, et je dois même dire que c'est le seul botaniste moderne qui se soit occupé de débrouiller nos espèces litigieuses. En 4844 M. Boreau publie, dans les actes de la Société industrielle d'Angers, quelques observations sur les rosiers indigènes de la France et déplore le dédain avec lequel ce genre est traité dans nos flores. Aussi fait-il un appel aui botanistes, qui fut reçil avec enthousiasme, car cinq années après, il donnait dans la 2« édit. de sa flore l'énumération et les caractères dislinclifs de 61 espèces de roses sauvages pour 28 départements, compris dans son ouvrage. Vers la même époque paraissait la nouvelle flore de France de HH. Grenier et Godron, flore qui, d'après le prospectus distribué en novembre 1846, devait être plus complète que les flores précédentes et mise au niveau des découvertes* de la science moderne. Cependant elle se trouve pour le genre
(1) Bulletin de la Société industrielle d'Angers, 7 janvier 1844 et Extrait, p. 8.
que nous traitons plus arriérée que la flore frauçsâse de De C^ndolle qui décrit 34 rosiers spontanés, tandis que la flore de MH. Grenier %i Godron n'en contient que 23. U y a lieu de penser que les types ont manqué aux auteurs; espérons qu'une étude plus approfondie qu'ils feront de ce genre viendra combler le vide qui existe dans leur flore au moyen du supplément que ces savants botanistes se proposent de publier.
M. Boreau, toujours attentif à la perfection de son livre, après neuf années d'un travail aussi assidu que consciencieux, a fait paraître en 1857 la 3* édition de la flore du Centre, ouvrage d'une haute portée scientifique et vivement attendu du monde botanique. Dans cette dernière édition, M. Boreau décrit un nombre considérable de plantes nouvelles , plusieurs genres sont complètement refaits, toujours avec cette rectitude de jugement qui élève le savant botaniste angevin à un des premiers rangs du monde scientifique. Ses écrits attestent un talent încontestable d'observation joint à une volonté ferme de {aire triompher les bons principes. M. Boreau, dans cette 3* édition de sa flore du Centre, décrit pour 28 département 77 espèces de roses, que les partisans outrés de récole Linnéenne rangeaient jusque là autour de trois ou quatre groupes en rejetant sur le compte du sol, ou du climat, et même de Thybridité, les formes qui les embarrassaient et qu'ils ne voulaient pas chercher à distinguer.
Depuis 1847, époque où je me suis occupé de former la collection départementale des plantes du Cher, de prhne abord j'ai été surpris des nombreuses formes que nos rosiers sauvages m'offraient. Je ne pouvais croire que toutes ces formes différentes les unes des autres dussent rentrer dans trois ou quatre types Linnéens. J'ai commencé à étudier ce genre en 1849, époque où H. Boreau a bien voulu me guider de ses savants conseils et m'bonorer de
son amitié. Je remercie sincèrement mon savant ami , pour l*affecUon dont il me donne journellement des marques, ainsi que des nombreux types de plantes dont il m'a gratifié, en enrichissant mes collections d'espèces rares et précieuses, car je ne puis ouvrir mon herbier, sans trouver à chaque page des preuves de sa munificence.
J'ai cherché, comme on le verra, à donner des caractères faciles à vérifier, qui tous sont apparents sur le végétal et que l'on y observe dans presque tout le temps de la végétation : ce sont la forme et la direction des aiguillons, leur abondance ou leur absence, la forme des folioles, leur état glabre ou velu, leurs dentelures simples ou doubles ; les pédoncules solitaires ou en cory mbe, lisses ou hispides, les formes différentes du tube du calice; les sépales entiers ou pinnatifides, glabres ou hispides, caducs ou persistants, les styles glabres ou hérissés, courts et libres, ou saillants et en colonne.
Je n'ai jiullement Tintenlion de donner la monographie complète du genre Rosa, reconnaissant de suite mon incapacité en semblable matière ; j'ai seulement voulu consigner le résultat de plusieurs années d'observations , en ne décrivant que les espèces que j'ai été à même de bien étudier, heureux si dans ce faible travail je puis jeter un peu de clarté sur ce beau genre, et s'il peut être utile à celui qui voudra entreprendre la monographie de nos roses françaises. J'ai suivi la classification de la flore du Centre, c'est elle qui me parait lu plus naturelle, parmi toutes celles qui ont été proposées jusqu'à ce jour. J'ai divisé cette classification en neuf sections afin de rendre les recherches moins pénibles, elles sont établies d'après la forme des styles, des feuilles qui sont glabres ou pubescentes, ou glanduleuses. Dans l'état actuel des choses il est très difficile de pouvoir faire une classification de
ce genre sur des bases solides (1). « Quand les roses spon- » lanées seront bien connues, et que Ton aura trou?é les » limites de ces formes si variées du genre Rota qui exis- » tent sur nos collines et dans nos bois, on aura trouvé, » pour ainsi dire, la clef du genre. Alors il sera très facile » d*apprécier toutes les roses cultivées et de ramener » chacune dVntre elles à son type, en se servant des ca- » ractëres qui distinguent les espèces sauvages. II en sera
• de même pour les genres Prtmus, Pynu, etc ; lorsque » Tétudc des formes spontanées de ces genres sera bien » faite, celle des formes cultivées n'offrira plus autant de » difficulté. Cette marche me parait la seule vraie, la seule 4 scienliflquc et féconde; et si le résultat à peu près cer-
• tain auquel elle doit aboutir est de faire reconnaître M qu'il existe des espèces distinctes, qui sont intimement » liées les unes aux autres et séparées comme par des
• nuances , il devra être accepté nécessairemeut, dût-il » ébranler quelques systèmes et renverser les opinions les
• plus accréditées. On y verra confirmée par de nouvelles 9 preuves cette double loi d*unité et de variété qui se ré-
• vêle à nous de toutes parts dans Tétude des êtres et qui » atteste avec évidence Texistenco de deux principes des » choses, principes toujours cx)mbinés, mais essentielle- » ment divers et s*excluant même, de telle sorte qu'il » est impossible d'admettre Tun sans l'autre ou de rap- » porter Tun à l'autre, et que fonder un système sur l'u- » uité radicale et absolue de tous les êtres, en ne voyant » dans leur diversité qu'un simple effet d'une évolution » dans l'unité, c'est lui donner pour base une absurdité » non moins palpable que celle qu'implique la négation de » l'ordre ou de la loi d'unité dans l'univers. »
. (1) Jordan^ Obserratiuos, fragment 6, p. 77.