‹ Une campagne a deux: comédie en un acte melee de chantChapitre 5 sur 16 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

1M""= CHAPUrS, e?isuite M'"« DURAND.

M""' CHAPUIS, seule d'abord. Monsieur Girard ici !... comme ça va faire enrager les Durand!... Un inspecteur des finances chez nous!... Eux qui ne voient que des petites gens!... Madame Durand est encore dans sa chambre... ne la prévenons pas!., elle ferait une toilette écrasante!... elle est si coquette!

La voyant entrer et allant au devant d'elle avec amitié.

M'"" DURAND. Bonjour, Hortense !

M"'^ CHAPULS. Dieu! la belle matinée!

M'"" DURAND. Superbe!

M""" CHAPUIS, à part. Restons avec elle pour ne pas lui donner des soupçons... J'ai bien le temps!

M"'^ DURAND. Rien ne donne comme la saison une humeur douce, égale!... {Elle s approche de la table à ouvrage,) Qu'est-ce qui a touché à mes aiguilles anglaises? à ma corbeille? on me dérange tout ici! Voilà le désagrément d'avoir une pièce où l'on n'est jamais seule...

» ^rae Chapiii^, Marguerite.

M"'" CHAPUIS. II faut travailler dans votre chambre, vous ne serez pas trop mal partagée... vous avez choisi la plus belle vue!

Elle va s'asseoir à la table à droite près de Mme Durand.

M'"' DURAND. Il fallait la tirer au sort!

M"" CHAPUIS, à part. Cédons-hii ça

n'en finirait pas! quel caractère! {Elles ^esont disposées pour travailler.) Prêtez-moi donc votre dé, ma chère.

M'"^ DURAND. Avec plaisir, ma chère!

M"^'' CHAPUIS. Où donc est votre fille?

M""' DURAND. Au jardin, je pense avec votre neveu! Depuis un an, ils doivent avoir bien des choses à se dire !

M»'»* CHAPUIS. Devant nous... c'est qu'à cet âge-là les jeunes gens... c'est comme dans les romans!

M"'* DURAND A prpposde romans... avezvous fini le journal?

M"^^ CHAPUIS. Oh! mon Dieu, non! je n'aj pas pu mettre la main dessus ce matin ! je suis sûre que votre mari l'aura encore emporté à la pêche... Comme c'est agréable! je ne pourrai jamais achever la troisième parl^ie des Mystères.

M'"'' DURAND. Vous voulez dire le cent irente-sepEième feuilleton!... Quelle chose insupportable de faire attendre si longtemps les lecteurs sensibles!

M'"'' CHAPUIS. Ils savent bien ce qu'ils font!

M'"^ DURAND. Moi, qui ai été dans le commerce, je n'aurais jamais deviné ce nouveau système :

Air : de Marianne.

Un ouvrage où le talent brille, Par l'auteur, plein d'invention »

Eu feuilleton d'abord sTiabille; IVemière spéculation ! ■

Mais dans la Presse,

Avec adresse,

On laisse en blanc ' Juste le dénoûment ;

Puis en volume,

Nouveau costume,

On nous le rend

Sous forme de roman !

iMifin pour dernière entreprise Ou en fait un drame bourgeoi>J f Moyen neuf de vendre trois fois

La même marchandise!

M"'*' CHAPUIS, d elle-même. Elle aura hi ça quelque part!

M""' DURAND, travaillant. Est-ce que vous n'attendiez pas du monde aujourd'hui?

M""' CHAPUIS. Oui, monsieur Girard, ii^specteur des finances, un ami d'enfance de» mon mari.

M*"" DURAND. Ah! vous crovez.. . Dans tous les cas, ma toilette est prête, et si votre ami arrivait!

UNE CAMPAGNE A DECX,

M'"' CHAPUis. Coiiimeull de la toilette à la campagne !

M*^^ DURAND. Devant un homme qui fréquente la haute société, qui est presque du gouvernement!...

M"*** CHAPUIS. Eh bien! ne vous figurezvous pas que les ministres sont dans leur parc en cordon rouge, et que leurs femmes mettent des diamants jwur boire du laitl... Je reste comme je syis !...

Elle se lève.

M'"^ DURAND. Oh ! alors, moi de même!

Avez-vous acheté le canevas de notre meuble nouveau pour le salon ?

M"'' CHAPUIS. On me l'a envoyé ce malin. J'ai arrêté le dessin, les couleurs. Je crois que fond vert avec une guirlande de roses blanches...

M""' DURAND, se Uvant. Vert! ah! l'horreur! rouge, à la bonne heure! avec des boutons d'or ou des tulipes. . .

M""^ CHAPUIS. Allons donc! vous plaisantez!...

M""^ DURAND, c'est-à-dire que je n'ai pas de goût !

M*"^ CHAPUIS. Je ne dis pas cela... Mais j'ai acheté de la laine verte, et ce sera vert!

M™^ DURAND. Ce sera rouge !

M™* CHAPUIS. Pour vous le prouver, je m'en vais commencer.

M""'- DURAND. A votre aise ! Mais comme il y aquatre fauteuils, j'en feraideuxrouges... Et quant au canapé...

M"'^ CHAPUIS. J'ai le droit d'en faire la moitié, la mienne sera verte !

jYime DURAND. Et la mienne sera rouge... Je

suis lasse de faire des concessions Votre

mari m'approuvera, j'en suis sûre !

M'"'' CHAPUIS. Chapuis!

M"^ DURAND. Oui, c'est un homme d'espi it, un homme charmant, un bon caractère. . .

M"" CHAPUIS. Madame...

M""' DURAND, oh! mon Dieu! seriez-vous jalouse?

M'"^ CHAPUIS. Voilà Marguerite. Tenez-vous au moins devant les domestiques !

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