‹ Une ambassade persane sous Louis XIV, d'après des documents inéditsChapitre 18 sur 133 · A. E. Ibid · texte numérisé non relu

A. E. Ibid

3. Grignan (François de Castellane-Adhémar de Monteil, comte de) né vers 1629, mort le 30 décembre 1714, colonel du régimont de Champagne (1654) devint en 1663 un des lieutenants généraux du Languedoc et en 1669 lieutenant général en Provence. Il épousa en troisièmes noces (janvier 1669) la fille de Madame de Sévigné.

Mehemet Riza Beg à cheval, flanqué de deux pages, l'un avec sa pipe, l'autre avec son sabre. L'écuyer avec le grand étendard déployé, aux armes de Perse, se tenait derrière son maître. Enfin un carrosse à deux chevaux, une litière et trois brancards portés par des mules, le premier pour les présents, le deuxième pour la chambre du Persan, le troisième avec la batterie de cuisine, fermaient la marche. L'exempt Desmarets, et quatre archers, étaient spécialement chargés de la surveillance du premier brancard.

Cet ordre avait été minutieusement réglé et il devait être observé jusqu'à Gharenton, exception faite pour le régiment de la reine et les gardes du corps qui quittèrent le cortège à Aix.

La maréchaussée de Provence, avisée du passage de l'ambassadeur, se trouva sur la route pour rendre les honneurs. En dépit de ces attentions Mehemet Riza Beg resta morose. A Aix où il coucha (23 décembre), il refusa de recevoir l'intendant et les procureurs de la ville. Il n'en fallut pas moins céder à toutes ses demandes et, en une nuit, l'ambassadeur et sa suite consommèrent pour 293 livres de denrées. « Il y eut sans « doute une dissipation étonnante car on lui four- « nit trois agueaux, deux moutons, dix-huit pou- « lets, cinq poules, trente-six livres de chandelle, « vingt-trois livres de bougie, cent soixante-dix « livres de pain, trente-deux livres de beurre, huit

« livres de café, un quintal de riz, avec safran, « canelle, girofles, sucre, sucre candi, etc . . l » Le lendemain, à Lambez, où il fut vers le soir, Mehemet Riza Beg se montra aussi grognon. 11 écouta distraitement le compliment de l'assesseur des Etats a, M. Honoré. « Monseigneur », lui dit ce personnage tout heureux de jouer un rôle, « nous venons avec empressement vous rendre « nos devoirs au nom de toute la province; nous « venons vous offrir les respects qui sont dus à « la dignité dont vous êtes revêtu. Votre Excel- « lence réunit toutes les qualités qui concourent « à former le caractère d'un illustre ambassa- « deur. L'on voit, Monseigneur, éclater en vous « la valeur et la politesse, vertus si recom- « mandables parmi les Persans. Mais ce qui « nous touche d'une manière plus sensible, c'est « que, Monseigneur, vous venez établir dans ce « royaume un commerce également honorable et « avantageux à notre nation. De tous ceux qui se « font dans les parties du monde, il n'en est pas « de plus riche ni de plus considérable que celui

1. Les États de Provence avaient été annihilés par Richelieu. Mais ils avaient sauvé du naufrage ce qu'on appelait une « commission intermédiaire » composée des procureurs élus des villes auxquels se joignaient deux évêques et deux nobles possédant fiefs. Cette assemblée provinciale s'occupa activement de l'administration du pays et se réserva la gestion des deniers et la levée des taxes.

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