L'Espagne au Cap de l’Eau
Un nouveau facteur est intervenu dans la lutte économique, qui s’est établie au Ritf, par suite de Rétablissement des Espagnols au Cap de l’Eau et du trafic qui se fait sur ce point, en dehors de tout contrôle. Les marchandises ainsi débarquées inondaient les régions qui nous élaient exclusivement acquises autrefois et venaient concurrencer nos produits jusque dans nos postes frontières.
Déguaüd. Bulletin de la Société de Géographie Commerciale de Paris, février 1909.
II. ^ — Les Espagnols et les Allemands veulent construire au Maroc la première ligne de chemin de fer.
Aux termes d’une lettre explicite que nous recevons de Mélilla, un accord se serait fait entre des capitaux allemands et espagnols très considérables pour construire un chemin de fer minier de Mélilla à Taza, qui pourrait être éventuellement prolongé dans la direction de Fez. La largeur de la voie serait de 1 m. 05, ce qui permettrait non
seulement le IraiisporL des minerais, mais tout. trafic de voyageurs et de marchandises.
Les termes de l’accord franco-allemand ne nous permettent guère de nous opposer à celte entreprise, mais elle ' nous ouvre les yeux sur l’importance des projets économiques qui s’élaborent aujourd’hui sous le couvert des accords diplomatiques.
Le chemin de 1er Mélilla-Taza doit nous préoccuper en-core à un autre litre, car il peut dériver la plus grande partie du commerce riffain qui se portait sur les marchés de notre frontière.
Akhbar, 4 avril 1909.
Cette information montre où est notre devoir national dans la question de la colonisation du Maroc oriental.
Il est cependant vrai que pour voir il faut que l’on ait des yeux qui voient.
Ainsi M. Lyautey au cours d’une allocution prononcée le l®*” mars 1909 devant la Chambre de commerce d’Oran citait le passage suivant d’un de ses rapports antérieurs.
« Toutefois, il est incontestable que le marché de Marnia subit depuis quelques temps une baisse sensible qui a attiré mon attention. D’après certains renseignements, il serait possible que ce fût simplement le résultat de circonstances passagères et locales. Néanmoins, ces fluctuations des marchés de la frontière, au moment de l’application du nouveau régime, exigent d’être suivies avec un soin scrupuleux, car avec l’impressionnabilité des indigènes et leur horreur des contraintes, il faut éviter, avant tout, de laisser s’établir un courant détournant le trafic vers la rive gauche de la Moulouya.
Le général voyait bien le fait. Mais il ne voyait point les causes du fait. Il les attribue à l’impressionnabilité
des indigènes, à leur horreur de la contrainte. Gela ne suffit point pour modifier un courant commercial. Un courant commercial est essentiellement déterminé par les considérations pratiques du bénéfice à réaliser. Les gens d’Oudjda vont sur la rive gauche de la Moulouya, c’est-à-dire au Gap de l’Eau parce qu’ils y trouvent la marchandise à meilleur marché qu’à Marnia. Si l’on veut concurrencer la rive gauche étrangère de la Moulouya c’est uniquement sur un marché maritime de conditions économiques similaires qu’on peut le faire, c’est-à-dire à Port-Say.
Je prie le lecteur de ne point m’en vouloir quand il m’arrive de traînailler dans la démonstration des évidences puisque des personnages d’intelligence aussi élevée que M. Lyautey ne les voient pas.