ÉPILOGUE
Se sentant perdu, il s'empoisonna. Mm* d'Épinay, qui l'avait suivi avec une admirable fidélité et une constance digne de pitié, fut recueillie par un frère de son amant : elle se convertit à l'islamisme et partit courageusement pour Ispahan afin de remettre au chah ce qui restait des cadeaux du roi de France *. Quant à l'ingénieur Lajoue, épuisé par un si long et si pénible voyage et les mauvais traitements qu'il avait subis, il refusa d'entrer plus avant en Perse et s'installa à Erivan.
Le mois suivant (juin 1717), le consul Gardanne, que la disparition de Louis XIV avait empêché, par bonheur pour lui, d'accompagner l'ambassadeur persan, entrait à son tour dans Erivan. Il y apprenait la fin dramatique du personnage et certain que cette nouvelle intéresserait la Cour de France, il l'annonçait aussitôt au baron de Breteuil.
En se donnant la mort,Mehemet Riza Beg avait devancé seulement le sort qui l'attendait s'il avait osé paraître à Ispahan. Gomme le déclara plus tard à Gardanne le nouveau grand vizir, l'ambassadeur s'était bien gardé de communiquer au chah ou à ses ministres le traité qu'il avait conclu : il avait, affirmait-on, outrepassé ses pouvoirs, ayant été envoyé uniquement pour solliciter
l. A. E. Perse, t. 5, f° lbO.
l'exécution du traité de 1708. On en aurait donc fait un exemple à cause de sa mauvaise conduite, si un trépas opportun ne lui eût permis d'échapper à un juste châtiment *.
En dépit de ses efforts, Gardanne ne put obtenir la ratification du traité de Versailles. Padéry devenu consul à Ghiraz,en 1718, fut plus heureux, et réussit en 1722, à la faveur d'une révolte menaçante pour le chah Hussein, à faire confirmer l'acte signé par Mehemet Riza Beg le 13 août
Cette sorte de réhabilitation posthume du kalender d'Erivan, a échappé aux historiens : elle a même été pratiquement inutile, car les révolutions survenues peu après ont, durant des années, éloigné de Perse les marchands français.
Faut-il toutefois considérer aujourd'hui la mission de Mehemet Riza Beg comme un de ces bâtons flotxants dont le bon La Fontaine a écrit :
« De loin c'est quelque chose et de près ce n'est rien 2 » ?
Il y aurait injustice et inconvenance à le prétendre.
L'ambassade du kalender d'Erivan est certes un incident plutôt qu'un événement du règne de