A. E. Perse, t. 4, fe
intrigues galantes où se complut Mehemet Riza Beg rendent cette hypothèse vraisemblable.
La plus scandaleuse de toutes fut la liaison de Son Excellence avec une marquise d Epinay, fille d'une dame de Roussy, liaison qui donnerait un sujet d'opérette et qui se termina tragiquement. Mmo d'Epinay avait-elle été ou étaitelle mariée ? Madame, duchesse d'Orléans S l'affirme, et déclare que le mari, personnage peu recommandable, était un bâtard du premier aumônier de son fils, l'abbé de Grancey, qui avait toujours eu chez lui un petit sérail. Quoi qu'il en soit, la dame était âgée de dix-sept ans et fort jolie. Élevée dans un assez grand monde, accoutumée aux plaisirs de Paris, chrétienne de religion, ses faiblesses pour Mehemet Riza Beg ne s'expliquent guère encore aujourd'hui. Elle passait pour modeste et avait la réputation de n'être ni coquette ni débauchée : fut elle livrée et vendue par sa propre mère? La chose est possible. Bref elle devint la favorite. Elle s'accoutuma assez vite à cette existence un peu spéciale. Au début elle prenait, avec sa mère, ses repas à la table présidée par le vénérable Saint Olon, en compagnie des interprètes Padéry, Gaudereau et Richard. La position des deux prêtres était délicate. Ce qui sauvait tout, c'est que l'ambassa-
1. Correspondance, trad. Brunet, Paris 1857, 2 vol. in-12, t. 1, p. 324.
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deur, épris au plus haut point de sa sultane, se faisait servir ses repas dans la même salle. Peu à peu il apprivoisa la belle, et réussit à la garder toute la soirée avec lui jusqu'à minuit ou deux heures du matin. Dans la journée, cette petite personne et Mme de Roussy, déposant leurs souliers au bord du tapis de Son Excellence, s'asseyaient sur des coussins au fond de la chambre de Mehemet Riza Beg, à l'exemple de ce qui se passait dans les sérails de Perse. N'éprouvant aucune honte de leur position, elles se donnaient ainsi en spectacle à tous ceux, hommes ou femmes, qui venaient visiter le Persan. À huit heures du soir l'appartement se fermait, et la mère, comme la fille, restaient seules, pour ainsi dire captives, avec un demi- sauvage ignorant le français, comme elles le persan. « Joignez à cela, « ajoute le baron de Breteuil qui s'en révolte, « l'horreur naturelle qu'a une chrétienne de se « livrer aux transports amoureux d'un mahomé- « tan. Pour moi j'ai vu cent fois ce commerce « sans pouvoir le concevoir; cependant la mère
< que l'avidité de l'argent avait engagée dans « un commerce si indigne, ne trouvait pas trop « de quoi se satisfaire. L'ambassadeur ne pou- « vait lui donner que ce qu'il épargnait sur les « 500 francs qu'il touchait du roi tous les jours. « La vérité est qu'il faisait mourir de faim ses
< domestiques, pour fournir à cette mère qui, sui-
« vant les dires des gens qui étaient auprès de « Mehemet Riza Beg, n'a pas tiré plus de « 15.000 ou 16.000 francs de lui, somme modique « pour tant de beauté et pour une aventure si « affreuse. Il y avait cent hommes d'afiaires à « Paris qui lui en eussent donné dix fois davan- « tage, et l'infamie en eût été beaucoup moins « publique et moins grande. »
L'introducteur était large en morale; il eût admis le marché pourvu que le Persan n'en fût pas le bénéficiaire. Mehemet Riza Beg, le plus heureux des trois, entre la mère et la fille, ne regretta pas l'argent du roi. On comprend dès lors son avarice, son souci constant de toucher son allocation quotidienne, son humeur casanière. Il avait chez lui une distraction peu coûteuse, agréable : il en usa le plus possible, il en profita jusqu'à sa mort.
Les aventures galantes de l'envoyé du grand sophy, colportées d'abord sous le manteau, puis devenues de notoriété publique, eurent un réel succès. Beaucoup s'en scandalisèrent, d'autres s'en amusèrent tout simplement. Retenues par une certaine crainte de cet ambassadeur et par le respect dû à son caractère diplomatique, les gazettes ne se décidèrent à conter ses fredaines avec la marquise d'Epinay qu'après son départ de France. Soucieuses de l'actualité, certaines feuilles jugèrent toutefois convenable de ne pas
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ignorer la présence à Paris de Mehemet Riza Beg, et de ne pas se contenter, comme la Gazette de France, de reproduire seulement les communiqués officiels sur l'entrée et l'audience de Son Excellence. L'une d'entre elles, le Journal historique sur les matières du temps, qui s'occupa le plus volontiers de l'ambassadeur persan, donna ainsi l'anagramme de son nom *.
« Riza Beg est le nom de famille de l'ambas- « sadeur persan. Si de ce nom on voulait tirer « une anagramme française en retranchant la let- « tre g, on trouverait le mot bizare et sans faire « nulle application de ce mot au caractère res- « pectable dont ce seigneur persan est revêtu, on « trouvera que le terme de bizare convient assez « à plusieurs circonstances qui se sont passées « à son occasion par la différence qu'il y a des « manières de son pays avec ce qui se pratique « ordinairement dans les plus illustres Cours de « l'Europe. »
Un lecteur de la même feuille voulut aussi honorer à sa façon Son Excellence persane. Voici le madrigal qu'il composa 2 :
« Alexandre, en son siècle, est seul surnommé Grand « Pour avoir triomphé jusqu'au fond de la Perse; « Depuis, entre plusieurs le surnom se disperse,