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GEORGES DUHAMEL

Les plaines, qui donnent au ciel toute sa grandeur, La vallée sinueuse et dont on ne sait trop Si les eaux l'ont creusée lentement, ou choisie, L'horizon, qui ne peut retenir les désirs, Et ces labours coupés par les routes oisives, Je n'abandonne pas tout cela sans remords, Sans inquiétude, sans colère.

Je serai pour longtemps l'esclave des fenêtres : Une rue vive, à la tacite discipline, Des toits fidèles, fendant sans bouger la rumeur, Comme des carènes amarrées sur un fleuve, Et le faite de ces monuments dont la sève Ne parvient pas à s'élever bien loin du sol, Voilà maintenant pour mes yeux !

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Recevez-moi, mes compagnons, accueillez-moi ! Me voici de retour, et traînant ce regard Que vont savoir mater les roides perspectives; Ce regard ! Songez-vous au courant volontaire Descendu si royalement des terres hautes Et qu'on attire et qu'on écrase entre des rives Pour le réduire en servitude?

Toutes les lignes des maisons, toutes ces lignes Que brise et croise une architecture innombrable, La fuite et le retour insidieux des plans Et des arêtes offensives de la pierre.

Autant de rets tressés, tendus et qui conspirent Pour ramener toujours mes yeux sur des visages, Vos visages, mes compagnons !

Le ciel demeure et règne tout de même ici.

Mais ses desseins sont tels qu'on ne les peut connaître

Pour avoir vu passer la chasse des nuages.

Furtivement, dans l'intervalle des murailles.

A vous donc, compagnons î Je sais qu'on peut aimer

Dans l'eau courbe et miraculeuse des prunelles Plus de ciel qu'entre les maisons.

A vous donc ! Acceptez l'homme qui se présente Avec cette figure anxieuse et troublée.

Acceptez l'homme qui peut mesurer votre àme, Et qui sait ce que vaut le toucher d'une main. Acceptez-moi, compagnons aux mille visages ! Car j'ai quitté de grands et d'émouvants spectacles Pour ce spectacle que vous êtes.

Je renonce à voir, autrement qu'en souvenir, Le double cœur frêle et gonflé de rosée tendre Que lève, avec de grands efforts, hors de la terre, Au mois d'avril, cette graine que je connais. Et je renonce à contempler la passion Des volubiles frénétiques qui se hissent

Le lono de leurs rameaux tombés.

Je ne chercherai plus les crosses, repliées Comme le doigt majeur qui heurte le vantail,

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Les crosses qui devront crever le sol humide Pour se détendre et se dresser avec orgneil. Je n'écouterai plus l'explosion stridente De la gousse nerveuse et crispée du genêt Lâchant ses graines, à midi.

Mais je regarderai vos mains, vos mains dociles, Qu'ont soumises, pareillement, à leur désir L'esprit impérieux qui devance les gestes Et ce corps qui voulut d'attentives servantes. Mais je verrai les veines de vos mains vivantes, Les veines qui seront grumeleuses et noires Ou si timidement voilées.

Oh î ne me cachez ni ce mouvement d'épaules Que vous faites lorsqu'un chagrin nouveau vous vient, Xi ce petit tremblement de votre menton Qui trahit votre mal à retenir des larmes. Laissez se déchirer, sous mes yeux fraternels, Ce sourire navré, trop doux pour être amer, Qui fait votre face si belle.

Et j'oublierai le vert visage des collines Quand l'orage, comme une bète courroucée, Erre de-ci de-là, contre le ciel livide Et semblable à la joue d'un homme qui a peur. Et je ne penserai jamais à ces grands arbres Qui ramassent soudain la charge de leurs feuilles Pour une fuite immobile.

Toutes ces choses naturelles et sublimes,

La vieille lutte sans merci des éléments

Et cette subsistance obstinée des règnes,

Ces spectacles! Si je les ai jamais cherchés,

C'est pour ce qu'ils disaient de vous, mes compagnons,

Et c'est pour toutes les images de vous-mêmes

Qu'ils me donnaient, mes compagnons 1

Non, je n'ai rien chéri sans penser à vous autres, Pas même le brouillard lucide et roux que traîne Au ras du sol la herse raide qui résiste, Pas même le travail immense des araignées Que dénonce, entre les sillons, le soleil couchant,

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Pas même le regard embrasé des nuages . Entre les feuilles des bouleaux.

Mais puisque me voici retenu par ces chaînes Qui nous unissent et nous chargent tous ensemble, Il faut que ma prison ne soit pas un exil ! Ne craignez point de vous asseoir trop près de moi, Parlez avec les mots que vous aimez bien dire, Riez autant que le demande votre joie, Votre joie, belle et nécessaire.

Oh î que je ne regrette rien ! Que la puissance De vos voix réunies pour un chœur chaleureux Etouffe en moi la plus ancienne inquiétude, Comme le bruit de vos haleines régulières Grondant sur le sommeil de toutes les maisons Couvre, dans ma mémoire, à jamais, le tonnerre Que déchaîne le vent du soir sur les forêts.

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