‹ Une campagne au TonkinChapitre 208 sur 299 · ENVIRONS DE DONG-SONG ET CAMP RETRANCHÉ CHINOIS · texte numérisé non relu

ENVIRONS DE DONG-SONG ET CAMP RETRANCHÉ CHINOIS

A l’entrée d’un de ces camps, fiché à un bambou de la porte d’enceinte, j’ai vu un crâne desséché; sans doute un espion, un malheureux coolie qu’on aura mis à mort pour l’exemple. Tout près de notre campement, sur un arbre mort qui se dresse sur le bord de la route, il y a une autre de ces têtes coupées, noircie et momifiée par les rayons du soleil. Ces sinistres exhibitions sont chose fréquente dans tous les pays d’extrême Orient : pendant une colonne, un jour qu’il faisait une chaleur accablante, le général Brière de l’isle vit s’avancer à sa rencontre les notables d’un village voisin, précédés du maire tenant le plateau aux présents. Sur ce plateau était

posé un panier en bambous contenant trois objets ronds soigneusement enveloppés dans des feuilles de bananier; le général se figurait recevoir des pamplemousses, lorsque, en ouvrant le panier, il aperçut tout à coup trois tètes humaines fraîchement coupées. Une bande de pirates opérait dans le voisinage, et les gens du village avaient pensé que rien ne serait plus agréable au mandarin français que de recevoir les têtes des trois chefs de bandits.

Le 10 février au matin, la colonne reprend sa marche en avant, laissant à Dong-song une faible garnison qui s’installe à l’est de la route, dans un fortin chinois. Le chemin, très facile et très bien entretenu par les Célestes, longe le cours de la rivière et décrit avec elle des courbes capricieuses pour contourner les mamelons.

Vers huit heures nous rejoignons le campement de la lre brigade; elle est installée sur une petite colline ombragée par des pins; les soldats campent sous la tente depuis trois jours, à cette même place. Nous nous arrêtons pendant une heure pour leur permettre de plier bagage; l’ambulance a fait halte dans une prairie où poussent de belles violettes qui malheureusement sont sans odeur; je découvre également parmi les broussailles quelques fraisiers sauvages, mais les fraises, de couleur très appétissante, sont, elles aussi, sans aucun parfum.

A côté de nous, la section de télégraphie optique s’apprête à lever son camp; avant dose mettre en route, le lieutenant Saillard, qui la commande, passe la revue de ses appareils. Ces petites boîtes carrées montées sur trois pieds et armées d’une grande lunette qui reluit au soleil, ne disent rien qui vaille a nos coolies; ils se tiennent a distance respectueuse de ces machines inconnues, qu’ils prennent pour un puissant engin de guerre. Ils ne se trompent qu’à moitié, car ces lampes inoffensives nous ont rendu dans plusieurs circonstances d’aussi importants services que les gros canons.

Le soleil est déjà haut à l’horizon quand nous reprenons notre marche. Le chemin qui serpente dans la vallée est égal et facile; il ne s’éloigne guère d’un ruisseau aux eaux vives qui coule entre une double rangée d arbustes et de hautes herbes. De distance en distance, nous trouvons des traces d anciennes rizières, depuis longtemps abandonnées et en friche; aucun village n’apparaît aux environs; le pays semble absolument désert.

La route est ravissante; a gauche elle longe une chaîne continue de montagnes dont les sommets, dénudés pour la plupart, atteignent jusqu a • mètres de hauteur; cette chaîne la sépare de la route de Bac-lé qui lui

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