A. E. Perse, t. 3, f«» 284 sqq
« embarras que je ne saurais bien vous expri- « mer... Gomme l'ambassadeur ne veut rien « séparer de son train et de ses équipages trop « nombreux, notre marche qui sera lente avec « les journées courtes ne nous y prépare pas à « de petits embarras... Il me suffit, Monseigneur, « de vous en rendre compte et d'attendre ce « qu'il vous plaira de me prescrire. C'est à Lyon « où nous serons devers les Rois, que je pourrai « recevoir vos ordres précis. »
Avec les faibles ressources dont il disposait, Morel éprouvait de son côté certaines inquiétudes; sans argent comme sans crédit, obligé de recourir constamment aux bons offices de M. Arnoul, il voyait avec effroi Mehemet Riza Beg dépenser près de 300 livres par jour pour sa nourriture et celle de ses gens, accumuler les provisions inutiles, accroître le nombre de ses domestiques, et réclamer pour le trajet jusqu'à Paris, non seulement des chevaux de selle, mais aussi des litières et des carrosses.
Toutes les tentatives pour réfréner une prodigalité qui ne coûtait rien à celui qui en bénéficiait, étaient restées vaines. Lorsque de timides observations avaient été faites au maître d'hôtel de Son Excellence sur l'exagération de ses dépenses, et la vente clandestine des provisions fournies pour Fambassade, Mehemet Riza Beg avait considéré cette démarche comme une
offense personnelle. Il avait déclaré, en entrant dans une violente colère, « que de telles discus- « sions ne faisaient honneur ni au roi de France « ni au sien; qu'il n'avait rien demandé, qu'on « pouvait lui donner peu ou beaucoup, mais qu'il « ne convenait pas qu'on lui reprochât ce qu'on 4 lui avait donné ; qu'il n'était pas un vendeur de « riz et de beurre, et que si ses gens étaient assez « insolents pour faire quelque dissipa tion , il n'allait « pas dans la cuisine pour les examiner; qu'il « priait Dieu qu'il conservât Sa Majesté, et qu'il « pouvait se passer de ce qu'on lui donnait à « l'exemple de ce qui se pratique en Perse à l'égard « des ambassadeurs du roi; qu'il ne voulait pas « qu'on dit qu'on avait examiné jusqu'à une livre « de beurre par rapport à l'ambassadeur du « sophy l. » Il avait ajouté « qu'étant grand sei- « gneur dans son pays, il n'était pas venu en « France pour y mendier son pain », et comme preuve de son mécontentement, il avait, sans en prévenir Saint-Olon, donné l'ordre à ses gens d'interdire l'entrée de son appartement à Morel et à Dipy, coupables d'avoir traduit au maître d'hôtel des remontrances pourtant justifiées. Cette interdiction faillit même provoquer un déplorable incident car Morel ayant accompagné Saint-Olon chez l'ambassadeur, le portier