SCÈNE VI. i
Je gardai devers moi ma fille, Et je donnai mon fils.
Les braves gens !
MARGUERITE
Et pourtant Marguerite est veuve.
LE ROI
Vous pûtes supporter une si rude e'preuve?
MARGUERITE
Mon cœur souffrait, sans de'tour j'en conviens; De mon (ils j'étais si chérie !
Mais je sais qu'un Français se doit à sa patrie , Au prince , à ses concitoyens.
LE ROI , avec intention.
Et dites-moi, c'est Chariot que se nomme Votre fils, ce brave jeune homme?
MARGUERITE
Pour le pre'sent ; car dans notre canton Chacun l'appelait Petit-Pierre.
Lorsque je le vis militaire, Je lui dis : « Faut changer ce nom.
« Petit-Pierre, vois-tu, n'est pas un nom de guerre; <( Il t'en faut un, pour ton nouvel emploi : « Prends celui de notre bon Roi , « Mais en conservant la distance « ( Car enfin chacun à son lot) ; u II se nomme Charles de France , «( Dore'navant qu'on t'appelle... Chariot. «( Sans doute un pareil nom te vaudra bonne chance. » Il partit... on m'a dit qu'il fait bien son devoir.
( Elle essuie ses larmes. )
Mais... pardonnez... mon ame émue...
Hélas! depuis deux ans qu'il est hors de ma vue...
Pourquoi vous affliger? ne perdez pas l'espoir; A quel corps , dame Marguerite,
i6 UNE AVENTURE DE CHARLES V,
Appartient votre fils?
MARGUERITE
Mais... aux Gardes d'élite.
LE ROI , a part.
A mes Gardes ! fort bien, il doit m'avoir suivi.
ROGER , au Roi.
On approche...