SCENE Vil
M'"'' DURAND, puis GIRARD, CHAPUIS.
M"''' DURAND. L'inspecteur des financesqui leur fait une visite l Est-ce que par hasard les Cha))uis sauraient que nous sollicitons?... Est-ce qu'ils \oiidiaient user de leur influence sur ce fonctionnaire pour nous faire concurrence... pour nous supplanter?. . VA\ bien! usons de nos avantages... cHe (jui vient de dire qu'elle ne ferait pas de toilciie... l-llle est capable,dans son amour pour la palisserie, de se présenter devant lui avec un tablier de cuisine... Allons me parer... allons me faire belle!
Elle va pour sortir par U' fond.
CHAVVIS , en dehors. Ce bon Giraid!...
cet excellent ami!
M'"" DURAND , revenant. Il n'est plus temps!... C'est égal! faisons bonne conienance î
Elle se rajuste et feint d'abord de travailler sans voir personne.
GIRARD, en en^ra/i/, à Chapuis. Superbe, mon ami, superbe! {Apercevant M ''"^ Durand.) Madame!...
Il la salue.
M™® DURAND, se levant et feignant la surprise. Un étranger ! Eh ! mais, je ne me trompe pas... c'est monsieur Girard !... Ah! mon cher Chapuis, c'est bien mal à vous de ne pas nous avoir prévenues!... nous exposer , cette bonne Hortense et moi, à être surprises en négligé!...
CHAPUIS. Bah! qu'est-ce q'je ça fait?... [A part.) Elles mettent leur corset à six heures du matin.
GIRARD, riant. J'en conviens, c'est uit guet-apens... un abus de confiance!
CHAPUIS. Tu dis donc (jue tu trouves mon verger ?
GIRARD. Admirable.
CHAPUIS. Et mon parterre?...
GIRARD. Déhcieux!...
CHAPUIS. Le fait est que ma maison est un paradis I
M""" DURAND. Vous pourriez dire notre maison !
GIRARD. C'est juste! tu oublies la raison sociale : Chapuis, Durand et compagnie !
CHAPUIS. J 'avoue quejesuisdansmon tort !
* Cliai'uis, Girard , Mme Durand.
MAGASIN THEATRAL
GIRARD. J'ai rarement eu le plaisir de voir madame, mais je ne séparerais pas de ton souvenir l'amilié qui lie vos deux ménages !
M""' DURAND, à j9ar«. L'amilié!... S'il savait!...
GIRARD. Aussi j'étais impatient de voir par moi-même le bonheur de l'âge d'or dont vous jouissez ici... Je crois encore entendre ce cher Chapuis 1 avant l'acquisition de cette campagne à deux, parler de vous, de votre mari avec l'enthousiasme de l'amitié... et , je l'avoue, quand je renoncerai au monde, aux affaires, j'envie un sort comme le vôtre... la paix des champs, une affection, des égards nmiuels, l'égalité d'humeur, la conformité des goûts... entre amis, un léger nuage s'élève, deux femmes sont là, deux femmes charmantes... deux anges de douceur... de...
M"'*= DURAND, minaudant. Ah ! monsieur!
GIRARD. Pas de modestie, ça se lit dans vos yeux!
CHAPUIS, à part. On voit bien qu'il ne fait que d'arriver ! [Le prenant à part. ) Dis donc, à propos d'amitié, as-tu pensé à mon neveu?
GIRARD. Sois tranquille... on aura soin de lui !
ciiAPUis. Ah! tu me ravis!
M"'"' DURAKD, à party les observant. Il lui parle bas... il sourit... je suis sûre (ju'il solli cite notre place!... (Haut, à Girard.) IMonsieur l'inspecteur des finances... [etle Ventraîne vers la fenêtre) avez-vous remarqué la vue délicieuse que nous avons de ce côté sur la vallée de l'Oise?
GIRARD, prenant son lorgnon et regardant. Oh ! c'est un panorama magnifique* !
CHAPUIS. Prends garde, cher ami ! prends garde !
M'"" DURAND et GIRARD. Eli bicu ! qu'y a-t-il?
CHAPUIS. Ça y est... Durand n'en fait jamais d'autres... tu es pris. (// lui montre nne ligne à laciuetle il est accroché et qu'il traîne après lui. ) Il a la fureur de laisser toujours trois ou (juatre lignes dans le salon!...
GIRARD, cherchant à se dégager. Aie! je me suis piqué!...
M"'^ DURAND. Ah! monsieur, que je suis désolée !. .
GIRARD, (/ïu a décroché V hameçon. Ne faites pas attention, je vous en prie!...
CHAPUIS. Aussi peut-on se figurer qu'un être doué de quelque raison se livre à l'exercice de la [)éche à la ligne!... Quelle passion malheureuse !
M""= DURAND. Je vous Conseille de parler,
* Mnîc Durand, Chapuis, Girard
Chapuis, avec vos vers qui nous poursuivent partout !
GIRARD. Gomment, mon ami , est-ce que tu serais devenu poëte?
CHAPUIS. Allons donc ! Pour qui me prendstu?... Je me livre à l'éducation des vers à soie !
GIRARD. Ah bah !
CHAPUIS. Parole d'honneur! j'ai établi dans la serre chaude une petite magnanerie! Et j'ai déjà obtenu des résultats pyramidaux ! sur trois caisses d'oeufs importés de la Chine, il m'est éclos quatorze vers magnifiques.
GIRARD, na«^. C'est superbe !
CHAPUIS. Mon cher, ce sont des créatures fort intéressantes; jusqu'à présent le ver à soie n'a pas été compris... J'espère obtenir une médaille de la société d'encouragement!
M"'^ DURAND. Mieux que cela... c'est digne du prix Montyon !
CHAPUIS. Peut-être... peut-être... Je ne pêche pas à la ligne moi!... (Bas.) Pêcher à la ligne!... Tu connais la définition... ligne à pêche... instrument qui commence... {Haut.)T\i vas voir, tu vas voir mes élèves!
Il sort vivement.