CHAPITRE XXXIX
Sur l'indastrie daas le Maroc oriental.
L'installation des établissements francrus d’Ou* djcla, Raz Foural, Abercane, Martimprey, etc., vient d’européaniser les industries du bâtiment, et de montrer aux indigènes qu’il y a (( tout de même » dans notre logement quelque avantage.
Ils ont d’ailleurs immédiatement prouvé qu’ils le comprenaient. Sur le marché d’Abercane un caïd des Beni-Snassen, à qui échoit la magistrature de l’ordre, s’est fait construire un « piedà-terre » très confortable, à l’européenne... moins les* meubles bien entendu qui sont inutiles. Conduit par Louis Say, j’y ai pris le café. Le grand chef des tribus à réputation si parfaitement établie de férocité, de fanatisme et de barbarie, proposait à mon ami des « associations d’affaires. »
— « Viens travailler avec nous, tous nous serons charmés de gagner de l’argent avec toi. »
U N F. ALGÉRIE X(3UVELLE
M’est avis que tous ceux qui suivront dans leurs relations avec les « barbares » la politique de Louis Say obtiendront les mêmes résultats. Mais je suis non moins d’avis que l’on no pourra les obtenir si l’on ne suit point cette politique. Elle est d’ailleurs très simple. Et je l’ai dit plus haut. C’est bonnement celle de l’association. 11 n’y a qu’à payer ce que l’on demande pour obtenir toujours ce dont on a besoin.
' Payez les terrains que vous demandez à l’indigène, il vous paiera les matériaux de construction dont il aura besoin pour construire des logements confortables à l’instar des vôtres. L’industrie du bâtiment sera de suite prospère dans le Maroc oriental.
Mais comme toutes les autres elle demeure subordonnée au développement de la production agricole.
Et celle-ci non moins évidemment dépend du progrès des irrigations et de l’amélioration des communications, c’est-à-dire de l’établissement d’une voie ferrée de l intérieur au port le pfus rapproché.
La première industrie à établir à l’européenne en celle des transports. Les chameaux, les mules, les chevaux, les ânes, les arabas ni les camions ne sufQsent, il y faut la voie ferrée.
Les ressources agricoles, les richesses miniè-
res, les capacités commerciales, telles que plus haut nous les avons établies en certitude, montrent par quel fret assuré l’industrie du chemin de fer, sera de suite au Maroc oriental une industrie rémunératrice.
L’établissement d’ailleurs en est rendu excessivement facile par la nature, qui dans ce pays offre à l’ingénieur des conditions privilégiées. Des plaines pour le tracé. Des chutes d’eau, la possibilité de barrages fluviaux pour la force motrice.
Il ne s’agit point là d’une affaire internationale, d’une affaire où l’empereur d’Allemagne ait à frotter la pointe de ses moustaches, d’une affaire pour quoi tous les diplomates se croient obligés d’aller intriguer auprès de Son Illustre Majesté Chérifienne, Moulay Hafid. Il s’agit tout simplement d’une affaire d’intérêt privé.
D’un côté les propriétaires indigènes du Maroc oriental voulant sur leurs propriétés un railway.
D’un autre les autorités indigènes des tribus voulant pour la police, que l’Europe exige d’eux, parfaite, ce même railway plus commode pour le service des postes et camps de police...
Et enfin les propriétaires indigènes qui possèdent le droit d’usage des eaux le cédant, où il faudra, pour l’établissement de stations génératrices de force électrique assurant le fonction-
nement du railway dans les meilleures conditions financières.
C’est une entreprise que l’on peut réaliser demain en absolue légalité et du point de vue marocain et du point de vue international...
Et il faut que ce soit nous qui la faisions. Car d’autres s’en chargeant, il se pourrait que ce fut non plus au bénéfice du commerce français comme cela sera si le chemin de fer aboutit à Port-Say, mais à bénéfice étranger comme cela serait si le chemin de fer aboutissait à Melilla et au Cap de l’Eau.