‹ Une AnthologieChapitre 45 sur 49 · MIRACLES · texte numérisé non relu

MIRACLES

Eh quoi, vous faites si grand cas du miracle ?

Je ne connais, quant à moi, rien autre chose que

des miracles, Que je me promène dans les rues de Manhattan, Ou darde ma vue par-dessus les toits des maisons

vers le ciel, Ou marche le long de la plage, baignant mes pieds

nus dans la frange des vagues, Ou me tienne sous les arbres, dans les bois, Ou cause le jour avec quelqu'un que j'aime ou repose

au lit la nuit avec une personne que j'aime, Ou sois à table assis avec d'autres dîneurs, Ou regarde les étrangers qui sont en face de moi

dans le tram,

304 Walt Whitman

Ou observe les abeilles s'activant un après-midi d'été autour de la ruche,

Ou les animaux qui paissent dans les champs,

Ou les oiseaux, ou le prodige des insectes dans l'air,

Ou le prodige du soleil couchant ou des étoiles brillant d'un éclat si tranquille,

Ou l'exquis croissant, délicat et mince, de la nouvelle lune au printemps ;

Toutes ces choses et les autres, sans en excepter une seule, sont pour moi des miracles,

Chacune se rapportant au tout, sans cesser d'être distincte et à sa place.

Pour moi chaque heure de la lumière et des ténèbres

est un miracle, Chaque centimètre cube de l'espace est un miracle, Chaque mètre carré de la surface de la terre est

parsemé de miracles, Chaque pied de l'intérieur de la terre déborde de

miracles.

Page 1