MAURICE DE FARAMOND
Après maints tournoiements ils s'étaient rencontrés.
Pipes de vin défoncées, archers se mirent à boire avant de batailler, et ce, des deux côtés. (A seule fin, disaientils, de sûrement batailler.)
A l'aile gauche de Bourgogne tenait messire Saint-Pol, à l'aile droite tenait le comte de Charolais. A l'aile droite de France tenait le roi Louis XI, à l'aile gauche, messire du Maine.
C'est parfait.
Eatre les deux armées le château Montl'Héry, perché sur la hauteur, souriait à demi.
Mon Dieu, n'emboucherai-je ici aucun buccin ! Archers désaltérés, on se battit ; c'est bien.
Charles de Charolais, fonçant avec sa droite sur la gauche de France, rompit messire du Maine qui, pressé de courir, court encore dans la plaine.
Louis XI, fonçant avec sa droite sur Saint-Pol, qui, comme j'ai dit, tenait la gauche de Bourgogne, le vit, avec ses gens, plus vite que perdrix, s'enfuir je ne sais où pour n'être pas occis.
Louis XI et Charolais, chacunement dans leur coin, ai-je besoin de le dire, s'étaient frotté les mains.
Revinrent, chacun leur tour, au centre de bataille.
Et que virent-ils?— Hélas, ils ne virent
plus rien. Leurs sens, très chaleureux, jurant à la défaite, qui devers l'orient, qui devers l'occident, se sauvaient gentiment sans tambour ni trompette. Et sur le champ d'honneur les deux princes restèrent.
Seuls? Non pas. Le château Mont-1'Héry (châteaux n'ont pas de jambes ou bien les ont en l'air), ce vieux preux, non content de sourire à demi, jusque dans ses fondements eut un fort grognement.
— Seuls pourtant...
A tel point qu'hommes vivants les ayant tous quittés, Louis XI et son féal. Charles de Charolais, eussent pu (s'aimant bien), par ce doux jour d'été, s'écrier en faisant mignons signes de la main : « Tiens ! la jolie rencontre. Hé! bonjour, mon cousin ! »
Mais las ! tournèrent bride, en tout semblablement, se prenant, chacun l'autre, pour écorcheur méchant.
Or, je n'invente rien.
Pourtant, à la même heure, ou peu s'en faut (dites-moi, qu'est une heure devant Dieu? un jour? un mois? un an?
— un an, voire, ce n'est pour lui le temps de manger une poire) à cette heure donc, "VYarwick, qui s'était avisé de retrôner Lancastre pour s'immortaliser, de la main froide d'FMouard malement succombait dans une lutte homérique entre dix mille Anglais; en Espagne Jean II mettait à la raison son gentil fils Carlos et,
d'un coup bien donné, allégeait de la vie deux raille Aragonais; Mahomet II, empereur de tous les Ottomans, mettait fin brusquement au plus vieux du vieux monde, en rasant, d'un grand coup de cimeterre, Trébizonde :
et de Grecs et de Turcs je sais qu'il en mourut plus que n'eut d'or en cave, non Louis XI, mais Crésus ; Venise, dépitée, plus saigneuse qu'un cœur, abreuvait l'échafaud de ses inquisiteurs ; bref, en Espagne, Asie, Vénélie, Angleterre, onc ne vit-on couler plus de sang sur la terre, à Mont-1'Héry, que dis-je? en France, terre des preux, onc plus notables gens armés piquer des deux.
Mais non dans le bon sens.
« Pâques-Dieu ! je profiterai de l'avertissement, se dit Louis XI en regagnant ses retranchements , il est indigne à moi de vider, pique à pique, des querelles qui n'ont leur valeur qu'en politique. » — Et tout bas à lui-même : « Mon temps est donc venu, si contre fin matois butor ne prévaut plus » et ses gens le trouvèrent qui remerciait Dieu, son chapelet aux doigts, très doux et très heureux.
La Bataille de Mont-l'Héry (Le Roman de Louis XI. Ballades françaises, 3e série. — Dans le chapitre intitulé : Paris s'amuse, le Roi besogne.)
AUBRY D'ARGEXLIEU
ou