SCENE XIII
MARGUERITE, BERTAUDIN.
MARGUERITE
Oui , compère , je crois qu'il n'est que ce moyen ; L'adoptez-vous?
BERTAUDIN.
Il le faut bien.
Mais pourtant ce biais est contre mes pense'es.
MARGUERITE
Vain scrupule !
BERTAUDIN.
Les lois ! les lois !
Elles ont e'te' transgressées.
Nos jeunes filles, plusieurs t'ois...
MARGUERITE
Faut-il donc les punir pour être un peu le'gères ?
BERTAUDIN.
Je pense comme vous ; oui , sans doute...
En effet, Laisser prendre un baiser, ou donner un bouquet, Ne sont pas de grandes affaires.
BERTAUDIN.
Pourtant les re'glemens...
MARGUERITE
Sont aussi trop sévères.
Allons , vous devez me céder.
BERTAUDIN.
Oui, je cesse d'être en balance ; Votre moyen est bon, puisqu'il peut accordei Mes devoirs et ma conscience.
MARGUERITE
Fort bien.
3o UNE AVENTURE DE CHARLES V,
BERTAUDIN.
Parlons un peu de notre troubadour.
J'en suis fort satisfait, ses re'ponses sont claires,
Elles me paraissent sincères :
Je le crois franc et sans de'tour;
De plus, c'est un homme capable.
Mais de questions il m'accable , C'est à n'en plus finir : « Etes-vous tous heureux?
« "Vit-on ici dans l'abondance?
« Ne manque- t-il rien à vos vœux ?
« Le pays a-t-il de l'aisance? »
3IARGUERITE.
Il paraît qu'il est curieux.
BERTAUDIN.
Ah ! curieux à l'excès : c'est dommage. Savez-vous ce qu'il fait, commère, en ce moment?
MARGUERITE
Non.
BERTAUDIN.
Il visite le village :
Des voyageurs il suit l'usage ; Il sait que nous avons plus d'un grand monument. On va lui faire voir nos grottes souterraines ,
Le vieux rempart, le pont tremblant.
Surtout nos ruines romaines.
MARGUERITE
Que vous venez défaire recrépir.
BERTAUDIN, vivement.
C'est là que de mon goût il verra maintes preuves Tout tombait en débris , j'ai tout fait rebâtir... Nos ruines sont presque neuves.
MARGUERITE
Mais laissons tout cela ; ne perdons pas de- temps , Il faut songer à nos affaires.
BERTAUDIN.
Oui, je veux suivre enfin vos avis importons ;