‹ Une Algérie nouvelleChapitre 29 sur 75 · I. — M. le général de Ferron et les militaires coloniaux · texte numérisé non relu

I. — M. le général de Ferron et les militaires coloniaux

soldats et officiers.

On a souvent prétendu que l’habitude de vivre parmi des populations considérées de race inférieure, la facilité de vaincre des ennemis plus faibles, de commander à des êtres humains avec lesquels on ne discute point, transformerait fâcheusement l’esprit des militaires coloniaux, soldats et officiers.

Voici d’après le Journal en date du 11 mars 1909, ce que M. le général de Ferron, commandant la 2® division coloniale aurait dit aux officiers et aux états-majors de ce corps :

— « Je vous avais dit, il y a quatre mois, que j’étais heureux et fier d’être placé à la tête de la 2® division coloniale.

Je vous dis aujourd’hui que non seulement je n’en suis plus fier, mais que je suis honteux dé la commander. J’en rougis car vos hommes sont des canailles dont vous êtes les protecteurs et les soutiens.

Et il aurait dit encore :

« Les régiments coloniaux sont non pas üne troupe mais un troupeau. Les gradés ne savent pas se faire obéir et sont indignes des galons qu’ils portent... Si vos hommes

ne resleiit pus ('ii arrière aux eoionies, c’est qu’ils ont peur de la faim et de... couic (geste); mais une guerre en Europe, c’est autre chose. 11 faut avoir du cœur au ventre pour avancer vers le feu ; et sur 5ü de vos coloniaux, il eu resterait 25 on arrière. »

Et M. le général Perreau ayant voulu esquisser une protestation, pour ce, reçut de M. le général de Ferron trois jours d’arrêt. [Malin, 11 mars 1909.)

On conviendra que j’avais raison de dire cette note particulièrement violente, brutale, et d'ajouter que je ne l’aurais point publiée si elle n’était point celle d’un général, d’un commandant de division coloniale. Il n’est permis qu’à des militaires de traiter ainsi des militaires. Je prie bien qu'on ne lise pas autre chose que ce que j’écris, ni surtout que l’on suppose que je veuille prendre parti entre l’école de M. le général Ferron, qui traite en bloc ses subordonnés de canailles, et celle de M. le général Lyautey, qui, avant de se renseigner et sans vouloir se renseigner sur la valeur des reproches que l’on peut adresser aux siens, « répond d’eux » en bloc. Car choisir entre les deux écoles, pour tant que cela me permettrait de m’incliner devant un militaire ne m’en placerait pas moins dans la pénible nécessité de ne point admettre l’avis d’un autre; et, nous le savons du reste, sur une matière aussi délicate que celle de la déontologie militaire, un civil aurait mauvaise grâce à ne pas être de l’avis des militaires. Dans les prochains livres de philosophie la scie d’Epiménide et des menteurs Crétois pourrait je crois être rajeunie, variée, multipliée par toutes celles que permettraient les deux susdites écoles de l'honneur militaire.

Mais ils ne s’agit point ici de l’honneur des militaires. Pour que les gens d’affaires comprennent bien que

l’administration du Maroc oriental confiée aux bureaux arabes ne serait point du tout celle qui convient à la colonisation pratique, ce n’est point d’honneur qu’il faut parler, non plus que de canailleries de crimes ni d’héroïsme ou de vertu supérieure, mais de l’action administrative des militaires coloniaux.

Et quand je dis parler, ce n’est point l’écrivain qui doit parler, mais les faits, uniquement les faits, rien que les faits. En voici.

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